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« C?est le privé qui investit Il faudra bien l?écouter »

6 mars 2005, 00:00

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La fédération du patronat est contre les tripartites. Pourquoi ?

  • Bien au contraire, nous estimons que nous n?avons pas assez de rencontres tripartites pour débattre entre adultes de problèmes des entreprises et dégager des solutions dans l?intérêt de tous.

Pourquoi réclamer leur abolition ?

  • Se réunir une fois l?an pour déterminer le montant de la compensation n?est pas ce que j?appellerai une relation tripartite effective. Il y a très peu de négociation. En revanche, nous sommes entièrement en faveur de rencontres régulières, tenues dans un vrai esprit de collaboration et traitant des questions qui peuvent affecter la vie d?une entreprise et donc l?économie nationale.

La formule a pourtant fait ses preuves.

  • Depuis 25 ans, on nous dit que cette formule de compensation salariale assure la paix sociale. Dans le passé, nous pouvions nous permettre d?acheter la paix à ce prix. L?environnement local et international était protégé. Quand les salaires augmentaient, nous pouvions le passer au client. Aujourd?hui, nous devons survivre dans un marché extrêmement compétitif. Les maux ont changé. On ne peut continuer à administrer la même vieille tisane.

Un National Wages Council (NWC) serait, selon vous, un remède plus approprié ?

  • Des relations industrielles modernes reposent sur des négociations directes entre employeur et employés, les deux acteurs principaux de la vie d?entreprise. Il n?y a pas de place pour des tiers. Or, jusqu?à présent, nous subissons des impositions venant d?institutions externes à l?entreprise et qui ne tiennent aucun compte de sa spécificité. Ceci est particulièrement vrai pour les salaires.

Le libéralisme total ?

  • Nous ne recherchons pas un chèque en blanc pour exploiter. Nous demandons que l?employeur et les employés prennent en main leur destinée commune. Les salariés ne s?en aperçoivent pas mais la formule actuelle n?est pas à leur avantage non plus.

Comment ?

  • Les entreprises ne sont pas homogènes. Il y en a qui ont une meilleure santé que d?autres. Or, la formule actuelle pour la compensation salariale fait adopter une basse moyenne. Les salariés qui ont travaillé dur pour la prospérité de leur compagnie devraient pouvoir négocier davantage. Sinon, où est l?incitation à la productivité ?

Ne faites-vous pas là un amalgame entre compensation salariale qui restitue le pouvoir d?achat du salarié et augmentation salariale qui récompense l?effort productif ?

  • Les syndicats font la distinction entre ces deux concepts. Pour nous, c?est du pareil au même. Je ne vois pas pourquoi les employeurs doivent faire les frais de l?inflation. Eux aussi subissent l?inflation dans les prix des intrants sans percevoir de compensation pour autant.

Pourquoi les syndicats refusent-ils la négociation directe ?

  • Ils craignent que nous ne menacions leur existence et que, sans le filet gouvernemental, le patronat fasse une bouchée des employés à la table de négociation. Ils ont tort. Nous voulons au contraire d?un syndicalisme fort, participatif. Un syndicalisme qui nous aiderait à trouver des solutions plutôt que de s?opposer à tout.

Les syndicalistes ont-ils vraiment tort de craindre le diktat des patrons ?

  • Il y a un mythe qu?il faut briser : la Mauritius Employers? Federation (MEF) n?est pas pour le bas salaire. Nous prônons le juste salaire basé sur la productivité. Nous savons que l?entreprise ne peut prospérer si ses employés sont frustrés. Malheureusement, la méfiance entre patronat et syndicats est bien réelle. Les syndicats ne croient pas l?employeur quand celui-ci évoque ses difficultés. Dans les deux camps, il y a des efforts à faire pour bâtir la confiance. L?employeur aussi devra y mettre du sien en impliquant les employés dans les décisions qui affectent la vie de l?entreprise, en partageant les fruits de l?effort collectif.

La réforme des tripartites est le sujet d?un véritable dialogue de sourd entre les partenaires sociaux. N?y a-t-il pas moyen de contourner le problème ?

  • Nous nous investissons beaucoup à tisser une relation de confiance avec nos employés. Vous serez étonné de savoir à quel point ils sont au courant et s?intéressent à la vie de leur entreprise. Ils comprennent les enjeux.

Quelle est votre appréciation du rôle de l?Etat?

