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#TêteCœurOuf
Le risque politique : La valse à sept temps, l’exemple britannique
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Le risque politique : La valse à sept temps, l’exemple britannique
«La distinction politique la plus importante entre les pays ne tient pas à leur forme de gouvernement, mais à leur degré de gouvernement.»
Samuel Huntington (Harvard), Political Order in Changing Societies (1968)
• Le mandat n’est pas la capacité
«Nous n’avons pas été à la hauteur.» Dix ans pour enfin entendre ces sept mots de la bouche d’un premier ministre britannique ; le septième de la décennie, Andy Burnham. Excuse, mea culpa ou nouvelle réalité politique ? Une démocratie parlementaire peut produire des majorités fortes et des gouvernements faibles. Remporter un mandat massif ne prouve pas qu’on puisse réformer des rouages hostiles au changement, arbitrer entre intérêts contradictoires, tenir un cap dans la tempête. Le cas dépasse Westminster. Elle ouvre sur un phénomène que cette nouvelle série sur la distorsion politique nomme le risque politique : l’écart entre le mandat obtenu et la capacité réelle à le transformer en action. Sujet d’actualité ? Certes, surtout à mi-parcours d’un mandat de 60-0.
• Le paradoxe de la rotation : La porte tournante du 10 Downing Street
Le paradoxe de la rotation : la fréquence du changement de dirigeant n'est pas la preuve d'un système qui se corrige. C'est le symptôme d'un système qui réagit et qui, faute de savoir réparer les rouages, se contente d'en changer la façade. Changer de visage sans changer la machinerie, c'est remettre la pendule à zéro sans réparer le mécanisme et attendre, à chaque fois, un résultat différent – définition de la folie !

Ce paradoxe tient à deux mécanismes distincts, deux moteurs du risque politique.
Le premier est l'écart huntingtonien : le décalage entre attentes publiques et capacité de l'État. Les citoyens attendent que le problème soit résolu, presqu’une obligation de résultat, sans s'accorder sur la méthode ni le rythme. Le second est un renversement : la prime personnelle du leader, censée jouer en sa faveur, pivote en boulet dès que le leader devient impopulaire ; double peine.
• Starmer : L’inévitabilité de la chute
La première mesure (graphique gauche) retrace la capacité institutionnelle : l'usure du levier de l'État à travers quinze années d'austérité, un Trésor rigide, une administration vidée de ses moyens. Construite à partir du récit narratif, elle explique pourquoi aucun des six premiers ministres, quel que soit son talent, n'ait pu transformer un mandat électoral en résultats durables.
La seconde mesure (graphique à droite), construite à partir des données d'Ipsos, isole un phénomène distinct : la prime personnelle du leader, en terme de satisfaction nette par rapport à son gouvernement – un effet de personnalisation bien documenté. Cette prime a longtemps servi de coussin, absorbant une partie du mécontentement avant qu'il n'atteigne le leader lui-même. Sur 15 ans, aucun prédécesseur de Starmer n'a vu cette prime descendre sous les 11 points, même dans ses pires moments. Chez Starmer, ce coussin s'est dégonflé plus vite et plus complètement que chez aucun autre : de 28 points d'écart à son arrivée, à seulement 5 points 18 mois plus tard.
Le diagnostic conjoint est sans appel. Quand la capacité institutionnelle est déjà à l'os et que la prime personnelle du leader s'évapore à son tour, la chute devient inévitable. La conjonction de ces deux effondrements, institutionnel et personnel, explique l'éviction de Starmer ; l’analyse s’applique au-delà de la Tamise.
• Maurice : La forme diffère, le fond se ressemble
Maurice a connu autre chose : la même classe dirigeante, recomposée sous des étiquettes différentes, depuis des décennies. Dans un cas comme dans l'autre, le changement laisse intact ce qui produit réellement la distorsion : la façon dont le pouvoir sélectionne ses dirigeants, et la façon dont ces dirigeants allouent les ressources une fois en place.
Reste à nommer ce mécanisme avec la rigueur que mérite un tel constat, et à en mesurer le coût en points de PIB, en investissements mal ciblés, en croissance qui n'a pas eu lieu. Un ensemble de travaux économiques récents, notamment de Leonard Wantchekon et de ses coauteurs sur la «distorsion politique», offre précisément ce vocabulaire et cette mesure. Ce sera l'objet de la deuxième partie.
À écouter sur YouTube
La Valse à mille temps de Jacques Brel.
«Une valse a mis le temps… de patienter vingt ans…»


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