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« Les étudiants ont le droit d?être informés sur leur sexualité »

22 mai 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Quel était le but de cette conférence ? </B>

Elle a été organisée pour la Journée de la famille et le but était d?informer, mais aussi de sensibiliser les jeunes et leurs parents aux problèmes et l?impact du sida. Environ 42 millions de personnes dans le monde sont atteintes par le virus VIH, dont 23 millions rien qu?en Afrique, et la majorité des victimes sont les femmes et les enfants.

L?Afrique est un continent avec une société essentiellement patriarcale où l?homme a tous les droits. Le droit de propriété appartient aux hommes, ils ont plus facilement accès à l?éducation, ont plus d?ouvertures, alors que les femmes n?ont pratiquement aucun droit. Voilà pourquoi elles sont plus vulnérables et risquent plus de contracter ce virus. Nous faisons partie du continent africain et, même si les conditions de vie sont différentes ici, nous sommes directement concernés par ces chiffres. Il était important pour nous de communiquer ces informations au public.

<B>Quelle est la situation actuelle à Maurice ? </B>

1 371 personnes sont atteintes du sida, et la situation est inquiétante à deux niveaux : tout d?abord, par rapport au profil du patient. En mai 2004, on a constaté que 60 % des infections l?étaient par relations hétérosexuelles et 30 % par intraveineuse. En 2005, la tendance s?est inversée : 63 % des personnes ont été contaminées par voie intraveineuse et 30 % par des relations hétérosexuelles. Cela prouve que la drogue prend une place de plus en plus importante et c?est très inquiétant.

Ensuite, il y a la progression de la maladie elle-même. Comparé aux autres pays du monde, le taux de prévalence du sida est de 0,08 ce qui est vraiment très bas. Mais ces derniers temps, ce taux augmente à un rythme alarmant. Pour l?année 2003-2004, on a constaté une augmentation de 133 %, ce qui signifie qu?en 2005-2006, ce sera pire. La maladie se propage à une vitesse incroyable et cela devient vraiment préoccupant.

L?évolution sociale est un phénomène qui nous inquiète aussi car les jeunes sont actifs sexuellement de plus en plus tôt. Ils ne se protègent pas assez. Le sujet est encore tabou à Maurice où il y a trop de barrières sociales et culturelles. Enfin, il y a un problème d?éducation sexuelle.

<B>Pourquoi avoir demandé aux parents d?accompagner leurs enfants lors de cette conférence ? </B>

Il est très important que les parents se sentent concernés par la vie sexuelle de leurs enfants. Dans beaucoup de familles mauriciennes, le sujet est tabou, mais ce n?est pas là le seul problème. En effet, beaucoup de parents croient tout savoir de la sexualité, or c?est un domaine très vaste ; la sexualité ne se limite pas qu?à l?acte sexuel ! Nous avons fait venir les parents non seulement pour les informer davantage, mais aussi pour essayer de briser ce tabou qui existe entre parents et enfants. Pendant la conférence, il y avait un représentant des Nations unies, un sociologue et un psychologue qui ont donné de nombreuses explications, mais cette conférence était aussi interactive. C?était l?occasion pour les étudiants de poser des questions devant leurs parents, ce qui s?est avéré très intéressant. Le public a pu réagir et s?informer sans le moindre tabou. Nous pensons que les parents ont un rôle prépondérant à jouer dans l?éducation sexuelle de leurs enfants. Ces derniers doivent pouvoir parler de ce sujet sans la moindre gêne ? c?est un droit qu?ils ont ? et les parents se doivent de les diriger et de les accompagner en étant accessibles et en leur parlant comme à des amis. Ainsi, la confiance régnera.

<B>« Il est important que les parents se sentent concernés par la vie sexuelle de leurs enfants »

<B>Qu?est-ce que vous proposez pour que les enfants soient mieux informés ? </B>

Nous avons commencé par les parents pour qu?il n?y ait plus de barrières par rapport à la sexualité, mais nous ne nous sommes pas arrêtés là. En effet, nous préconisons l?introduction de l?éducation sexuelle dans toutes les écoles. Comme je l?ai dit, c?est un droit que chaque être humain possède. L?enfant a le droit de savoir, de connaître son corps, mais il doit aussi avoir des réponses aux questions qu?il se pose, surtout à l?adolescence. Il faut absolument que le gouvernement mette en place un cours d?éducation sexuelle, au même titre que les autres matières à l?école. Mais pour cela, il faudra des personnes qualifiées et donc, former des enseignants. De cette manière, les étudiants seront conscients des risques qu?ils courent et seront alors plus aptes à prendre leurs précautions.

<B>Quels sont vos projets par rapports à la prévention ? </B>

Nous voulons aller de l?avant avec la question d?éducation sexuelle dans les écoles. C?est un projet très sérieux qui doit aboutir afin d?améliorer la situation actuelle. Puis, nous organiserons, le mois prochain, une série de conférences comme celle que nous avons faite. Nous irons à Goodlands, à Trèfle, à Cité Argie à Flacq et à Souillac, pour des campagnes de prévention et de sensibilisation. La situation n?est guère rassurante. Il faut tout un processus pour renverser la vapeur, mais je ne suis pas du tout pessimiste, bien au contraire. Il est certain que cela prendra du temps avant que les mentalités changent, mais tout ira progressivement, et nous mettons tout en ?uvre pour cela ! Les générations à venir agiront différemment.

<B>Propos recueillis par Charlotte ROUSSETY</B>

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