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Budget 2026-2027

Le Grand oral de Navin Ramgoolam : Deux heures pour convaincre

19 juin 2026, 10:00

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Le Grand oral de Navin Ramgoolam : Deux heures pour convaincre

Le Premier ministre et ministre des Finances en route pour la lecture du Budget 2025-2026, le 5 juin 2025. (Photo : Archives de l’express)

À quelques heures de la présentation du Budget 2026-2027, tous les regards se tournent vers le Premier ministre et ministre des Finances, Navin Ramgoolam. Pendant près de deux heures, il devra convaincre que son gouvernement est capable de concilier discipline budgétaire, justice sociale et relance économique dans un contexte marqué par des contraintes financières persistantes et un environnement international incertain.

Le suspense a été soigneusement entretenu ces derniers jours. Le chef du gouvernement s’est limité à évoquer quatre principes directeurs – responsabilité, solidarité, efficacité économique et justice sociale – sans dévoiler le détail des mesures qui seront annoncées. «Notre objectif est de continuer sur la voie de la croissance, de renforcer l’économie mauricienne, de protéger les citoyens, surtout les plus vulnérables, face aux défis actuels, locaux et internationaux, et de préparer le pays pour un meilleur avenir», dit-il.

Pour les ménages, ce Budget sera d’abord évalué à l’aune du pouvoir d’achat et de son impact sur les dépenses quotidiennes. Pour les entreprises, la priorité reste la stabilité du cadre économique et réglementaire dans lequel elles devront investir et créer des emplois.

Le message envoyé ces dernières semaines par le ministère des Finances est clair : la consolidation budgétaire demeure une priorité. Après les mesures de redressement engagées lors du précédent exercice, le gouvernement entend poursuivre ses efforts pour améliorer durablement les finances publiques tout en maintenant un filet de protection pour les catégories les plus vulnérables.

L’équation est toutefois complexe. La marge de manœuvre budgétaire s’est réduite avec l’absence des quelque Rs 10 milliards attendues du Chagos Deal, des recettes qui avaient été intégrées dans les prévisions de revenus de l’État au 30 juin 2026. À cela s’ajoutent les effets de certaines décisions fiscales prises l’année dernière, notamment la hausse des droits de douane sur les véhicules et l’introduction de la Fair Share Contribution, qui n’ont pas généré les revenus escomptés. Dans ce contexte, l’exécutif cherche à réconcilier les impératifs de discipline financière avec les attentes sociales d’une population confrontée à une hausse persistante du coût de la vie.

Davantage de produits alimentaires subventionnés

Parmi les annonces qui pourraient retenir l’attention figure une mesure inédite destinée à amortir le coût de la vie pour les ménages les plus modestes. Ainsi, il nous revient qu’une des mesures porterait sur l’élargissement de la liste des produits alimentaires bénéficiant de subventions de l’État. Cette décision constituerait l’une des principales nouveautés sociales de ce Budget et viserait directement les familles confrontées à une inflation persistante sur les biens de consommation courante.

Dans la même logique, le gouvernement travaillerait à étendre le mécanisme d’importation parallèle au-delà des seuls médicaments afin d’y inclure certains produits de consommation. Une telle évolution pourrait renforcer la concurrence sur le marché local et contribuer à une baisse des prix pour les consommateurs, sous réserve des amendements législatifs nécessaires. Ces mesures traduisent la volonté de l’exécutif d’agir directement sur le panier de la ménagère plutôt que de multiplier des transferts généralisés dont le coût pèserait davantage sur les finances publiques.

Le Budget devrait également envoyer un signal en direction de la classe moyenne, souvent considérée comme la grande oubliée des politiques sociales. Ni suffisamment vulnérable pour bénéficier pleinement des aides publiques ni suffisamment aisée pour absorber sans difficulté la hausse du coût de la vie, cette catégorie supporte une pression croissante sur son pouvoir d’achat.

Dans cette optique, le relèvement du seuil d’exemption fiscale l’année dernière de Rs 390 000 à Rs 500 000 devrait permettre à près de 44 000 contribuables de sortir du filet fiscal lors de leur prochaine déclaration. Cette mesure profiterait à de nombreux salariés appartenant aux couches moyennes et viendrait alléger leur charge fiscale dans un contexte inflationniste. D’autres mesures dans la même veine devraient être annoncées cet après-midi.

Autre dossier particulièrement sensible : la réforme du système de retraite. Après la décision de relever progressivement l’âge d’éligibilité à la pension de vieillesse à 65 ans, le gouvernement envisagerait désormais des ajustements ciblés. Le rapport intérimaire soumis récemment par le comité présidé par Ashok Subron ouvrirait la voie à des aménagements pour certaines catégories professionnelles ou pour les personnes les plus vulnérables. L’idée serait de préserver l’objectif de soutenabilité financière tout en tenant compte de réalités sociales et professionnelles spécifiques, notamment pour les métiers physiquement exigeants et pénibles.

Pas de hausse de la TVA à l’horizon

Alors que des rumeurs persistantes faisaient état d’une possible augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), les informations obtenues tendent à écarter cette hypothèse. Le maintien du taux actuel constituerait un choix politique fort. Une hausse de la TVA aurait en effet touché indistinctement l’ensemble des consommateurs, des ménages les plus modestes aux plus fortunés, même si ces derniers disposent d’une capacité financière supérieure pour absorber une telle augmentation. En renonçant à cette option, le gouvernement éviterait d’alimenter davantage les tensions sur le coût de la vie et préserverait le pouvoir d’achat dans un contexte déjà marqué par de fortes pressions inflationnistes.

Au-delà de la question des retraites, d’autres initiatives sociales pourraient être dévoilées afin de soutenir les ménages les plus exposés à la hausse du coût de la vie. Parmi les pistes évoquées figure la création d’une carte de soutien destinée aux personnes situées au bas de l’échelle des revenus, permettant d’apporter une aide plus directe aux familles en difficulté.

Par ailleurs, le gouvernement a préparé, nous dit-on, ce Budget dans un environnement mondial particulièrement volatil. Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, marquées par l’escalade militaire impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël, ont provoqué un choc sur les marchés énergétiques. Les inquiétudes concernant le détroit d’Ormuz et les perturbations des chaînes d’approvisionnement ont fait grimper les cours du pétrole jusqu’à près de 120 dollars le baril, accentuant les pressions inflationnistes à l’échelle mondiale. Les effets de cette flambée devraient continuer à peser sur les prix et ont conduit plusieurs institutions financières locales à revoir leurs perspectives de croissance pour Maurice à moins de 3 % avec une inflation atteignant jusqu’à 6 % d’ici la fin de 2026.

La signature d’un cessez-le-feu pourrait toutefois contribuer à stabiliser progressivement les marchés pétroliers et ramener les prix vers leurs niveaux d’avant-crise. Ce scénario semble d’ailleurs avoir été intégré dans les hypothèses macroéconomiques retenues par le ministère des Finances pour élaborer le Budget 2026-2027.

Au final, le Grand oral de Navin Ramgoolam ne sera pas seulement un exercice comptable. Il devra démontrer que le gouvernement est capable de maintenir le cap du redressement budgétaire tout en apportant des réponses concrètes aux préoccupations des ménages et des entreprises. Dans un contexte de ressources limitées, l’équilibre entre responsabilité financière et cohésion sociale sera sans doute le principal critère à partir duquel ce Budget sera jugé.

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