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Michel Kwon : Un crooner comme on en fait presque plus
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Michel Kwon : Un crooner comme on en fait presque plus
© Beekash Roopun
Il y a encore un public pour les «oldies» et autres chansons «evergreens», même si c’est une génération montante. Les deux concerts «Tiroir aux souvenirs 4», qui se sont récemment joués à guichets fermés au Caudan Arts Centre le prouvent. Dans le line-up, il y avait plusieurs chanteurs de calibre, notamment Michel Kwon, qui a découvert qu’il avait une voix avec le «Typhoon Band», puis qui s’est produit des années plus tard lors de mariages, d’anniversaires et de fêtes privées avec le trio «Nostalgia» de Gaëtan Rivet et «Shooting Stars» de Christian Latour. Il gagnerait à être davantage entendu car c’est un crooner comme on en fait presque plus. Il chantera demain lors du Food and Fun Festival à la Chinese Culture House à Baie-du-Tombeau.
Le répertoire de Michel Kwon est des plus variés. Il interprète avec la même aisance les succès de François Deguelt, de Charles Aznavour, d’Eddy Mitchell, de Johnny Hallyday, de Mike Brant, de Philippe Laville, que ceux d’Engelbert Humperdinck, de Tom Jones, Cliff Richard, Nat King Cole, Louis Armstrong, des Platters, pour ne citer que ceux-là. S’il lui arrive de chanter les tubes de Dire Straits, d’Eagles, de Lionel Richie, il préfère rester dans le registre des crooners et autres chanteurs de charme, ceux qu’il a découverts en premier avec le Typhoon Band. Mais ne brûlons pas les étapes.
Michel Kwon est le benjamin d’une fratrie de cinq enfants. Ses parents, des boutiquiers d’origine chinoise, possédaient un commerce à la rue Saint-Louis à Port-Louis. Chez les Kwon, qui habitaient le Ward IV, on n’était pas riche mais les parents travaillaient dur pour que leurs enfants ne manquent de rien. Comme les Kwon passaient les trois quarts de leur temps dans le commerce, les enfants étaient un peu livrés à eux-mêmes. Michel Kwon allait souvent fureter du côté des voisins, qui l’accueillaient à bras ouverts. Sa curiosité naturelle a fait qu’il ait très tôt goûté à son premier verre de rhum et fumé sa première cigarette. C’est au contact d’autres voisins tels que Guito Benoît, Mario Armel, Yvon Emile qu’il a réalisé qu’il aimait la musique et surtout qu’il avait l’oreille musicale.
À l’époque, bon nombre d’orchestres se produisaient le dimanche après-midi, tantôt sous le kiosque du Champ-de-Mars, tantôt sous celui de Marie-Reine-de-la-Paix ou des Salines ou encore sous le kiosque de Plaine-Verte. Et comme il fallait s’y attendre, Michel Kwon était aux premières loges. «Je ne ratais pas un concert, même si je prenais une raclée en rentrant à la maison. Cela en valait la peine.» Scolarisé d’abord à l’école Champ-deLort, il a commencé à apprendre à jouer de la guitare en autodidacte sur la guitare de son voisin, Richard Aliphon.
À la fin de ses études secondaires au collège John Kennedy, il a cherché du travail. Mais dans les années 1977-1978, l’embauche était rare. Il ne voulait être ni enseignant ni policier. Un jour qu’il empruntait la rue David, il a entendu un orchestre jouer. C’est le Typhoon Band, qui était à l’époque extrêmement populaire. Prenant son courage à deux mains, il a approché le leader de l’orchestre, lui demandant s’il recrutait des chanteurs et demandant à passer une audition. Dès les premières notes, sa voix a séduit et il a été embauché. Ainsi, pendant six mois, il a accompagné cet orchestre, qui était extrêmement sollicité. «Sur un mois, nous étions retenus pendant 28 jours. Je gagnais Rs 30 lorsque je chantais pour un mariage et Rs 60 pour un bal», se remémore-t-il. S’il était aux anges, ses parents l’étaient moins. «Pour eux, chanter n’était pas un métier à proprement parler.»
Choix à faire
Les réalités de la vie le rattrapant, il a dû trouver un emploi fixe. Il a d’abord été embauché comme représentant des ventes à Amalgamated Tobacco. Il n’a pas abandonné la chanson pour autant mais lorsqu’il a rencontré Joyce Chung par l’intermédiaire d’amis et que les deux sont tombés amoureux, Michel Kwon a su qu’il fallait qu’il fasse un choix entre la musique et une vie professionnelle et de famille stable. «Même si j’adorais la musique, j’ai dû prendre mes distances pour faire ma vie.» Lui et Joyce Chung qui avaient à l’époque 23 ans, se sont mariés. Son épouse l’a autorisé à chanter pendant encore trois mois avec le Typhoon Band. Mais dès qu’il a obtenu un autre emploi en tant que représentant des ventes dans la section frigorifique d’IBL, il a été appelé à faire un choix définitif, d’autant plus que Joyce était enceinte de leur premier enfant. «Quand on sait que l’on va devenir papa, les perspectives changent.»
