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« Je n?ai pas été choquée par le discours de l?évêque »
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« Je n?ai pas été choquée par le discours de l?évêque »
Avez-vous été choquée par le discours de l?évêque de Port-Louis, Maurice Piat, à Bel-Air, dimanche dernier ?
Non, je n?ai pas été choquée par le discours de l?évêque, parce que quand une personne est blessée, elle réagit. C?est normal. Donc, que l?évêque ait fait connaître ses sentiments, qu?il ait parlé de ce que ressentent les catholiques ne m?étonne pas. Je reconnais que le ton était dur au début. Mais je ne me concentre pas sur la fermeté des premières phrases. Ce sont les questions posées dans ce discours qui retiennent mon attention. Je pense surtout à celles qui concernent l?option préférentielle pour les pauvres. L?évêque a parlé d?un système éducatif qui ne convient pas à 50 % de nos enfants, pour moi, c?est cela le point important.
Pensez-vous que c?était le lieu et l?occasion d?évoquer le jugement du Privy Council sur la question des 50 % de places dans les collèges confessionnels ?
La politese exige qu?on ne tape pas sur ses invités, mais je comprends la position de l?évêque. La messe, ce jour-là, a été dite pour commémorer l?abolition de l?esclavage. Les fidèles qui étaient à l?église s?attendaient à un tel message. Il fallait répondre à cette attente.
Quand Maurice Piat dit que le gouvernement a trahi l?Église, a-t-il raison ?
Peut-être que le verbe trahir est un peu fort. Je ne parlerai pas de trahison, je dirai qu?il y a eu mauvaise compréhension de part et d?autre. Le Premier ministre a eu l?occasion d?expliquer la façon de faire du gouvernement quand l?affaire a été portée devant le Privy Council. Il est clair que le diocèse n?a pas compris la position de l?État.
Quelle est votre position par rapport à la question des 50 % de places réservées dans les collèges catholiques ?
Le jugement reconnaît le droit du diocèse de recruter ses élèves mais remet en question le critère religieux. Je suis mauricienne, députée et catholique. Je considère qu?il faut respecter la Constitution. Le critère religieux ayant été jugé anticonstitutionnel par le Privy Council, il est hors de question qu?il soit pris en compte. Mais c?est dommage qu?on en soit arrivé là, car tout le monde sait pertinemment bien que les 50 % de places réservées n?étaient pas réservées aux seuls catholiques.
Comment voyez-vous l?option en faveur des pauvres ?
Je suis en faveur de cette option parce que ce sont les plus pauvres qui ont besoin d?être aidés. Il faut reconnaître que le diocèse a pris de nombreuses initiatives allant dans ce sens ces dernières années. L?ouverture des centres prévocationnels, par exemple, est la preuve de la volonté de l?Église d?aller vers les moins chanceux de la société.
Êtes-vous en faveur de l?introduction des langues orientales au CPE ?
Oui. Il faut inclure les langues orientales au programme du Certificate of Primary Education (CPE). Elles sont enseignées dans nos écoles depuis des décennies. Si on croit dans leur nécessité, il faut les reconnaître à la fin du cycle primaire. Mais cela étant dit, nous réalisons que dans la pratique un enfant apprendra une langue avec laquelle il a une affinité. Maintenant que faisons-nous des enfants qui n?ont pas d?affinités particulières avec une des langues enseignées à l?école ?
Vous n?êtes donc pas d?accord avec les parents qui demandent qu?on n?introduise pas les langues orientales au programme?
Je ne suis, en effet, pas d?accord avec eux.
Mais n?adoptent-ils pas la position que vous revendiquiez en 1995 au sein du Mouvement pour la justice au CPE ?
Non, ce mouvement s?opposait à la formule utilisée pour effectuer le classement des élèves. La situation était différente parce qu?alors, tous les enfants n?avaient pas eu l?occasion d?apprendre les langues orientales. Mais aujourd?hui, nous sommes dans un contexte différent : le ranking n?existe plus, il y a maintenant un système de grading.
