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« Courses truquées » : la piste sud-africaine

18 juin 2005, 20:00

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La liste des avoirs des jockeys et gros parieurs ainsi que les relevés des appels téléphoniques devraient fixer les enquêteurs de la commission anti-corruption (Icac) sur les allégations de trucage de courses. Elle a entamé les démarches légales après avoir entendu, ces deux dernières semaines, une dizaine de jockeys et autant de bookmakers.

Que cherche-t-elle donc ? Dans le milieu hippique, chacun y va de son hypothèse. Certaines se recoupent. Des turfistes d?expérience, parmi lesquels un responsable d?écurie, ne s?étonnent guère de l?ampleur de cette affaire. Et ils suggèrent aux enquêteurs de voir à qui le crime profite le mieux. Ils tendent le doigt vers ce qu?ils appellent la piste sud-africaine.

« Les punters sud-africains sont trop souvent mieux avisés que nous. » Ces propos d?un vieux turfiste à la retraite résument à eux seuls le désarroi de plusieurs amoureux des courses de chevaux rencontrés. Ils laissent entendre que le succès impromptu de chevaux moyens serait le fait de courses truquées au bénéfice d?un « réseau sud-africain ».

« Comment expliquer, lorsqu?on regarde les résultats de certaines courses, que les parieurs mauriciens qui suivent l?entraînement et le parcours de certains chevaux moyens, ont eu peu foi en leurs qualités alors que des parieurs sud-africains, se trouvant à Johannesburg, Durban ou au Cap, savaient que ces chevaux avaient des qualités sportives... insoupçonnées », s?étonne un responsable d?écurie. Des questionnements auxquels font écho plusieurs autres interlocuteurs.

Il faut savoir que grâce à la retransmission télévisée des courses, les turfistes peuvent aujourd?hui miser à partir de l?Afrique du Sud. Mais ce n?était pas toujours le cas, se souvient ce bookmaker opérant au Champ-de-Mars depuis une quinzaine d?années. « Je me souviens d?une époque pas trop lointaine où des parieurs sud-africains venaient miser, le vendredi, des sommes énormes sur certains chevaux et qu?ils repartaient millionnaires le samedi. »

Quelles seraient ces courses qui ont fait la fortune de certains ? D?un interlocuteur à l?autre, les mêmes exemples sont cités. A l?instar de la sixième course de la septième journée du 4 juin dernier. Trois chevaux étaient en lice : Finbar Finnegan, monté par le jockey Wayne Smith, Royal Lineage (jockey Yashin Emamdee) et Royal Dome (jockey Jeffrey Lloyd).

<B>« Il a lâché le mors »</B>

Les parieurs mauriciens avaient estimé que, même s?il n?y avait que trois partants, le favori de cette course de 1 500 mètres était Royal Dome. Ses précédentes sorties laissaient entrevoir une course facile pour lui. « Nous avons coté ce cheval, dès jeudi, à Rs 185 et il a conclu, peu avant la course, à Rs 120 », déclare le bookie Marc.

« Mais, ô surprise, Royal Dome, connu comme un redoutable finisseur s?il n?est pas décroché, se fait distancer plus que prévu », renchérit un turfiste régulier. A un peu plus de 600 mètres de l?arrivée, Finbar Finnegan allait prendre le commandement et résister au finish de Royal Lineage.

Truquée cette course ? Le jockey Lloyd a une explication tout à fait plausible. Il justifie la pâle performance de sa monture par le fait que son cheval a lâché le mors, comme lors de ses premières courses. Version que l?examen vétérinaire allait conforter : le cheval boitait.

Mais cela ne convainc pas certains turfistes, qui évoquent la fréquence de tels incidents. « Est-ce une coïncidence si la cote de Royal Dome est demeurée si élevée ici alors qu?il était, dès le début, peu joué en Afrique du Sud ? » s?étonne un ancien « partenaire » d?un important bookmaker. Finnebar Finnegan était coté à 380 rands pour une mise de 100 rands alors qu?à Maurice, il était coté à Rs 650 pour une mise de Rs 100.

Autre course citée comme surprenante : la quatrième de la 21e journée de la saison dernière, le 25 septembre. Cette course a été remportée par Celtic Chief, monté par l?apprenti Teeha. Le favori, de loin, était Old Trafford, monté par le jockey Lloyd.

A l?ouverture des paris, jeudi, Old Trafford trouvait preneur pour une mise de Rs 100, pour un gain de Rs 278. A la clôture, sa cote de favori était confirmée . Il était offert à Rs 222. Le gagnant, Celtic Chief, a vu sa cote passer de Rs 1 482 à Rs 463. « Ce qui veut dire, affirment Marc et Jérémie, qu?en 48 heures. L?on a misé entre Rs 10 et 15 millions sur Celtic Chief. »

<B>Un favori qui faiblit</B>

Après la course, le jockey Lloyd et l?entraîneur Philippe Henry ont été invités à expliquer aux commissaires la course peu satisfaisante d?Old Trafford. Jeffrey Lloyd expliquera aux commissaires qu?il avait été obligé de « make a move earlier than he had anticipated » du fait que sa monture « was running keenly ». Lors du sprint final, Old Trafford n?avait pu poursuivre son accélération initiale et avait faibli en fin de course. Pour l?entraîneur Philippe Henry, Old Trafford avait bien travaillé à l?entraînement le mardi précédent, mais avait été laissé au repos. En outre, il avait été handicapé par l?état de la piste.

Au niveau des paris en Afrique du Sud, Celtic Chief a été vendu à 530 rands pour une mise de 100 rands. Ceux qui ont misé au Saftote (South African Tote) ont, malgré tout, estime le bookie Marc, « fait une très bonne affaire car qui aurait pu prévoir la course d?Old Trafford ? ».

Du côté du Mauritius Turf Club (MTC), l?on rejette toute possibilité de « courses truquées ». Shan Ip, porte-parole du MTC, estime que « ce ne sont que des rumeurs qui font un tort immense à l?industrie hippique ». Il rappelle qu?avec le développement des télécommunications, « nous pouvons, de Maurice, miser sur des courses se déroulant en Australie, en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud ou aux Etats-Unis ». Shan Ip ajoute que « les cotes varient de pays en pays, dépendant de la demande des parieurs ».

Pour le porte-parole du MTC, l?attrait des Sud-Africains pour les courses au Champ-de-Mars vient du fait qu?ils connaissent nos chevaux, originaires de leur pays. « Ce n?est que samedi que les paris sur les courses mauriciennes sont ouvertes en Afrique-du-Sud et la cote de départ est basée sur celle en cours à Maurice .»

Les uns et les autres appellent de leurs v?ux une enquête « qui secouera le cocotier ». « L?enquête initiée par l?Icac n?arrivera à des résultats que si l?on va au bout des choses, si elle met au jour tant le mécanisme que l?ampleur » de cette triche alléguée.

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