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« L?ampleur prise par ce secteur est inquiétante »

10 décembre 2006, 00:00

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Vous avez fait une étude sur les marchands ambulants il y a cinq ans. Quel avait été votre constat ?

L?enquête réalisée sur les marchands ambulants s?inscrivait dans le cadre de ma recherche sur le marché central. Le but était de comprendre les rapports socio-économiques qui existent entre les maraîchers et ceux opérant autour du marché central. À cette époque, le nombre de marchands ambulants à Port-Louis était estimé à 2 000 et ils étaient considérés comme « a very dynamic group ».

Leur nombre depuis a été multiplié par cinq. Ce secteur « parallèle » a acquis une dimension nationale et toutes les grosses agglomérations sont touchées. Cependant, Port-Louis attire le plus grand nombre de vendeurs. Ce secteur informel a pris, depuis plusieurs années déjà, des allures d?entreprises familiales.

Il arrive donc d?être en présence d?« entreprises » qui datent de deux ou trois générations, leur business ayant débuté depuis 1975 ou 1976 pour certains. La saison de pointe coïncide avec les vacances scolaires de décembre et les deux mois précédant les fêtes de fin d?année. Et en cette période, Port-Louis se transforme pratiquement en grosse foire.

Comment avez-vous vu évoluer la situation depuis ces cinq dernières années ?

L?ampleur prise par ce secteur est inquiétante. Le nombre de personnes s?adonnant à cette activité a considérablement augmenté. Ces vendeurs empiètent sur les voies piétonnes et obstruent par la même occasion la libre circulation des passants. On peut même constater une certaine agressivité verbale et psychologique dans les zones où sont concentrés un grand nombre de ces marchands. Les citadins évitent même les lieux devenus des niches de commerces illégaux de crainte de se faire agresser.

Le nombre de femmes dans ce secteur parallèle a également connu une hausse. Beaucoup de jeunes femmes, âgées entre 18 et 45 ans, y sont entrées à la suite des fermetures d?usines ou parce que leur salaire est insatisfaisant. Pour certaines d?entre elles, il s?agit là d?une forme d?émancipation.

Pourquoi le nombre de marchands ambulants ne cesse-t-il d?augmenter ?

Ce secteur offre des possibilités d?emploi et regroupe un grand nombre de chômeurs et de personnes qui travaillent pour des revenus complémentaires afin de joindre les deux bouts. Parmi eux se retrouvent également des petits et moyens cadres et fonctionnaires qui touchent des salaires inadéquats. Ils prennent des vacances aux mois de novembre et décembre pour acheter des marchandises en Inde et en Chine. Ils les distribuent ensuite dans les foires et aux marchands ambulants en ville.

La marge de profit varie généralement entre 35 % et 45 %. Si la personne a acheté en gros à l?usine, les profits générés à la fin de la chaîne sont encore plus élevés.

Il existe aussi plusieurs facteurs qui expliquent la situation actuelle :

l?appauvrissement de la population avec l?inflation, la flambée des prix des articles de base et l?érosion du pouvoir d?achat de la classe moyenne. De plus, le goût du commerce relève des nombreuses autres motivations que la seule recherche du profit. C?est pour eux une activité économique où les relations de hiérarchie « chef et subalterne » n?existent pas. Cette activité permet à ceux qui la pratiquent d?empocher tous les profits, car il n?existe pas d?intermédiaires, donc pas de frais.

Quel pourrait être le chiffre d?affaires généré chaque année par cette économie parallèle ?

Il est très difficile de citer un chiffre. Ces commerçants investissent gros. Les importations se font deux ou trois mois à l?avance. En moyenne, un commerçant de la première catégorie peut faire un chiffre d?affaires dans la fourchette de Rs 250 000 à Rs 300 000. Certains parviennent même à faire un chiffre d?affaires de l?ordre de Rs 700 000. Lors de mon étude, certains importateurs qui agissent également comme distributeurs m?ont confié qu?ils pouvaient faire jusqu?à Rs 5 millions de chiffre d?affaires. La plupart des marchands ambulants utilisent la main-d??uvre familiale. Donc, s?il y a 10 000 commerçants qui opèrent dans les rues en période de fin d?année, vous pouvez faire le calcul.

Existe-t-il un moyen d?y mettre bon ordre ?

L?application des lois existantes n?est pas faite comme il le faudrait. Il y a toujours des personnes qui transgressent ces lois et le font pour défier les autorités, car elles n?ont plus confiance en elles. C?est une forme de « contre-culture » des marchands ambulants. On a, par ailleurs, laissé pourrir la situation à un tel point que certains marchands ont créé leur propre empire dans ce secteur. La police et les inspecteurs disent qu?ils ont les mains liées. Pour certaines personnes, c?est aussi une forme de résistance symbolique à ce qui leur paraît une injustice à leur encontre.

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