Comment réagissez-vous à l?appel du prêtre Henri Souchon pour qu?aucun enfant catholique n?étudie les langues orientales ?
Il faut faire attention. L?apprentissage d?une langue est un enrichissement. Toutefois, je ne pense pas que ce soit pédagogiquement adapté de demander à un enfant de cinq ans d?apprendre trois langues étrangères.
Mais des parents demandent d?introduire l?italien, l?allemand et l?espagnol dans le programme d?études primaires?
Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Cela reviendrait à demander aux élèves de cinq ans d?apprendre trois langues étrangères. Non, je ne partage pas ce point de vue. Si je devais choisir pour un enfant de cinq ans une langue étrangère, entre l?allemand et l?hindi par exemple, j?opterais pour l?hindi.
Pourquoi ?
Parce que l?enfant mauricien, quelle que soit sa foi religieuse, a plus d?affinités avec l?hindi qu?avec l?allemand. Et l?hindi comme le mandarin sont des langues d?avenir.
Et que pensez-vous de l?introduction du créole dans le programme scolaire du primaire ?
J?y suis favorable. Mais cette revendication ne doit pas se faire en opposition à d?autres langues.
Parlons d?autre chose. Vous êtes membre du comité parlementaire de l?Icac. Êtes-vous contente de son travail ?
Je ne suis pas satisfaite du travail fait à ce jour par le comité. Nous avons raté certaines occasions. Il est grand temps qu?il se ressaisisse afin d?accomplir la tâche qui lui a été confiée.
Quelles sont les tâches que vous n?avez pas pu accomplir ?
D?abord, nous n?avons pas pu voir de plus près le fonctionnement de l?Icac comme le prévoit la loi. Tout comme nous n?avons pas pu nous pencher sur sa gestion financière. Mais comment le faire si nous n?avons pas les informations nécessaires ?
Mais qu?est-ce qui vous a empêchée de demander ces informations ?
Le comité a perdu beaucoup de temps dans des discussions pour connaître ses pouvoirs. Bien souvent l?interprétation de la loi par le commissaire de l?Icac divergeait de celle du comité.
Mais le commissaire de l?Icac n?est qu?un cadre assistant au comité. Son opinion ne peut pas vous empêcher de faire votre travail ?
Certainement. Mais quand le commissaire refuse de fournir au comité parlementaire certaines informations, on passe toute une réunion à discuter de son refus.
Que fait alors la présidence du comité ?
Je ne mettrai pas tout sur le dos de la présidence. Racheed Daureeawoo a toujours voulu être très prudent. Il a souvent ressenti le besoin d?avoir un avis juridique avant de trancher.
L?opposition exige le départ du président Daureeawoo et le comité parlementaire est dans une impasse. Comment s?en sortira-t-il ?
Nous avons eu une très bonne réunion avec le speaker. Il y a une volonté de trouver des solutions. Nous nous sommes mis d?accord pour nous donner un temps de réflexion afin de nous permettre d?identifier des solutions qui conviendront à tout un chacun.
Une de ces solutions serait-elle la nomination d?un nouveau président ?
(Long silence)? Nous cherchons une solution. L?important, c?est que le comité reprenne ses activités. Tous les membres sont de cet avis.
Faudra-t-il amender la loi régissant l?Icac ?
À la lumière de l?expérience vécue, je crois qu?il est temps de se pencher sur la possibilité d?ajouter d?autres articles au Prevention of Corruption Act pour mieux définir le rôle du comité parlementaire.
Propos recueillis par Jérôme Boulle
« Il faut inclure les langues orientales au programme du Certificate of Primary Education (CPE). Si je devais choisir pour un enfant de cinq ans, une langue étrangère, entre l?allemand et l?hindi par exemple, j?opterais pour l?hindi. »
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