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« Je suis blessée »

21 août 2005, 00:00

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Qui veut noyer son chien l?accuse de la rage, disait Molière. Le gouvernement s?est-il rendu coupable de lâcheté, doublée d?ingérence dans les affaires d?une compagnie privée, en limogeant Jyoti Jeetun, la Chief Executive du groupe SIT ? La question divise les actionnaires.

Il est 15 heures vendredi, quand Jyoti Jeetun reçoit une lettre l?informant de la décision du conseil d?administration, réuni le jour même, de se passer de ses services. On lui accorde trois mois de salaire en guise d?indemnités et une demi-heure pour vider les lieux. Trente minutes pendant lesquelles ses faits et gestes sont surveillés de près. Des instructions sont données pour lui interdire les locaux du SIT et de ses filiales. On l?oblige presque à prendre un taxi pour rentrer chez elle, affirment certains témoins.

Le nouveau gouvernement voulait le départ de la Chief Executive. Il l?a eu, même s?il a dû s?y prendre à deux reprises. Une première motion de mise à pied présentée il y a deux semaines par le représentant du ministère de l?Agro-industrie au conseil d?administration, se heurte au refus de ce dernier. Ce n?est pas que les directeurs voulaient tenir tête au régime. Ils craignaient plutôt d?être tenus pour responsables devant la justice du limogeage si celui-ci s?avérait injustifié.

Une lettre anonyme très critique

Le contrat de Jyoti Jeetun est passé au crible et le gouvernement estime être en mesure de la révoquer sur un simple préavis de trois mois. Motif : l?ex-dame forte du SIT serait impliquée dans des combines électoralistes. On lui reproche d?avoir organisé deux fonctions en pleine campagne électorale pour célébrer les dix ans du SIT, donnant ainsi une plate-forme aux gouvernants du jour pour tenir des discours politiciens.

Incidemment, une lettre anonyme, très critique par rapport à l?administration de Jeetun, circule depuis quelque temps. Cependant, rien n?indique qu?elle est pour quelque chose dans cette décision.

La principale concernée, réfugiée dans un mutisme depuis sa révocation, est sortie de sa réserve hier. « Je suis profondément blessée par la manière cavalière dont on m?a traitée, confie-t-elle. Mais j?ai la conscience claire et je m?en vais la tête haute. Je quitte le SIT sur des bases solides, quoi qu?en disent mes détracteurs. Le SIT a réalisé des profits de quelque Rs 150 millions durant l?année financière se terminant le 30 juin, comme les comptes, actuellement en train d?être audités, le confirmeront. En onze ans, je n?ai jamais eu aucun reproche. »

Que dire alors des reproches relatifs aux liens trop étroits avec le gouvernement sortant ? Il apparaît que c?est le conseil d?administration du SIT qui a pris la décision d?organiser les deux événements de la discorde. Navin Ramgoolam, alors leader de l?opposition, Rama Sithanen, le créateur du SIT, et Arvin Boolell, le promoteur de l?organisation, y étaient aussi conviés, mais n?y ont pas été.

Jyoti Jeetun s?est fait une solide réputation à la tête du SIT. Sous sa direction, l?organisme a diversifié ses activités pour s?engager dans les loisirs et le développement foncier. Outre les 20 % des actions qu?il détient dans les usines sucrières et centrales thermiques, le groupe est constitué du SIT Leisure Ltd, SIT Land Holding Ltd, SIT Property Development Ltd, Sir Seewoosagur Ramgoolam Botanical Garden Investment Company Ltd et SIT Corporate and Services Ltd. La valeur de ses actifs est estimée à Rs 2 milliards.

Ce parcours lui a valu la présidence de la Mauritius Post and Cooperative Bank. Pour de nombreux actionnaires, Jeetun est garante de la prospérité du groupe. Jugdutt Rampersad, actionnaire du SIT Land Holding, est un de ceux là. « Ce qui compte pour moi, ce sont les résultats. Le SIT m?a permis d?acheter pour Rs 750 000 un terrain à La Flora qui aurait facilement coûté trois fois plus en temps normal. Peut-on alors dire que le SIT n?a pas été bénéfique aux planteurs ? C?est normal qu?elle soit proche des gouvernants du jour, du moment que c?est dans l?avantage des actionnaires. »

« Elle a tout fait pour conforter sa position »

Rampersad entend se positionner dès à présent pour le renouvellement des directeurs l?année prochaine. « J?avoue ne pas comprendre la motivation du conseil d?administration. Pourquoi les membres ont-ils abdiqué devant le gouvernement ? Ce dernier n?a rien à faire dans les affaires du SIT. Il ne devrait même pas être représenté au board puisqu?il n?est pas actionnaire. Le conseil d?administration nous doit des explications. Je vais étudier dès à présent la possibilité de convoquer une assemblée générale spéciale. »

Ailleurs, le son de cloche est différent. Guirdharry Juggessur, président de la Mauritius Cane and Agricultural Federation, dit son profond soulagement. « Je suis délégué élu des planteurs. Pour des raisons obscures, je n?ai jamais pu devenir membre du conseil d?administration. Je suis content que Mme Jeetun parte, car il m?est inconcevable qu?elle perçoive des conditions de travail mirobolantes aux dépens des petits planteurs. Elle a tout fait pour conforter sa position au sein du SIT. L?entreprise peut avoir grandi et fait des profits, mais uni aux dépens des planteurs. Elle a encouragé les planteurs à s?endetter auprès de la banque qu?elle préside pour acheter des terres marginales. »

À chacun son appréciation. Il n?en demeure pas moins qu?avec ses 55 000 actionnaires, ses 7 000 arpents de terre, son parc aquatique et ses morcellements résidentiels, le SIT est une institution stratégique que n?importe quel gouvernement chercherait à contrôler. Le groupe a d?importants projets d?investissement : un morcellement dans la région d?Ebène, un hôtel au Waterpark Leisure Village, projet qui, à lui seul, vaut Rs 1,5 milliard?

Quoi qu?il en soit, il est peu probable que le SIT s?en sorte à si bon compte. Jyoti Jeetun estime que son renvoi est injustifié et compte bien obtenir justice.

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