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« Maurice-Madagascar-Mozambique, le tiercé gagnant »

21 août 2004, 20:00

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Quels avantages Madagascar espère-t-il tirer de son adhésion à la SADC ?

L’adhésion de Madagascar à la SADC ne doit pas relever d’un calcul commercial. Nous faisons partie de l’Afrique australe au même titre que Maurice et l’Afrique du Sud. Notre destinée est liée à celle de l’Afrique australe. L'adhésion de Madagascar à la SADC va dans le sens de l’histoire. Pour parler des avantages, il y a d’abord l’investissement. Jusqu’ici Madagascar était vu par les investisseurs étrangers comme étant le domaine réservé de la France. Notre entrée dans la SADC sera un signal fort envoyé à des investisseurs non francophones. Nous nous ouvrons aux investissements d’autres pays. Il faut noter que douze pays de la SADC sont membres du Commonwealth. L’entrée de Madagascar dans ce groupement anglo-saxon est un signal non seulement aux membres de la SADC, mais aussi aux autres pays de culture anglo-saxonne. Je pense à des pays asiatiques. Nous voulons faire savoir que Madagascar devient une terre d’opportunités pour les industriels de l’Inde, de Hong-Kong ou d’Australie, par exemple.

Et les investissements français ?

On ne décourage pas l’implantation des entreprises françaises. En 1999 avait eu lieu à Tana une rencontre de tous les conseillers du commerce extérieur français en poste en Afrique australe. Ils disaient que l’entrée de Madagascar à la SADC est une opportunité pour les entreprises françaises. Ils estimaient que Madagascar pourrait leur servir de base pour aller en Afrique australe.

Peut-on dire que Madagascar apporte à la SADC des opportunités venant des pays francophones ?

Nous allons dans le sillage tracé par Maurice. Nous sommes les deux seuls pays francophones de la SADC. Nous pouvons être une opportunité pour les petites et moyennes entreprises (PME) françaises qui veulent s’implanter en Afrique australe. Les grosses entreprises peuvent y aller par elles-mêmes, alors que les PME recherchent toujours un environnement culturel qu’elles connaissent. D’où l’intérêt pour Maurice et Madagascar.

Pourquoi y a-t-il une réticence de la part des hommes d'affaires malgaches à accepter l’adhésion de votre pays à la SADC ?

Les opérateurs économiques disent que l’adhésion à la SADC, c’est la porte ouverte aux produits sud-africains qui sont plus compétitifs. Donc c’est la perte des marchés et la perte d’emplois. Je dois dire qu’il n’y a eu ni explication, ni échanges d’idées entre le gouvernement et la communauté des affaires sur cette question. Ainsi, la première réaction, c’est la crainte basée sur le traité commercial. Mais, le contenu de ce traité commercial est méconnu par les hommes d’affaires malgaches. Toutefois, il faut savoir que le traité commercial sera négocié.

L’intégration de Madagascar à la SADC permettra-t-elle un resserrement des liens entre Maurice et votre pays ?

Trois pays intéressent Madagascar. Ce sont l’Afrique du Sud, Maurice et le Mozambique. Une coopération avec Maurice nous permettra de nous rapprocher du Mozambique. Le tiercé gagnant c'est Maurice-Madagascar-Mozambique. Quand je dis tiercé gagnant, je pense à une entreprise mauricienne qui s’installe au Mozambique, utilise de la main-d'œuvre malgache et exporte vers l’Afrique du Sud. Aujourd’hui nous avons très peu des liens avec le Mozambique. Avec notre adhésion à la SADC, les hommes d’affaires malgaches seront encouragés à y investir par le biais de Joint-Ventures avec des Mauriciens.

Vous pensez à des investissements dans quels secteurs ?

Madagascar a des opportunités à prendre dans le secteur agricole. L’Afrique australe est déficitaire en termes de céréales. À terme nous pourrons exporter du maïs et de la pomme de terre vers ces pays. Nous pourrons le faire avec des investisseurs mauriciens qui s’intéressent à venir s’installer chez nous. La SADC est un accélérateur de nos relations avec les trois pays que j’ai cités.

Est-ce que les structures et l’environnement ont été mis en place à Madagascar pour attirer les investissements régionaux ?

Le plus important est la remise en état de nos infrastructures. Elles datent de trente à quarante ans. Nous reconstruisons les routes. mais faisons aussi des investissements dans les ports, dans les télécommunications et dans la formation des ressources humaines. Madagascar investit beaucoup dans la formation des ouvriers et des cadres. Nous mettons également en place des zones industrielles et des pôles de nouvelles technologies. Le résultat de ces efforts se verra dans le moyen terme. Sur le court terme nous prenons des mesures pour procéder à une sécurisation foncière et pour combattre la corruption.

