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« La mentalité va devoir changer à la CWA »

19 novembre 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Des perturbations de la fourniture d?eau ont provoqué des troubles de l?or-dre public à Palma. Peut-on encore dire que la CWA s?acquitte de sa mission ? </B>

Tout à fait ! Il existe des problèmes d?approvisionnement à Bel-Air, Écroignard, Vallée-des-Prêtres, Rivière-Noire ou Case-Noyale. Pourquoi ce n?est qu?à Palma qu?on a ces manifestations ? Il n?y a que deux ou trois maisons sur les hauteurs de Palma qui ont un vrai problème. Et certaines personnes chez qui l?eau coule régulièrement ont participé à la manifestation ! Pour moi, elles veulent tirer un capital politique de la sécheresse.

<B>Peu importe la motivation des gens, avec la sécheresse, il existe une pénurie d?eau. Comment la CWA va-t-elle gérer la situation ? </B>

Ce n?est pas un gros problème. Le niveau dans nos réservoirs et nappes phréatiques est moins élevé que la moyenne en cette période. Mais la situation n?est pas aussi catastrophique qu?en 1999. Les Mauriciens doivent comprendre que nous avons peu d?eau, et qu?il va falloir la distribuer de manière équitable à tout monde.

Pour les régions qui font face à un problème de pression d?eau dans les canalisations, nous allons envoyer des camions- citernes pour les aider. Il y a douze engins de ce type à la CWA et ils sillonnent les zones qui nécessitent une attention particulière. Enfin, à partir de demain, et comme c?est le cas en période de sécheresse, nous allons louer des camions-citernes supplémentaires pour renforcer notre flotte.

<B>Depuis des années la CWA n?emploie que la méthode de coupure. N?avez-vous donc trouvé aucune autre manière pour assurer un meilleur service ? </B>

Nous ne sommes pas au paradis, tout n?est pas possible. Dans tous les grands pays, même en Angleterre et en France il y a des sécheresses et des coupures.

<B>Des sécheresses sans coupures d?eau plutôt?</B>

En période sèche on a moins d?eau. C?est un fait. À Maurice, une des solutions serait d?avoir recours au dessalement de l?eau de mer. Mais il y a un prix à payer et cela prendra un peu de temps.

<B>Puis, il y a l?épineuse question de l?« unaccounted for water », toute cette eau que la CWA perd à cause des fuites ou d?individus qui prélèvent illégalement de l?eau de votre réseau. Comment allez vous régler cette question ? </B>

Nous produisons 500 000 m3 d?eau par jour mais seuls 280 000 m3 sont consommés. Cela veut dire que les 220 000 m3 restants disparaissent ! Il y a les fuites mais aussi les fraudes. Dans certaines régions de l?île les planteurs utilisent maints subterfuges pour voler l?eau et des petits malins se raccordement illégalement aux compteurs. Si on calcule l?impact de l?unaccounted for water à partir d?un prix moyen de Rs 5 par m3, la CWA subit un manque à gagner de Rs 1 million par jour et ce, 365 jours par an !

Il faut savoir que Rs 1,2 milliard ont été mises à la disposition du gouvernement par la Banque européenne d?investissement pour lutter contre ce phénomène. Avec cet argent, nous allons réparer les fuites, acheter de nouveaux compteurs et mieux suivre la consommation des clients. Selon les normes internationales, un taux de perte de 25 % est acceptable. Mais à Maurice nous en sommes à 45 %, c?est trop ! Il va falloir agir, et ce, avec la détection des fuites, mais aussi le recours à une Fraud Squad qui traquera les contrevenants. À partir de janvier 2007 nous aurons le soutien d?un expert allemand qui sera chargé de piloter un programme de trois ans pour régler les problèmes de fuites.

<B>Mais que fait la CWA, par ailleurs, pour mieux capter l?eau de pluie et utiliser celle des nappes phréatiques ? </B>

Pour capter l?eau, il faut des réservoirs. Mare-aux-Vacoas, Piton du Milieu, la Nicolière et le Midlands Dam fournissent le pays. Mais la Water Resource Unit (WRU) a des plans pour la création d?autres réservoirs, notamment le barrage de Bagatelle qui alimentera Port-Louis et une partie des Plaines-Wilhems.

<B>Et quand va-t-on voir se concrétiser ces projets ? </B>

Nous étudions ce dossier depuis peu. Tout comme celui de la création d?un autre barrage vers Trou-Pigeon dans l?Ouest. La CWA va se concentrer sur le réseau et le contrôle de l?unaccounted for water, alors que la WRU s?occupera de la stratégie pour créer de nouveaux réservoirs ou exploiter d?autres nappes phréatiques.

