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« La réduction du déficit doit être prioritaire »
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« La réduction du déficit doit être prioritaire »
Les derniers budgets ont tous été déficitaires. Est-ce grave pour notre économie ?
D?abord, les autorités avaient prévu que le déficit budgétaire pour 2004/05 allait être de 5 % du produit intérieur brut (PIB), puis ramené à 4 % en 2005/06 et à 3,5 % en 2006/07. Le dernier ministre des Finances travailliste avait prévu 3 % de déficit. L?actuel gouvernement avait adopté le même objectif, mais avec un échéancier plus long. Aujourd?hui, on nous promet 0,5 % de plus en 2006/07.
Toute économie ne peut vivre longtemps de déficits. Si on les accumule, on est obligé d?emprunter et cela augmente la dette publique. Cela a pour conséquence d?augmenter le taux d?inflation et, donc, de pénaliser les plus démunis.
Depuis des années, on veut réduire le déficit budgétaire, mais il nous manque la volonté de contrôler mieux les dépenses publiques. On a beaucoup investi dans les infrastructures nécessaires. Il reste encore beaucoup à faire, mais il faudrait éliminer le gaspillage.
Quelle est la situation actuelle de notre économie ?
Il y a des choses positives. D?abord, une appréciation quantitative : l?économie a connu, ces 25 dernières années, une croissance continue, de 5 % en moyenne. Cependant, le dernier rapport du National Productivity and Competitiveness Council avance que pour générer des emp lois, la croissance annuelle doit être d?au moins 8 %. Un des défis à relever sera d?arriver à créer des emplois productifs.
Au niveau qualitatif, si on observe la répartition en secteurs d?activités, on voit qu?il y a, en gros, deux types de secteurs : l?économique et le social. L?économique se divise en 2 sous-secteurs : l?exportation et le marché domestique. Nous considèrerons les trois dernières années. La zone franche enregistre une décroissance (-6 %, -6 % et -5 %). Le tourisme est au ralenti (3,2 %, 3,0 % et 2,6 %). Les activités financières sont, sauf en 2003 (7,2 %), pauvres (2 et 1 % en 2002 et 2004). Trois des postes les plus importants du secteur exportation sont en deçà de la moyenne de 5 %. Le secteur économique domestique est près de la moyenne (4,2, 5,8 et 5 %), soit bien mieux que le secteur d?exportation.
Au niveau des services sociaux, on constate dans l?administration publique une croissance de 6,5 %, 6,8 % et 7 % ? un taux supérieur à la croissance moyenne. Au niveau éducation, on a enregistré 4,6 %, 4,7 % et 4,9 %. Ainsi, les secteurs sociaux, dans certains cas, augmentent plus vite que la croissance moyenne et le secteur domestique croît plus vite que celui pour l?exportation.
Quelles conclusions peut-on en tirer ?
La qualité de la croissance de notre économie laisse à désirer. Nous avons besoin de l?exportation et nous ne pouvons miser sur une croissance basée sur le marché domestique. On peut le faire durant une ou deux années, mais pas plus. Elle n?est pas suffisante pour permettre la création d?emplois de manière durable. Il nous faut exporter pour payer nos importations et vivre.
Quelle est donc la marge de man?uvre du ministre des Finances pour son budget ?
Le défi serait de redynamiser la croissance de manière qualitative et quantitative. Au plan politico-économique, il faudrait tout faire pour améliorer l?environnement des affaires, attirer des activités créatrices d?emplois. Le gouvernement a déjà donné des incitations. Il faut maintenant rationaliser ces efforts.
D?abord, il faut un accompagnement institutionnel efficace pour faciliter davantage l?investissement avec le know-how. Créer Enterprise Mauritius, qui regroupe plusieurs secteurs, est excellent !
Il faut revoir la législation du travail, favoriser la négociation collective par secteur, et avoir de bonnes institutions pour le développement socio-économique.
Il faut également un environnement politique porteur. Plus de querelles stériles. Manmohan Singh, on l?a vu, porte en lui un vrai souci du progrès socio-économique de l?Inde. Le souci de l?économie ne cadre pas toujours avec les exigences de la politique sur le terrain. L?économie doit être au premier plan de tout programme gouvernemental, son progrès durable assurera le développement social.
Qu?attendez-vous du budget ?
Il nous faut un budget de continuité. La réduction du déficit doit être prioritaire et nous devons atteindre les 4 % promis. Qu?on ne change pas encore les dates butoirs ! Je souhaite également que le gouvernement ne succombe pas à la tentation démagogique d?imposer des mesures d?apparence populaire comme de nouvelles taxes bien ciblées ? car elles risqueraient de décourager les investisseurs locaux et étrangers.
Et si le ministre des Finances ne respectait pas les 4 % de déficit prévu ?
Cette année, le déficit budgétaire sera de Rs 9 milliards, soit 5 % du PIB. Il a été prévu à 4 % l?an prochain, soit Rs 8 milliards, tenant compte d?une croissance plus grande et de la dépréciation de la roupie. Si le ministre des Finances ne veut pas atteindre ces 4 %, il pourrait disposer d?une marge de man?uvre de Rs 1 milliard au maximum.
Quelles devraient être les mesures sociales ?
Il y a quelques gros chantiers. Les routes doivent être améliorées, les bouchons ayant une forte incidence économique. La violence se répand partout, il nous faut un suivi social, avec un soutien pour les organisations non gouvernementales. Si la population a des problèmes sociaux, elle ne pourra pas contribuer à son propre développement et à celui du pays. Au niveau éducatif, il nous faut maintenant viser le saut qualitatif.
Propos recueillis par Eric BRELU-BRELU
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