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Vieillir à Maurice

Quand la longévité bouscule la famille et la société

3 octobre 2026, 20:00

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Quand la longévité bouscule la famille et la société

La Journée internationale des personnes âgées a été célébrée le 1ᵉʳ octobre, sous le thème «L’ère de la longévité : repenser les systèmes pour vivre plus longtemps», à un moment charnière pour Maurice. Près de 275 000 personnes âgées de 60 ans et plus vivent aujourd’hui dans le pays, soit environ un Mauricien sur cinq. Cette évolution démographique impose de revoir en profondeur les politiques de prise en charge des personnes âgées car, derrière les chiffres, se trouvent des familles qui changent, des enfants qui s’installent à l’étranger, des foyers qui se transforment et des personnes âgées qui vivent parfois plus longtemps, mais pas nécessairement mieux entourées.

Pour Sam Lauthan, travailleur social, ancien ministre de la Sécurité sociale au début des années 2000 et figure engagée depuis de nombreuses années dans les questions sociales, le vieillissement doit d’abord être compris comme une conséquence des progrès de la société. «Le vieillissement de la population est un phénomène mondial, souvent associé à l’amélioration de la qualité de vie. La prise de conscience des bienfaits de l’exercice physique et l’émergence de nouveaux traitements médicaux, y compris des avancées chirurgicales, contribuent à une vie plus longue et plus active.» Mais cette longévité nouvelle vient aussi bouleverser les équilibres familiaux.

Express.mu (620 x 330) (11) ■ Sam Lauthan.

Le modèle familial en pleine mutation

Le modèle traditionnel de la famille élargie, dans lequel plusieurs générations vivent sous le même toit ou à proximité, est progressivement soumis à de nouvelles réalités. Baisse de la natalité, départ des jeunes actifs vers l’étranger, divorces, familles monoparentales et recomposées  : les liens entre les générations se redessinent. Alors que certaines familles continuent de privilégier la cohabitation intergénérationnelle, d’autres sont désormais organisées autour de cellules plus petites et géographiquement dispersées. Ceci n’est pas sans conséquences pour les personnes âgées : le risque n’est pas uniquement celui de la dépendance physique, mais aussi celui de la solitude et de la perte progressive du rôle social.

Pour Sam Lauthan, la question de la grand-parenté mérite notamment une attention particulière. La relation entre grands-parents et petits-enfants peut être une source de richesse et de transmission tout comme elle peut être traversée par des incompréhensions et des attentes différentes. Cette transformation familiale se joue alors que la demande pour les maisons de retraite et les institutions spécialisées augmente. Cependant, l’offre publique de foyers subventionnés reste limitée face aux besoins, poussant de nombreuses familles vers le secteur privé où les coûts peuvent être élevés.

Dans le même temps, le profil des personnes accueillies évolue. Les établissements ne peuvent plus être pensés uniquement comme des lieux d’hébergement. Le vieillissement avancé implique davantage de soins médicaux, de suivi gériatrique et d’accompagnement de personnes souffrant de dépendance physique ou cognitive. Les questions de la qualité des soins, de la maltraitance et de la négligence deviennent dès lors centrales. Le renforcement du contrôle des institutions doit ainsi aller de pair avec une meilleure protection des droits et de la dignité des résidents.

Pour Sam Lauthan, la réponse à cette problématique ne peut pas se limiter à construire davantage de foyers. L’objectif doit aussi être de permettre aux personnes âgées de conserver leur place dans leur environnement familial et social. Cette réflexion rejoint les initiatives visant à créer davantage de passerelles entre les générations : activités communes, échanges entre associations de jeunes et foyers de personnes âgées, projets de cohabitation ou encore programmes permettant aux seniors de rester actifs dans la communauté. Car l’enjeu est aussi de lutter contre une forme d’invisibilité sociale des personnes âgées.

Les blessures silencieuses et invisibles des familles

Le travailleur social élargit la réflexion au fonctionnement même des familles contemporaines. Les difficultés rencontrées par les jeunes – parentalité précoce, conflits familiaux, surprotection, séparations ou recompositions – peuvent influencer plusieurs générations. Il évoque notamment les conséquences possibles des séparations parentales sur les enfants : «À l’échelle sociétale, la séparation des parents peut avoir des répercussions sur les enfants, entraînant souvent des effets négatifs sur leur bienêtre émotionnel et psychologique.» Il insiste également sur la nécessité pour les parents de conserver un regard critique sur les difficultés rencontrées par leurs enfants, plutôt que de chercher systématiquement à les protéger de toute remise en question. La surprotection, estimet-il, peut parfois empêcher les jeunes de développer leur autonomie et compliquer leur capacité à faire face aux difficultés de la vie.

