Publicité

« La jeunesse d?aujourd?hui a le potentiel pour faire bouger les choses »

7 mai 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Vous avez exhorté les jeunes, à travers votre manifestation, à se réveiller, à ne pas se laisser pourrir, à dire non aux problèmes qui gâchent leur image? Qu?est-ce qui vous a motivé ?

Ce sont les fléaux auxquels sont associés les jeunes et qui ternissent leur image qui nous ont poussés à aller de l?avant. Depuis ces derniers mois, les jeunes semblent être en crise. La jeunesse est en perdition. Beaucoup d?événements récents, d?une certaine gravité, nous ont donnés une mauvaise image. Nous avons pris cette initiative afin de faire en sorte que les jeunes aient la chance de montrer qu?ils sont aussi capables de faire de bonnes choses, pour montrer qu?il ne faut pas mettre tous les ?ufs dans le même panier.

La manifestation n?était pas une fin en soi, mais plutôt un premier pas, un départ. Nous avons commencé par mobiliser les jeunes de Curepipe mais nous voulons que des jeunes venant d?autres régions de l?île se joignent à la cause. Le nombre de ceux qui se sont présentés nous a un peu déçu, mais ceux qui se sont déplacés ont démontré une grande motivation. Ils ont participé activement aux différentes activités qui étaient proposées et ont même encouragé d?autres jeunes à se joindre à nous. Nous restons confiants pour les projets à venir.

On a tendance à dire que les jeunes d?aujourd?hui sont irréfléchis voire irresponsables. Si vous deviez dresser un tableau de la jeunesse mauricienne, comment la dépeindriez-vous ?

Je dirai que c?est une jeunesse à deux visages : ange et démon. Un jeune peut se montrer responsable, mais à n?importe quel moment, tout peut basculer sous certaines influences comme la télé et la pression de groupe. Les jeunes peuvent facilement s?influencer entre eux. Par exemple, je sais que quelque chose est mal mais c?est fort possible que je vais le faire quand même si mes amis me disent que c?est bien. Un jeune peut d?autant plus succomber s?il est mal dans sa peau ou s?il n?a pas reçu l?éducation qu?il faut des parents. D?autres facteurs entrent également en jeu comme le divorce des parents ou la violence domestique. Ces facteurs peuvent le rendre encore plus vulnérable aux fléaux. Le jeune se laisse aussi facilement tenter car il veut aller à la découverte, il est très curieux.

Les adultes pensent que tous les jeunes sont semblables mais il ne faut pas généraliser. L?image que véhicule les médias, c?est-à-dire d?une jeunesse pleine de défauts, influence beaucoup l?opinion que se font les adultes.

Par exemple, les médias focalisent leur attention sur les mauvaises actions que nous avons pu commettre mais pas sur celles qui nous montrent sous un meilleur jour. Le rassemblement que nous avons organisé n?a eu droit qu?à une petite place en comparaison avec toute la place qui est accordée aux événements négatifs où nous sommes impliqués.

Comment expliquez-vous le comportement de ces jeunes qui s?adonnent à l?alcool, aux actes de vandalisme, à la pornographie, etc. ?

Ils imitent beaucoup ce qui est diffusé à la télé et comme dit précédemment, ils peuvent basculer à n?importe quel moment. Je pense aussi qu?une bonne éducation morale est importante pour inculquer les valeurs. Une éducation morale inadéquate pousse les jeunes à succomber aux fléaux les plus graves comme la pornographie. Il y en a qui viennent de milieux aisés mais cela ne les empêche pas de se laisser tenter. Mais l?alcool parmi les jeunes est devenu tellement commun qu?il est considéré comme normal, ce n?est même plus un acte de délinquance.

Quelles solutions proposez-vous pour fournir un meilleur encadrement aux jeunes, afin qu?ils aient un meilleur avenir ?

Les autorités devraient accorder plus d?attention aux jeunes. Ils prennent des décisions nous concernant sans nous consulter au préalable. Comme à Curepipe, nous avons fait une requête pour recevoir de l?aide de la mairie. Ils devraient nous demander notre avis sur ce qui nous intéresserait vraiment avant d?organiser des activités. Nous pensons être les mieux placés pour en discuter.

Nous ressentons également le besoin d?avoir des psychologues dans les écoles ou d?autres professionnels qui soient à notre écoute. Si nous avons des difficultés, nous avons besoin de quelqu?un vers qui nous tourner et qui saura nous conseiller et nous comprende.

On peut se confier à nos amis, mais leurs conseils ne sont pas forcément les meilleurs. Comme on dit, prevention is better than cure.

Quels sont les autres projets du Conseil des jeunes de Curepipe ? Pensez-vous aller jusqu?aux manifestations de force comme cela a été le cas en France face au CPE ?

Nous comptons continuer à travailler avec les jeunes qui se sont déplacés pour la mobilisation avec, par exemple, des ateliers de travail. Mais nous n?irons pas jusqu?à faire des manifestations d?une telle envergure. Je pense que la jeunesse d?aujourd?hui est pleine d?énergie et a le potentiel pour faire bouger les choses. Mais elle est aussi timide et elle a peur du regard des autres. Je trouve aussi que maintenant c?est chacun pour soi, les jeunes sont plutôt individualistes.

Il me semble difficile qu?il se produise une telle manifestation de force regroupant un si grand nombre.

Un message aux parents et aux jeunes?

Aux jeunes, je dirai réveillez-vous, ensemble nous pouvons faire quelque chose pour notre île. L?union fait la force. Et aux parents, essayez de nous accorder plus de temps et de nous faire plus confiance. Nous demandons un minimum de votre attention.

S. A.

Publicité