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« La violence au foyer demeure une épidémie chez nous? »
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« La violence au foyer demeure une épidémie chez nous? »
Quelle est la définition de la violence à l?égard des femmes ?
Le terme « violence à l?égard des femmes » désigne tous les actes de violence dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer aux femmes un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris, la menace de tels actes, la contrainte ou la privation de liberté, que ce soit dans la vie publique ou la vie privée. Cette violence constitue une atteinte au droit à la vie, à la sécurité, à la liberté, à la dignité et à l?intégrité de la femme.
Et cette violence est lourde de conséquences pour les femmes, leurs enfants et l?ensemble de la société. Elle est source de malheurs et de pertes de vie humaine. Elle empêche les femmes de réaliser leur potentiel, entrave la croissance économique et sape le développement.
La violence à l?égard des femmes semble omniprésente dans le monde sous des formes atroces : immolation des femmes, viol? Quelles en sont les causes ?
La violence à l?égard des femmes est un phénomène universel, présent dans toutes les classes sociales et dans toutes les sociétés indépendamment de leur degré de développement, de leur culture ou de leur religion. Elle se manifeste à tous les niveaux de la société, qu?elle soit verbale, physique, sexuelle, psychologique, économique ou émotionnelle.
Depuis 1992, le Comité de l?Onu sur l?Élimination de toutes les formes de discrimination à l?égard des femmes, sur lequel je siège en tant qu?experte depuis 2003, a mis en évidence le lien entre la violence à l?égard des femmes et le statut inégal réservé aux femmes. La marche vers une véritable égalité des sexes se heurte à des inégalités subtiles, enracinées dans les mentalités, inscrites dans la vie quotidienne, au travail comme à la maison, dans les instances politiques et dans tous les lieux où se prennent les décisions.
Les obstacles à la lutte menée pour combattre la violence à l?égard des femmes sont multiples et complexes. Ils sont liés au fait que les lois sont difficilement appliquées et les ressources allouées aux actions insuffisantes. Un facteur déterminant qui explique le peu de progrès enregistré est le manque de volonté politique des États qui, malgré leurs engagements, ne montrent que peu de détermination à apporter des actes concrets. La pression sociale, les préjugés, l?influence du fondamentalisme religieux inhibent les résultats des actions qui sont menées.
Malgré toutes les recommandations et les mesures qui sont prises, la violence à l?égard des femmes subsiste. Quelles sont les mesures qui pourraient être prises pour faire avancer les choses ?
Le caractère persistant de cette forme de violence nécessite une mobilisation des efforts permanents. L?adoption d?un plan d?action national, spécialement consacré à la lutte contre cette violence sexuelle, me parait être un moyen à investir pertinent? Un plan d?action qui comportera une gamme de mesures concertées portant sur la recherche, la prévention, l?éducation, la protection contre la violence institutionnelle ou privée, l?aide et le soutien aux victimes et des mesures répressives. Les stratégies à déployer dans ce plan d?action doivent aussi être développées en étroite synergie avec les politiques visant la réalisation de l?égalité effective de la femme et de l?homme.
Concernant la situation à Maurice, pouvons-nous dire que nous avançons, reculons ou piétinons ?
Presque dix ans se sont écoulés depuis qu?une loi spécifique sur la violence a été votée, notamment le Protection from Domestic Violence Act de 1997. Mais la violence au foyer demeure une épidémie chez nous. Certaines femmes hésitent toujours à porter plainte. La violence cachée psychologique qui est la forme de violence la plus répandue, n?est toujours pas vraiment prise en compte. L?éloignement de l?auteur de la violence du domicile conjugal se fait rare.
À Maurice, une recherche sur le phénomène s?impose. Il est important aussi de faire une évaluation de la loi en vigueur. Une actualisation permanente des lois est nécessaire. Par ailleurs, il est temps de légiférer pour un enregistrement obligatoire de la plainte par les agents de la police car trop souvent les policiers refusent de le faire sous prétexte que c?est une affaire civile. Des efforts accrus sont nécessaires pour améliorer le service d?aide d?urgence, pour mieux former toutes les personnes appelées professionnellement à être confrontées au problème ? le judiciaire, le personnel médical, entre autres.
Il ne faut pas négliger le fait que la violence domestique a également des implications économiques dans la mesure où elle grève les coûts de santé et se trouve à l?origine de l?absentéisme sur les lieux de travail.
Un autre facteur qui empêche des avancées à Maurice est qu?il y a toujours cette perception que la violence à l?égard des femmes relève du domaine du privé, donc qu?il ne faut pas s?en mêler. Elle ne doit pas être considérée comme étant un problème isolé. Cela affecte la vie familiale, les enfants, le travail, la situation socio-économique du pays en général. De leur côté, les hommes ne considèrent pas que c?est un problème qui mérite leur considération. Alors qu?un partenariat avec eux est indispensable.
Vous dites qu?il y a peu de lois discriminatoires, mais il en existe toujours...
Il y a très peu de lois discriminatoires dans nos textes de loi. Dans le rapport de la Task Force que j?ai présidée en 2001, j?ai fait un relevé de toutes ces lois qui doivent être amendées. Il y a des lacunes dans le Code civil et le Code pénal. Il y a aussi de nouvelles dispositions qui s?avèrent nécessaires pour mieux garantir l?égalité entre hommes et femmes. La Constitution, elle-même, mérite d?être revue. Le viol conjugal n?est toujours pas un délit. La violence économique n?est pas prise en compte à Maurice.
Vous avez proposé la mise sur pied d?une « Family Court » ? Comment va-t-elle fonctionner ?
La Family Court sera un one stop shop. Si nous réussissons à avoir un bâtiment séparé pour ce tribunal, le set up sera différent d?un tribunal classique. Ma vision de la Family Court est une cour où il y aura une ambiance plus conviviale, très « family friendly ». La procédure sera plus simple et moins chère. Tous les problèmes de la famille seront réglés dans un seul endroit : la violence conjugale, le divorce, la garde d?enfants, la pension alimentaire, le toit conjugal, les biens, la délinquance juvénile. L?accent sera mis sur la médiation.
Il est important de responsabiliser les couples qui se séparent. Il y aura un accompagnement et un soutien afin d?aider les couples à mieux gérer leur nouvelle situation. L?accent sera mis sur la responsabilisation de la famille surtout par rapport aux enfants. Le système actuel amplifie trop l?hostilité entre les partis.
J?ai déjà soumis à l?Attorney General un projet de loi, le Family Court Bill, et maintenant, je travaille sur le Family Law Bill. Je peux affirmer que c?est sur la bonne voie.
UNE MARCHE CONTRE LA VIOLENCE
Dans tous les pays de la SADC, une marche sera organisée le 25 novembre. Elle aura pour thème « Take Back the Night ». Afin de cadrer avec le contexte local, le thème de la marche organisée à Maurice sera « Sekirite pou tou dimoune ». Tout le monde est convié à y participer et à apporter une bougie qui sera allumée durant la soirée. La marche débutera à 17 h 30 à la place Margéot, à Rose-Hill, pour s?achever au Plaza où un spectacle aura lieu suivi de discours et de témoignages de Survivors.
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