Joyce lui a donné trois filles, Laura, aujourd’hui âgée de 42 ans, Jenna, 39 ans et Julia, 30 ans. Il a alors dû améliorer sa situation professionnelle pour faire l’avenir de ses enfants. Après 15 années chez IBL et bien qu’il ait été promu superviseur des ventes, il s’est laissé embrigader par Courts Mammouth. Recruté d’abord comme Branch Supervisor, il a gravi les échelons assez rapidement. En juillet 1994, il a été nommé Senior Manager, en avril 1997, Associate Director et en août de l’an 2000, directeur. Il a ensuite agi comme Senior vice-President et finalement comme Executive vice-President. «Celui qui m’a façonné professionnellement à Courts Mammouth était David Isaacs, un grand gentleman et a great boss.»
Michel Kwon est resté en poste jusqu’à la reprise de Courts Mammouth par la BAI. «Même s’il m’arrivait de pousser la chansonnette avec le karaoké, le travail prenait presque tout mon temps. Je me suis beaucoup investi et j’ai eu une carrière fantastique. Mais le burn-out n’était pas loin.» Ses trois filles ayant complété leur cycle secondaire ont mis le cap sur l’Australie où elles ont fait leurs études universitaires. Aucune n’est revenue s’installer dans l’île par la suite.
À 54 ans, Michel Kwon a pris une retraite prématurée et a voulu reprendre le chant. Une première tentative avec les Revivals n’a pas abouti. Lorsqu’il a vu une annonce de la constitution d’un Elvis Fan Club, il s’est rendu sur place et avait pour voisin Pierrot Benoît, beau-frère de Gaëtan Rivet. La conversation s’est engagée entre eux et il a fait part de son amour pour la chanson à cet ancien rédacteur en chef. Il n’en a pas fallu davantage à Pierrot Benoît pour le signaler à Gaëtan Rivet. Le rendez-vous pour une audition a été pris chez Michel Kwon et en l’entendant chanter, Gaëtan Rivet lui a demandé où il se cachait pendant tout ce temps. C’est ainsi qu’il a été admis dans le trio Nostalgia. «Il y a une grosse différence entre chanter avec un orchestre et le faire avec un karaoké et Gaëtan Rivet m’a beaucoup guidé et conseillé. C’est grâce à lui que j’ai trouvé ma voie musicale.»
Il s’est beaucoup produit avec ce trio, de même qu’avec les Shooting Stars de Christian Latour, lors de mariages, d’anniversaires et de fêtes privées mais son rêve était de chanter avec les Revivals. L’occasion lui a été donnée le 31 décembre 2015 lors d’un concert en plein air de cet ensemble à Gros Caillou. Michel Kwon était heureux. Mais c’était aussi le dernier concert des Revivals dont les membres ont ensuite suivi différents chemins. Michel Kwon a poursuivi sa route musicale, continuant à chanter des oldies avec le trio Nostalgia et les Shooting Stars.
Retour au bercail En décembre 2016, du fait qu’ils allaient être grands-parents pour la première fois, lui et Joyce ont pris la décision de se rapprocher de leurs filles en allant s’installer à Melbourne. Mais Michel Kwon a vite déchanté. «Je n’aimais pas la vie en général là-bas. C’était chacun pour soi, Dieu pour tous, et il n’y avait pas cette chaleur humaine que l’on peut ressentir à Maurice. Le climat changeant ne me plaisait pas. Cela m’a pris deux ans pour être accepté en tant que chanteur. J’ai fait mes débuts dans un club de golf où l’on m’a adopté depuis et j’ai aussi chanté lors de bals mauriciens. Mais je n’arrivais pas à m’adapter à cette vie.» Puis est arrivé le Covid-19 et son confinement. Lors du retour à la normalité, il ne restait à Michel et Joyce Kwon que six mois supplémentaires d’attente pour obtenir leur nationalité australienne. Dès qu’ils l’ont eue, ils ont regagné Maurice après avoir vécu sept ans à Melbourne. «Cette décision a été prise sans regret», dit-il.
En juillet 2024, ils ont retrouvé l’île et Michel Kwon a recommencé à donner de la voix avec le trio Nostalgie de Gaëtan Rivet. C’est aussi avec ce dernier qu’il a été partie prenante du premier Tiroir aux souvenirs 3 en 2025. «C’était ma première vraie scène et j’étais tellement stressé que la veille, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Mais quel plaisir une fois sur scène. Cela m’a pris une bonne semaine pour descendre de mon nuage.»
Il y a 15 jours, il a remis ça au Caudan Arts Centre et cette fois, le stress s’était envolé, la confiance était totale et il a pris beaucoup de plaisir à renouer avec le public. «Je remercie d’ailleurs Andy Banan, Didier Jeewooth et Ronnie Appadoo pour cette opportunité de participer aux Tiroir aux souvenirs 3 et 4.»
Demain, au Food and Fun Festival à la Chinese Culture House à Baie-du-Tombeau, il va interpréter plusieurs titres.
Michel Kwon ignore de quoi son avenir musical sera fait. «C’est difficile de se projeter dans le futur. Je continuerai à chanter tant que je peux, jusqu’à mon dernier souffle. J’y puise mon équilibre. Mais je sais aussi qu’il arrivera un moment où le rideau devra se refermer.» Nous n’en sommes pas encore là, fort heureusement…
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