Son expérience de travailleur social et ses années au gouvernement l’ont également conduit à observer une réalité moins visible : l’écart entre l’image donnée par certaines familles et leur réalité émotionnelle. «Même dans les milieux plus en vue, où les parents peuvent assurer que tout va bien, le soutien émotionnel et les contacts humains sont souvent négligés.» Cette remarque prend une dimension particulière lorsqu’elle est appliquée aux personnes âgées. Une personne peut être correctement nourrie, logée et médicalement suivie tout en souffrant d’un profond sentiment de solitude. C’est là que se trouve peut-être l’un des grands défis de la longévité : comment faire en sorte que les années supplémentaires soient aussi des années de vie sociale, de dignité et de relations humaines ?

Vieillir tout en continuant à avoir une place

Le vieillissement ne constitue donc pas uniquement un défi pour les services sociaux, les établissements de santé et les maisons de retraite. Il interroge la société tout entière. Pour Sam Lauthan, la réponse passe avant tout par une meilleure compréhension des besoins de chaque génération. «Les relations familiales demandent une attention particulière pour que chacun puisse s’épanouir, où les grands-parents doivent ressentir leur place et leur valeur au sein de la famille, et où les jeunes doivent avoir la possibilité d’apprendre à construire leurs propres vies tout en recevant un soutien adéquat.»

La longévité est, en définitive, une victoire des progrès médicaux et sociaux. Mais elle nous adresse aussi une nouvelle responsabilité collective. Il ne suffit plus de permettre aux Mauriciens de vivre plus longtemps. Il faut désormais se demander comment leur permettre de vieillir dignement, de rester entourés et de continuer à compter dans la société.

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«Residential care homes» : Les autorités veulent revoir tout le système

«C’est tout le concept des Residential care homes qu’on doit revoir», a déclaré Ashok Subron, ministre de l’Intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale, à l’issue de la célébration officielle de la Journée internationale des personnes âgées, le mardi 29 septembre à Phoenix. Il a annoncé de nouveaux règlements encadrant leur fonctionnement : «Ils sont déjà prêts et doivent être présentés au Cabinet.»

Le gouvernement prévoit également la construction de deux établissements de type Trochetia pour accueillir des personnes nécessitant des soins spécialisés à Flic-en-Flac et à Palmar. Autres points soulevés : transmission chaque mois au ministère, sous format électronique, des informations sur les résidents avec la mise en place des nouveaux règlements, revoir la loi régissant les Residential care homes et nécessité de renforcer les services d’accompagnement à domicile, notamment à travers les carers. «Nou osi bizin bann carers. Nou pa anvi detas bann senior citizens depi zot lakaz», a-t-il déclaré.

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Quand l’humain est essentiel

À la Meenatchee Home, Port-Louis, prendre soin des personnes âgées ne se résume pas à assurer leur sécurité et leurs soins. Il s’agit aussi de leur offrir de l’écoute, de l’affection et une présence humaine. Face au manque de personnel qualifié et à la complexité de certaines pathologies, le défi est de taille. «La Journée internationale des personnes âgées doit être célébrée tous les jours», affirme Yuvdish Rampadaruth, Residential Manager de la Meenatchee Home. Pour lui, les personnes âgées ne doivent jamais être réduites à leur dépendance. Elles ont encore des histoires à raconter, des expériences à partager et une place à occuper dans la société.

Express.mu (620 x 330) (12) ■ Yuvdish Rampadaruth.

Créée en 1998 sous l’égide de la Hindu Maha Jana Sangham, la Meenatchee Home accueille aujourd’hui 64 résidents, âgés de 38 à 99 ans. Certains sont autonomes, tandis que d’autres nécessitent une assistance permanente en raison de leur mobilité réduite, de leur fragilité ou de maladies comme Alzheimer et la démence. Au cœur de cette prise en charge se trouvent les carers. Un travail exigeant, qui demande patience, formation et disponibilité. «Le principal défi reste le manque de personnel, notamment de carers suffisamment qualifiés et motivés», souligne Yuvdish Rampadaruth.

La situation est particulièrement complexe avec les résidents atteints de démence. Il faut apprendre à connaître leurs habitudes, comprendre ce qui les rassure ou les perturbe et adapter les soins à chaque personne. L’objectif est de préserver leur autonomie et leur dignité, sans les brusquer ni recourir à la force. Pour la direction, davantage de formations et d’incitations sont nécessaires pour rendre cette profession plus attractive.

Au-delà des soins, le rôle des familles reste essentiel. Lorsqu’un proche entre dans une maison de retraite, la culpabilité et le sentiment d’abandon peuvent être difficiles à gérer. Pourtant, une prise en charge spécialisée ne signifie pas renoncer à ses responsabilités. Visites, appels, affection et présence régulière permettent aux résidents de conserver un lien avec leur famille et un sentiment de sécurité. Vieillir dignement est finalement une responsabilité collective. Car, comme le rappelle Yuvdish Rampadaruth : «Prendre soin de ceux qui ont pris soin de vous est l’un des plus grands honneurs de la vie.»

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