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« L’homme passe par une période difficile de remise en question »

5 novembre 2005, 20:00

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Que se passe-t-il dans la tête d’un homme de 50 ans ?

Chaque individu vit sa vie de façon différente, selon ses expériences, ses aspirations, sa culture, ses joies, ses peines… Chaque situation est donc unique et personnelle en fonction des individus. En revanche, l’âge est immuable, inéluctable, et c’est un processus qui s’inscrit dans le temps. Chaque personne vit son âge par rapport à son état psychologique, c’est ce qu’on appelle vieillir.

On dit souvent que les hommes cinquantenaires sont attirés par des femmes beaucoup plus jeunes qu’eux, est-ce une réalité ou une idée reçue ?

Je pense qu’il faut le prendre autrement. Certaines personnes, de par leur vécu, ont raté des occasions quand ils étaient jeunes. Un homme de 50 ans qui s’intéresse à une femme plus jeune se projette et s’identifie à celui qu’il veut être, et il agit comme tel. Mais il ne faut pas généraliser car ce genre de situation concerne le vécu de chaque personne : occasions ratées, petites misères affectives sont le plus souvent les facteurs déclencheurs. En outre, une jeune fille qui s’intéresse à un homme d’âge mûr ne recherche pas forcément une relation amoureuse. Elle essaie surtout de combler le manque ou l’absence d’une présence paternelle dans son enfance. Il est important de comprendre le mécanisme dans les deux sens.

En quoi la crise de la cinquantaine chez les hommes est-elle différente de celle des femmes ?

Cette période est vécue de manière très différente pour les deux sexes. Pour une femme, 50 ans veut dire la fin de la procréation, car elle ne peut plus avoir d’enfants, et le début de la transmission de son savoir. Elle inculque alors des valeurs, des traditions et des mœurs aux autres femmes de son entourage, devenant ainsi la garante de cette transmission de culture. Pour un homme, 50 ans veulent dire qu’il arrive dans la 7e tranche de sept ans. Il faut savoir qu’on divise la vie d’un individu en tranche de sept ans. La première tranche est vécue de manière identique par les deux sexes, mais après, les choses changent.

Chaque tranche est importante et apporte quelque chose à la personne. De 35 à 42 ans, l’homme est vulnérable. Après 49 ans, l’angoisse et les appréhensions viennent se greffer à cette vulnérabilité. Mais je ne pense pas qu’il soit judicieux de par-ler de crise. L’homme passe effectivement à cet âge par une période difficile d’adaptation et de remise en question, d’interrogation par rapport à l’avenir.

Tous ces désagréments sont-ils inévitables ? Comment faire pour réussir à gérer cet état de choses ?

Chaque personne gère son âge comme elle peut. Vieillir est quelque chose d’universel. En revanche, se sentir vieux est quelque chose qui est propre à l’individu, et vieillir, c’est un état d’esprit. Je pense qu’il serait important d’éduquer les gens dans ce sens, de leur apprendre à être eux-mêmes, à accepter ce qu’ils sont.

Pour cela, il est très important que la personne soit bien entourée. Elle réussira à accepter sa condition et à se sentir bien dans sa peau grâce au soutien qu’elle pourra trouver dans son environnement social, familial et professionnel. Quand un homme a un état d’esprit négatif par rapport à son âge, c’est souvent son propre environnement qui le fait se sentir ainsi.

Mais j’insiste sur le fait qu’il ne faut pas généraliser. Cela ne se passe pas ainsi pour tout le monde. Il faut bien avoir en tête que chaque individu est unique. C’est pour cela qu’il faut encourager chaque personne à vivre pleinement sa vie et à accepter ce qu’elle est. C’est ce qui fait la vie et c’est dans cette vie qu’on réussit à trouver sa plénitude.

TEMOIGNAGES

Les personnes qui ont accepté de parler l’ont fait de manière anonyme,nous leur avons donc donné des noms fictifs.

