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Yoland Appadoo ou l?art de sculpter le bois de cocotier

18 décembre 2006, 20:00

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D?un geste brusque et précis, il étête et débite les fruits tel un métronome. Qu?il pleuve ou que le soleil darde ses rayons brûlants, Yoland Appadoo est sur la plage en train de vendre ses noix de coco. C?était il y a 19 ans, à Flic-en-Flac.

Aujourd?hui, confortablement installé dans le kiosque à noix de coco de l?hôtel La Pirogue, sa passion pour cette grosse coque fibreuse à chair molle est restée intacte. ?A force de dur labeur on finit toujours par réussir sa vie. Je travaille depuis l?âge de 13 ans sans rechigner.? Coiffeur, tailleur, maçon. Il s?essaie à tout. ?J?ai même soigné les gens qui se sont fait piquer par les ?laf?. Un don légué par mon grand-père. Mon oncle Bedos a pris la relève.?

Le coup de pouce viendra d?un manager de l?hôtel qui découvre en lui un talent certain. Désormais, les noix de coco sont sculptées en forme de poisson, de pirogue et se parent de fleurs d?hibiscus et de frangipaniers. ?Celle taillée en corbeille est réservée aux amoureux pour qu?ils puissent boire à l?unisson dans la même noix de coco.? 200 fruits passent ainsi chaque jour entre les mains de Yoland, secondé dans sa tâche par Sanjay Callychurn et Sandhil Buddhoo du ?Coco Kiosk?.

Pour se rafraîchir et pour le plaisir des yeux. ?J?en sculpte jusqu?à en avoir des ampoules aux mains mais je ne m?en lasse pas. On s?approvisionne dans les jardins de l?hôtel. C?est suffisant puisque nous avons 2 000 cocotiers. Il n?y a pas de saison pour ce fruit. On en a tout le long de l?année.?

Et pour les fleurs, ce père de famille de 41 ans, sollicite la bienveillance de deux collègues, Ingrid Salvara et Vanessa Bungaroo. Très souvent, la cueillette se fait avec les protestations indignées des clients de l?hôtel, malheureux d?en voir la flore abîmée. Mais réconciliés et ravis, à la nuit tombée, de siroter une ?pirocolada? faite de lait et de crème de coco, crème fraîche et jus d?ananas à même le fruit, rehaussé de jolies fleurs. ?Le lait de noix de coco est très efficace contre le mal de gorge. Je l?ai conseillé aux clients qui, le lendemain, m?ont appelé ?docteur?.?

Cet amour immodéré ne s?arrête pas qu?au fruit et à son lieu de travail. Chez lui, à l?aide de tiges et de feuilles des cocotiers nattées, il fabrique des décorations hautement naturelles. Tandis que de jeunes noix de coco se transforment en cendriers sous ses mains habiles. ?Tout me vient en rêve. J?ai des visions la nuit et le lendemain mes ?uvres prennent forme. Mes amis trouvent certaines de mes créations quelque peu insolites mais il y a tout un cheminement derrière chaque objet et j?essaie de le leur expliquer.? Parmi ses quatre enfants, le petit Léo, du haut de ses sept ans, suit déjà les traces du papa artiste. Alors que sa femme Christiane a toutes les peines du monde à s?y initier.

Ne vous aventurez pas à demander à Yoland s?il envisage de changer de métier. Ce serait pour lui presque une insulte. ?Mon univers, c?est la noix de coco. Et, ici, je gagne bien ma vie. Mes supérieurs et tout le personnel de La Pirogue me poussent à développer mon sens artistique. Il y règne une grande solidarité. J?ai même eu droit à un voyage à l?île de la Réunion pour bonne conduite. Là-bas, j?étais en quête de nouveauté. Lizie grand ouver. Zame fini apran.?

Son rêve, d?ailleurs, est d?entreprendre son deuxième voyage aux Comores à la rencontre d?un certain Papa Moundy pour pouvoir se perfectionner. Les yeux brillants, il relate comment ce Comorien excelle en l?art de confectionner des paniers à l?aide de feuilles de cocotier. Il en a eu du reste un bref aperçu lors du séjour de cet homme à l?hôtel.

?Cette passion pour la décoration a grandi pendant mes longues heures de solitude. Il faut toujours que je fasse quelque chose de mes dix doigts. C?est ainsi que dans mes heures perdues, je démonte et répare de vieux transistors et des ventilateurs.? Solitaire, Yoland l?a toujours été et le restera toujours. Il faut dire qu?une vilaine blessure à la colonne vertébrale le cloue au lit pendant un mois et demi et le prédispose à effectuer davantage de travaux assis. Fini le jardinage qu?il affectionne tant. Plus jamais les coups de main aux amis maçons. ?A cause de mes douleurs je ne peux même pas aider mes enfants. Heureusement, il y a ma femme qui est très dévouée.?

Aussitôt son travail terminé, Yoland se rend auprès des personnes âgées et démunies pour leur couper gratuitement les cheveux. C?est sa manière à lui de faire sa bonne action. Car il n?oublie pas que lui-même, orphelin très tôt, a été recueilli et élevé par ses tantes. Et, qui sait, à marée basse, vous le verrez peut-être pêchant le poulpe.

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