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« Bef travay, souval manze »

23 décembre 2007, 00:00

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Le ministre des Finances, Rama Sithanen, fera-t-il mentir cet adage en 2008 ? En faisant le bilan de l?action de son ministère ce mercredi, il s?est contenté de faire? du Sithanen. Soit une froide analyse d?indicateurs macroéconomiques et sectoriels qui tendent, pour la plupart, à indiquer que l?économie va de mieux en mieux. Mais autant l?économie a semblé se revigorer en 2007, autant la position de Rama Sithanen a semblé, elle, chancelante au sein du gouvernement. Durant sa conférence de presse, le ministre des Finances n?a pas fait une seule allusion à sa proposition de démission de février, et à l?épisode de tension extrême d?octobre. Durant lequel il avait sérieusement songé à démissionner.

Lorsque nous lui avons demandé le bilan de son année personnelle, Rama Sithanen s?est fait philosophe. « Vous savez, dans la vie, il faut faire abstraction de l?individu », tout en avouant qu?il a « beaucoup de déceptions » dont « il n?est pas l?heure de parler ». C?est vrai que des couleuvres, Sithanen en a avalé en 2007.

Il a reçu, seul, une volée de bois vert pour la mauvaise gestion, par d?autres, du nouveau mode de subvention pour les examens du SC et du HSC. Il est, par la suite, devenu la cible favorite d?une partie de la bourgeoisie du pays car le nouveau système d?impôts l?empêche de se livrer à son sport favori : l?évasion fiscale. Pour finir l?année en « beauté », il a également été soigneusement tenu à l?écart, par Ramgoolam, des négociations avec la « Mauritius Sugar Producers Associa-tion » sur la Réforme sucre.

Beaucoup d?observateurs, y compris des proches de Sithanen, jugent qu?il finira par partir d?ici la fin de l?année 2008. Mais d?autres, dont également ses proches, pensent qu?il serait stupide de sa part de claquer la porte au moment même où quasiment toutes les réformes qu?il a enclenchées commencent à porter leurs fruits. « Bef travay pou souval manze ? », lui rappelle-t-on. L?argument ne tombe pas dans l?oreille d?un sourd. Rama Sithanen semble effectivement vouloir rester. Malgré les coups bas et les médisances des collègues. Malgré une « amitié » du Premier ministre qui relève parfois davantage de l?opportunisme politique que de la sincérité.

Mais même si Sithanen veut rester au gouvernement, son sort dépend finalement de quelqu?un d?autre. De son ami Navin, justement. Or le Premier ministre a un problème grave à régler : la question de la perte conséquente du pouvoir d?achat des ménages à Maurice. La question est inextricable. Sithanen aura beau dire que la croissance économique permettra aux Mauriciens de gagner mieux leur vie. Mais face à une inflation essentiellement importée, la croissance économique seule ne peut atténuer durablement la perte du pouvoir d?achat.

C?est pour cela que nous pensons, comme d?autres, que Ramgoolam, vers la fin de son mandat, se résoudra à se séparer de son ministre des Finances. Que Sithanen y consente ou non. Un ministre des Finances faisant office d?agneau du sacrifice pour gagner des points de popularité, la man?uvre a été usitée ailleurs. Pourquoi pas à Maurice ?

Le gouvernement, et sans doute le Pre-mier ministre lui-même, récupéreront dans la foulée à leur compte tout le bilan positif de la réforme. Tout en faisant de Rama Sithanen, qui sera alors parti, celui qui n?aura pas su préserver le pouvoir d?achat des Mauriciens. Et qui, pour le coup, aura été justement écarté du gouvernement. Un scénario de « bef travail, souval manze » !

Ce scénario ne relève pas de la fiction. Bien au contraire, il doit même trotter dans la tête de Ramgoolam depuis quelque temps. La question toutefois demeure. Le mettra-t-il en ?uvre ? Et si oui, quand ? En tout cas, il ne faut pas se soucier de Sithanen dans l?histoire. D?importantes organisations internationales, dont la Banque mondiale, attendent avec impatience que le ministre des Finances redevienne disponible pour lui proposer d?importantes missions sur le continent Africain et ailleurs. Sithanen, dans l?histoire, évitera même sans doute un ulcère et quelques querelles familiales.

Mais le pays perdra un ministre des Finances avec une vision claire. Et qui, c?est rare, est disposé à se rendre impopulaire pour la mettre en ?uvre. On verra bientôt si tout le monde au gouvernement peut avoir ce courage. Ou si l?impératif de gagner les prochaines élections l?emportera sur tout !

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