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« La fraude porte atteinte à notre crédibilité de seafood hub »
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« La fraude porte atteinte à notre crédibilité de seafood hub »
Un opérateur du port franc, Fish Processors Ltd (FPL), serait impliqué dans l?exportation frauduleuse du thon. Qu?en faites-vous ?
Il paraît que FPL et des compagnies s?urs ont faussé des certificats d?exportation EUR1. L?alerte a été donnée par les autorités italiennes quand elles ont constaté un taux élevé d?histamine, toxine évocatrice de poisson gâté, dans une cargaison. Nous prenons néanmoins cette affaire très au sérieux car elle porte atteinte à la crédibilité du pays à un moment où il déploie des efforts conséquents pour s?établir comme seafood hub.
Considérez-vous la révocation du permis de FPL ?
Nous sommes encore au stade d?enquête pour établir les parts de responsabilité. Nous collaborons sans réserves avec les autorités douanières à ce sujet. Généralement, le conseil d?administration de la MFA est appelé à prendre une décision à la lumière des conclusions de l?enquête. La révocation du freeport license est une des sanctions possibles contre des opérateurs coupables d?irrégularités. Mais, dans le cas de FPL, cela ne devrait pas être nécessaire vu que la compagnie est en voie de fermeture. Elle a été mise sous administration judiciaire à la demande de sa banque.
Comment progresse le projet de faire de Port Louis un « seafood hub » ?
Un one-stop-shop pour la délivrance des permis est opérationnel depuis août sous la tutelle du ministère de la Pêche. Le groupe américain Casamar vient d?obtenir son permis pour opérer une unité régionale de fabrication et réparation de sennes. Ce service vient s?ajouter aux facilités telles que carénage, ravitaillement et stockage déjà étendues aux bateaux de pêche à Port Louis. Les opérateurs locaux continuent à démontrer leur foi dans ce secteur d?activité. Mauritius Freeport Development (MFD) construit un quai sur l?estuaire de la rivière Latanier au coût d?environ Rs 90 millions. Froid des Mascareignes (FDM) en fait autant pour environ Rs 60 millions.
Y aura-t-il une autre conserverie ?
C?est fort possible. Mais on n?a aucun projet pour le moment. En revanche, une unité de traitement du thon est en voie d?installation. Il s?agit de Thon des Mascareignes, un partenariat Maurice-Espagne, qui va entrer en opération d?ici avril prochain. Les promoteurs y investissent Rs 500 millions et exporteront vers les États-Unis et l?Union européenne.
Les autorités ont longtemps prétendu que les eaux exclusives mauriciennes ne sont pas poissonneuses. Où trouvera-t-on le volume nécessaire pour faire tourner un « seafood hub » ?
Maurice est déjà un important centre de transbordement pour le thon. Quelque 18 000 tonnes de poisson ont transité par Port-Louis l?année dernière. Du reste, il faut savoir qu?environ 1,2 million de tonnes de thon, soit un cinquième des prises mondiales, sont pêchées dans l?Ouest de l?océan Indien chaque année. Le territoire mauricien s?étend sur 1,9 million de kilomètres carrés dans cette zone. C?est dire que le potentiel est là. Des négociations sont en cours avec les Seychelles et Madagascar afin qu?ils puissent alimenter la plateforme logistique mauricienne pour le transbordement.
Les opérateurs privés ont leurs propres arrangements. Par exemple, le partenaire espagnol de Thon des Mascareignes possède une importante flotte de bateaux de pêche au thon opérant à partir des Seychelles. Il s?est arrangé pour dévier une partie du business vers Port-Louis. Le reste de sa prise transbordera par les Seychelles pour venir alimenter son unité de transformation ici.
Qu?en est-il de la capacité logistique de Maurice de pêcher le thon se trouvant dans ses eaux ?
Les autorités oeuvrent dans le sens d?une plus grande participation à la pêche hauturière, en particulier, du thon migrateur. Elles ont conclu des accords stratégiques, notamment avec l?UE et la Federation of Japan Tuna Fisheries Cooperatives Association. Le ministère a octroyé 150 permis de pêche l?an dernier.
Des mauvaises langues prétendent que le concept de « seafood hub » est en train d?être promu uniquement pour accommoder des opérateurs ayant investi gros dans les chambres froides?