Que veut dire la sécurisation foncière ?

Aujourd’hui tout opérateur étranger qui investit 500 000 dollars US, peut acquérir des terres à Madagascar. Ce qui n’était pas le cas il y a deux ans. À cette époque des investisseurs étrangers ont été spoliés par leurs partenaires. Quant à la corruption, il y aura bientôt un bureau indépendant pour la combattre. Comme la corruption est un obstacle à l’investissement c’est un signal fort envoyé aux investisseurs. Même si la corruption ne disparaîtra pas du jour au lendemain, elle va certainement diminuer.

Y a-t-il des mesures prises pour éviter la lenteur administrative ?

Il y a le Guichet unique pour l’investissement et le développement des entreprises (Guide) qui permet de faciliter les procédures. J’en ai personnellement fait l'expérience : trois jours après le dépôt de mon dossier, ma société a été créée. Et à Madagascar, la création de la société a valeur de permis. Une fois la société créée, on peut commencer à opérer. Des structures ont été mises en place, mais il y a des pratiques politiques qui sèment le trouble chez les investisseurs.

Comment voyez-vous l’affaire Galana ?

Certaines pratiques du gouvernement doivent changer. Il lui faut travailler dans la transparence et avoir une politique de communication. Il n’y a pas que Galana. Il y a eu des interventions qu’on ne comprend pas. Les explications arrivent tard et elles sont formulées par des personnes qui ne savent pas communiquer ou de façon informelle par la voix d’un politique. Pour Galana personne ne sait ce qui s’est passé. On a eu droit à une explication de l’Office malgache des hydrocarbures, mais à ce niveau-là, on attendait plutôt une intervention du Premier ministre ou du président de la République.

Les sanctions prises par le gouvernement contre des entreprises sont, peut-être justifiées, mais elles ne sont pas expliquées. C’est dommage car bien souvent les décisions d’investissement reposent sur une impression. On ne peut laisser l’investisseur sur un sentiment qu’il travaille dans l'insécurité.

Madagascar et Maurice ont-ils toujours eu des relations cordiales ?

Nous avons des relations passionnées avec nos cousins mauriciens. Cela en raison de nos liens historiques. Parfois nous avons des démarches différentes. Les positions par rapport à l’Africa Growth and Opportunity Act en sont un exemple. Madagascar militait pour une extension du régime 3rd Country Fabric, alors que Maurice demandait le contraire. Je comprends cette position parce que Maurice avait déjà commencé à investir dans les filatures.

Madagascar et Maurice ne doivent-ils pas harmoniser leurs positions ?

Aujourd’hui il s’agit pour Maurice et Madagascar de se pencher sur l’attitude qu’adopteront les producteurs chinois. Avec la fin de l’Accord multifibre et l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, les industriels chinois n’ont plus besoin de venir dans nos pays. Ils peuvent exporter leurs produits sans qu’on leur impose des quotas. Il s’agit de savoir s’ils ont toujours un intérêt pour venir chez nous. Il faudra travailler sur la trilogie Maurice-Chine-Madagascar.

Madagascar et Maurice ont-ils des opportunités s'ils unissent leurs efforts ?

Maurice doit rester compétitif. Il lui faudra, pour le bas de gamme, délocaliser vers Madagascar et le Mozambique afin de retrouver des parts de marchés qu’il est en train de perdre. À charge pour Madagascar de sécuriser les investissements. Je pense que les Mauriciens devraient venir, pour non seulement faire de la confection, mais investir en amont. Vos investisseurs peuvent venir mettre sur pied des filatures ou aller encore plus loin en investissant dans la production de coton.

Comment s’y prendre ?

Hasyma est la seule société d’État qui produit du coton. Elle n’est pas privatisée. Je pense que les Mauriciens pourraient bien s’y intéresser.

Madagascar produit 30 000 tonnes de coton, ce n’est pas beaucoup mais la terre s’y porte. Nous ne produisons pas de coton parce qu’il nous manque d’encadrement. Des Mauriciens sont intéressés à investir dans la pomme de terre, ils peuvent aussi s’intéresser à la filière coton dans le cadre de partenariats avec des entreprises malgaches.

■ Interview réalisée par Jérôme BOULLE (de Madagascar)

Maurice doit rester compétitive. Il lui faudra, pour le bas de gamme, délocaliser vers Madagascar et le Mozambique.

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