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Zodiac
Celui qui se faisait appeler Zodiac revendiqua pas moins de 37 assassinats entre 1968 et la fin des années 1970 dans la région de San Francisco en Californie et il serait possiblement celui qui aurait inspiré aux médias le terme de ?serial killer?. L?enquête de police ne fut officiellement close qu?en 2004 et aucun suspect ne fut formellement inculpé. S?il faut s?en tenir à la stricte définition d?un thriller, Zodiac, dernier film de David Fincher n?en est définitivement pas un. C?est un film d?enquête qui finit par devenir le film d?une quête longue de trente années et obsessive au point de briser des vies, celles des enquêteurs. Un journaliste, Paul Avery/Robert Downey Jr, y laisse sa carrière ; un policier, l?inspecteur William Armstrong / Anthony Edwards, finit par y perdre toute sa crédibilité et un ?simple? dessinateur, Robert Graysmith / Jake Gyllenhaal y laisse presque son foyer. Ce dernier, en détective amateur, passa au moins une quinzaine d?années sur cette affaire et le scénario de Zodiac est directement inspiré du livre qu?il en tira.
Le point de vue du film est donc celui de Robert Graysmith, bien qu?on imagine qu?une histoire comme celle du Zodiac existe forcément en autant de versions que de suspects, sans compter le nombre d?enquêteurs. Cela vient un peu expliquer pourquoi le personnage que joue Jake Gyllenhaal occupe une place si centrale et pourquoi il a le beau rôle : celui que tout le monde traitait de haut et qui finit par être le plus près de la vérité. Il faut reconnaître que le film développe ce personnage de manière remarquable, prenant le brave garçon plutôt insipide qu?il est au début et le faisant grandir en intensité durant deux heures et trente minutes. Il y a ces observations qui finissent par nous prendre par surprise après coup, comme le fait que la vie de couple de Graysmith est sous l?emprise du tueur dès le tout premier rendez-vous amoureux. D?autres sont plus évidentes, comme le découragement, puis l?amertume, qui gagnent peu à peu les autres personnages, lesquels finissent par être écrasés par cette enquête. Et, ce tueur qu?on ne voit que durant quelques minutes en tout et pour tout dans des scènes assez dures, finit par habiter le film autant que notre dessinateur.
David Fincher, réalisateur de Se7en et The Game a toujours été attiré par les jeux de piste malsains élaborés par des êtres pervers. Ses effets de mise en scène ont aussi fait sa réputation de même qu?un certain penchant pour les tableaux glauques. L?histoire du Zodiac était à priori l?occasion pour lui de s?en donner à c?ur joie ; au lieu de quoi, le cinéaste choisit la sobriété. Il ne s?offre qu?une seule fois la fantaisie d?une belle photo, celle du ?Golden Gate? dans les nuages. Autrement, la mise en scène est surtout très efficace, s?en tenant strictement au récit. Quelques-uns ont trouvé le cinéaste distancé par rapport au sujet. Pourtant, Zodiac pourrait bien avoir été un projet personnel pour David Fincher. Durant son enfance, le cinéaste vivait dans un des quartiers dans lequel le tueur en série avait frappé et il fut très marqué par la menace de ce dernier de s?en prendre à un car scolaire. D?où peut-être sa possible envie de nous faire partager son acharnement sur le personnage de Arthur Leigh Allen / John Caroll Lynch, un suspect que les circonstances désignent comme le coupable idéal. Faute de pouvoir affirmer qu?il l?est effectivement, on affirmera que le récit est envoûtant, palpitant et pas très éloigné du thriller policier.
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