<B>L?exploitation efficiente des nappes phréatiques est justement un autre problème à la CWA?</B>

Le captage de l?eau de pluie dépend de la qualité du sol. Or, le nôtre est poreux et ne la retient pas. Quand il pleut à Cure-pipe, l?eau ruisselle en sous-sol pour finir par se jeter dans la mer à Flic-en-Flac ! Alors il faut savoir la capter et on le fait déjà dans les nappes phréatiques existantes. On essaie également de connaître le parcours de l?eau pour pouvoir la prélever à l?endroit où elle se jette en mer. Une étude est menée actuellement à ce sujet, avec l?aval du gouvernement.

« Il faut travailler sans se plaindre et ne pas
demander des augmentations de salaire à tout bout de champ »

<B>Tout cela demande une stratégie bien pensée. La CWA sait-elle dans quelle direction aller ?

Il n?y pas que la CWA qui doive fournir un effort. C?est une stratégie globale qu?il faut dégager à l?échelon national. En 1999, au moment de la grande sécheresse, nous avions un hydrogéologue français à Maurice. Il avait démontré que la plus grande nappe phréatique se situe vers Médine mais qu?elle est insuffisamment exploitée. En temps normal, cette nappe fournit quotidiennement 32 000 m3 d?eau à Port Louis. Pour le moment ce chiffre est tombé à 19 000 m3. J?ai demandé qu?on rappelle des experts en hydrogéologie pour développer de nouveaux forages.

<B>Les experts de la WRU ont, dans un récent rapport, expliqué qu?en 2020, l?eau deviendra une ressource rare. Que peut-on faire pour éviter cela ? </B>

Ce sont des prophètes de malheur. Ils ont oublié de préciser que ce ne sera le cas que si rien n?est fait entre-temps ! Mais nous connaissons les variables alors, nous allons prendre toutes les mesures qu?il faut.

<B>Financer tous ces projets est coûteux. Et la situation financière de la CWA n?est pas très bonne?</B>

Elle n?est pas mauvaise non plus !

<B>Pourtant, cet organisme est lourdement endetté, alors même qu?il doit trouver des sources de financement ! </B>

Nous faisons Rs 46 millions de profits. Et si nous sommes endettées c?est à cause des investissements. Pour le moment ce n?est pas notre priorité de faire des forages ou des réservoirs. Pour nous, la somme qu?on nous donne doit servir à la gestion et à la résolution de la question des fuites.

<B>Une hausse de tarif a-t-elle été envisagée pour financer vos projets ? </B>

Ce n?est pas la CWA qui décide des tarifs mais le gouvernement. Il faut toutefois savoir que nous vous vendons 1 000 litres d?eau pour Rs 5,50 alors qu?une bouteille d?eau minérale coûte Rs 10. Et sa qualité est comparable à celle de l?eau que vous fournit la CWA. Elle est peut-être trop bon marché ici, c?est pour ça que les Mauriciens gaspillent trop. À Madagascar, par exemple, 1 000 litres coûtent Rs 12.

<B>La privatisation n?est-elle pas une solution qui permettrait à la CWA de devenir plus efficiente ? </B>

Ce n?est pas à moi de me prononcer. Si je dis qu?il faut privatiser pour amener le rendement et la performance dans le management, cela voudra dire que je suis un incapable ! Nous n?avons pas besoin que des Anglais et des Français viennent nous expliquer comment gérer la situation.

<B>Mais vous avez dit qu?il nous faut des compétences étrangères ! </B>

Je parlais de détection de fuites. Il faut que j?ai le soutien nécessaire de tout mon staff et on verra alors ce que la CWA peut faire. Je ne trouve pas que la privatisation soit une solution.

<B>Depuis le budget on parle beaucoup de l?attitude qu?a le personnel des organismes parapublics comme la CWA. Vous sentez-vous entouré de collaborateurs qui fournissent l?effort nécessaire ? </B>

Nous avons trouvé notre mantra. Il faut travailler sans se plaindre et ne pas demander des augmentations de salaire à tout bout de champ. Si on fournit l?effort et les résultats demandés, les augmentations de salaire suivront.

<B>Il faut peut-être bousculer davantage votre staff pour qu?il produise ces fameux résultats?</B>

Ben sûr qu?il faut le faire. Si nous ne nous bougeons pas, il va falloir penser à privatiser. On ne peut pas venir dire qu?on est à la CWA pour se la couler douce. Nous ne sommes pas un hospice ! La mentalité à la CWA va devoir changer.

Propos recueillis par</I> <B>Rabin BHUJUN</B>

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