Rien n?est moins vrai. Les bateaux de pêche ont commencé à venir à Maurice, attirés par la possibilité de stocker leurs prises dans les chambres froides construites par le privé. Nous nous organisons à présent pour encourager et encadrer cette activité. Mais le seafood hub ne se résume pas au stockage. C?est aussi un large éventail de services de supports. Nous entreprenons, conjointement avec le secteur privé, un marketing ciblé pour faire de Port-Louis un centre de pêche.
Outre la pêche, quels sont les autres « clusters » d?activité qui font la santé du port franc ?
L?entreposage reste la principale activité dans le port franc. Mais nous diversifions. Le cluster textile continue à s?établir. De plus en plus, les fabricants laissent tout ce qui concerne le marchandisage à des antennes établies dans le port franc. La bijouterie et la joaillerie ont déjà pris de l?avance. Nous explorons à présent le potentiel du cluster pharmaceutique. Certains opérateurs, basés à Plaisance, fournissent déjà un service de distribution et d?emballage. Ils exploitent notamment le créneau des commandes passées via l?internet. Des études approfondies sont nécessaires pour mieux jauger le potentiel de ce créneau.
Où en est la MFA avec son projet d?Airport Logistics Centre ?
Des discussions sont en cours avec Airports of Mauritius Ltd. Le centre comprendra, entre autres, des entrepôts secs, des chambres froides, des zones de transformation légère, un centre d?affaires et un permanent display centre. Nous démarrons sur 25 000 mètres carrés.
Nous avons également réservé 65 hectares pour le développement futur du port franc à Riche-Terre. Ces terres accueilleront des entreprises de transformation légère et d?assemblage.
Jusqu?ici, le port franc s?est concentré sur l?entreposage et la réexportation. À Riche-Terre, on misera sur la valeur ajoutée.
La MFA vit ses derniers jours. Elle intègre bientôt le BOI. Qu?est-ce que cela change dans la pratique ?
Pas grand-chose. Le nouveau Freeport Bill adopté mardi dernier préconise la dissolution de la MFA qui deviendra un département du BOI. A ce titre, l?équipe actuelle de la MFA conservera son intégrité et continuera à assurer l?interface avec les opérateurs du port franc. Il y aura néanmoins une certaine rationalisation de nos fonctions. Nous ne serons plus le régulateur du port franc. Cette responsabilité échoue exclusivement à la douane pour le respect des régimes d?exportation et aux autorités portuaire et aéroportuaire pour l?occupation d?espace. Cependant, nous continuerons à gérer les master agreements avec les développeurs privés. Ces accords relèvent de la hausse et l?amélioration de la capacité logistique du port franc et, donc de l?avenir de ce secteur.
Nous nous occuperons essentiellement de marketing et de facilitation du business. En dix ans, le port franc a connu une expansion logistique importante. Ces deux dernières années, les développeurs privés ont investi plus de Rs 1,4 milliard dans les infrastructures. D?ici la fin de l?année, nous disposerons de 110 000 mètres carrés d?infrastructures répondant aux normes internationales. Ce qu?il nous reste à faire, c?est de vendre cette capacité. Le marketing demeure notre
priorité. Nous allons peaufiner et harmoniser notre stratégie avec la politique générale du BOI. Nous engagerons davantage nos ressources à l?accompagnement des opérateurs. Nous privilégions une approche ciblée qui reste, à mon avis, le seul moyen d?optimiser nos ressources financières limitées pour le marketing.
Quand il faudra allouer les ressources, ne craignez-vous pas que le port franc soit relégué au second plan derrière les technologies de l?information et de la communication ?
Je ne pense pas que cela risque d?être le cas. Au contraire, l?intégration au BOI nous donnera accès à plus de moyens que ceux dont nous disposons pour le marketing. Nous pensons à notre tour faire profiter de notre expérience au BOI, notamment en termes de gestion informatisée des affaires.
Vous avez été une des chevilles ouvrières du port franc aux côtés de Gérard Sanpeur que vous allez vous retrouver au BOI. Comment accueillez-vous cette perte d?identité propre que vous avez mis 10 ans à bâtir ?
Au risque de me surprendre moi-même, j?attends cette intégration avec impatience. Ce sera un défi formidable que de faire marcher le BOI et d?en faire un organe-phare au service du pays. Un peu comme ce fut le cas dix ans plus tôt avec la création de la MFA. Bien sûr, l?élimination de la MFA provoque un petit pincement au c?ur. Mais vous savez, ce n?est pas l?institution qui fait l?homme. Bien au contraire.
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