Robert, 51 ans.

Je n’ai jamais appréhendé cet âge, pour moi tout s’est toujours bien passé, avec des hauts et des bas comme pour tout le monde. Je suis ce que je suis et je ne me prends pas la tête. J’espère avoir le temps de faire tout ce qu’il me reste à accomplir, c’est tout. Bien entendu, si les finances me le permettaient j’aurais certainement fait plus de choses, mais comme ce n’est pas du tout le cas, disons que j’attends que les choses passent tout doucement. De plus, je suis tout à fait serein par rapport à la mort et, ce qui doit arriver arrivera. Je viens de perdre, il y a un mois, un cousin âgé de 44 ans dans un accident de voiture. On ne sait jamais ce qui peut se passer car la vie a toujours été faite d’imprévus. En ce qui me concerne, je prends la vie comme elle vient, je mange, je bois, je m’amuse, et quand mon heure viendra, j’aurai bien vécu.

Jean-Paul, 56 ans.

À 50 ans on est obligé de s’interroger sur la famille, sur la profession qu’on exerce, la vie en général et son devenir. À 50 ans on passe un autre palier. Le jour de mon anniversaire, j’ai trouvé ça très bizarre, mais on n’a rien fait, c’était un jour normal ! Une semaine après, mes amis m’ont piégé : ils avaient organisé chez moi une fête réunissant tous les gens que j’aime ! Cela m’a fait très plaisir, j’étais ravi. Mes 50 ans ont marqué pour moi une pause dansla vie. Je me suis arrêté, j’ai pris le temps de voir ce que j’avais accompli et je me suis posé des questions pour savoir ce qu’il me restait encore à faire, et si j’aurai le temps de le faire. C’est un peu avant d’avoir cet âge que j’ai fait ma crise, si on peut dire ça comme ça. Cela s’est traduit par une interpellation personnelle, et je me suis totalement remis en question. Avant 50 ans on est des bâtisseurs, on construit sa famille, on fait en sorte d’avoir un toit sur la tête, on fait beaucoup de sacrifices pour les études des enfants. Passé 50 ans, on devient plus philosophe. On porte un autre regard, en un certain sens, on se félicite d’avoir réussi à arriver jusque- là, on se demande même parfois comment on a fait ! À cet âge, on devient moins tolérant pour certaines choses, plus intransigeant, on se rend compte que tout ce qu’on a accepté jusque-là n’est plus du tout tolérable aujourd’hui. Cette période est une réelle phase de transition.

Jean-Noël, 57 ans.

Le fait d’avoir 50 ans ne m’a pas fait peur. De toute façon, je pense que ce n’est plus possible de revenir en arrière, ce qui est fait est fait ! Je pense toutefois qu’à cet âge, on prend conscience de certaines choses, de certaines valeurs. On a plus de temps pour réfléchir à ce que l’on veut vraiment, à ce qu’on attend de la vie. On se rend compte que c’est maintenant ou jamais. Quand on a 20 ans et qu’on est face à de grandes décisions, on se dit qu’on va attendre pour voir comment ça va se passer. À 50 ans on n’a plus le temps d’attendre, on ne peut plus remettre ça à plus tard. Une fois cet âge atteint, c’est comme un nouveau départ : on essaie d’obtenir tout ce qu’il nous faut pour être heureux. On peut comparer ce phénomène à un avion. Quand on est en l’air et qu’on se rend compte qu’on a oublié quelque chose, c’est trop tard. Ou alors, on réalise que si on ne se dépêche pas, c’est l’avion qui va partir sans nous et qu’il faut le prendre ! C’est un moment où on fait moins de compromis, on est beaucoup plus libre de ses propres décisions. Les enfants ont fini de se construire, ils sont indépendants, et on prend plus le temps de vivre. Dans un certain sens, avoir 50 ans, c’est comme une libération !

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