  • L?Etat est le plus gros employeur du pays. Il est aussi le régulateur du mon-de du travail. Les représentants du gouvernement à la table de négociation se retrouvent donc dans une situation où ils sont à la fois juge et partie. Ce n?est pas sain. De fait, l?Etat se voit accusé d?être pro-patronat par les syndicats et pro-syndicats par les employeurs. Ainsi, coincé entre l?arbre et l?écorce, l?Etat adopte invariablement une position de statu quo qui bloque tout changement. Cette année encore, le ministre des Finances a décrété, qu?à défaut de dégager un consensus, la bonne vieille méthode sera de nouveau appliquée pour fixer le taux de compensation. Nous savons qu?il n?y aura pas de consensus puisqu?il n?y a pas eu débat aux préalables.

Les tripartites ne sont-elles pour vous qu?un levier politique entre les mains du pouvoir ?

  • Disons que je ne vois pas à quoi sert ce rituel. La compensation est quasi automatique. Le modèle doit changer.

Comment fonctionne un National Wages Council ?

  • Le NWC est un organisme tripartite. Il décide des grandes lignes de la politique salariale nationale. Il propose aussi un taux annuel de compensation et d?augmentation salariale pour le pays. A l?intérieur du seuil proposé, chaque entreprise a la possibilité de décider, après négociation avec ses employés, de son propre taux. Cela en fonction de sa capacité de payer. Le NWC se réunirait chaque mois pour se tenir au courant des aspirations des salariés, suivre l?évolution dans le climat d?affaires et préconiser des ajustements s?il y a lieu.

Le patronat fait toute une affaire de la productivité. Que reproche-t-on au juste aux salariés mauriciens ?

  • Au cours des dix dernières années, la productivité du secteur manufacturier a connu une baisse moyenne de 3,3 % par an. C?est grave. Cela veut dire que le coût des intrants est en train d?augmenter bien plus vite que la valeur ajoutée. Dans ce secteur, la main-d??uvre constitue entre 25 % et 40 % du coût de production. C?est un des plus importants pôles de dépense. Il est évident que quand l?entrepreneur veut améliorer la productivité de son entreprise en rationalisant les coûts, il essaiera de mieux maîtriser les salaires. Pour autant, ce n?est pas juste de dire que l?employeur ne veut que presser davantage le citron, qu?il veut plus de sueur pour moins de salaires.

Mais la productivité ne dépend pas des seuls salariés ?

  • Certainement pas. Elle dépend également de la qualité des outils de travail, des procédés de production, de l?environnement de travail, du niveau de formation des employés? Quand tous ces leviers sont activés, les gains de productivité sont faciles à chiffrer et nous n?avons aucun problème à discuter de la part de chacun. Encore faut-il que tous les partenaires soient disposés à discuter avec sincérité.

Tous les employeurs ne font pas l?effort d?une approche intégrée à la productivité et se consacrent justement à presser toujours davantage le citron.

  • Tout entrepreneur qui se respecte doit avoir à l??il la productivité globale de son entreprise. Celui qui ne le fait pas disparaît à terme. Mais il y a une limite à la productivité du capital. De la main-d??uvre aussi. Voilà pourquoi certaines entreprises sont contraintes à fermer quoi qu?elles fassent.

Il reste que certains entrepreneurs ne font pas l?effort d?innover, de recréer.

  • L?investissement dépend d?une série de facteurs. En général, l?entrepreneur ne réinvestit que s?il y a profits. Or, si l?on regarde de plus près les résultats des Top 100 companies, on s?aperçoit qu?à l?exception de quelques-unes, leurs profits sont en baisse. A moins d?exporter, la taille du marché local est un autre facteur contraignant. En renouvelant les équipements, l?entrepreneur risque de se retrouver avec une capacité excédentaire difficile à rentabiliser. Parfois, l?entrepreneur fait aussi le choix stratégique d?opérer uniquement dans le bas de gamme. Il délocalisera dès que la main-d??uvre devient chère. D?autres sont attirés par la possibilité de faire plus de profits ailleurs et finissent aussi par s?en aller.

Quel pacte social réclamez-vous dans votre « vision document » ?

  • Nous réclamons un nouveau mindset. Que l?employé participe activement à la vie de son entreprise, se forme et se fasse polyvalent. Que l?Etat procède à une refonte du cadre régulateur actuel qui a fait son temps. Que patrons et syndicats se donnent une chance d?interagir autrement qu?en adversaires. Mais, pour que tout cela arrive, il faudra bien que quelqu?un commence quelque part. C?est pour cette raison qu?il faut un leadership fort.

Cette vision pour les dix ans à venir a des chances d?être adoptée ?

  • Le document a suscité quelques réactions assez fortes. Ce n?est pas grave. Le débat est lancé. Nous allons le poursuivre. Nous espérons que les partenaires finiront par nous écouter. Ils savent que l?investissement ne viendra que du secteur privé.

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