Publicité

Xénophobie

28 avril 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Je ne suis pas un grand amateur de voyages, contrairement à certains officiels qui se déplacent à mes frais et se rendent à l?étranger pour empocher l?argent destiné à l?hôtel, loger chez des parents et toucher une généreuse allocation journalière. Ils n?entendent pas le latin mais ils connaissent parfaitement le terme per diem. Mais moi je m?exporte toujours à contrec?ur.

Je suis refroidi par les ?tour operators? qui opèrent des tours souvent pendables et par leur utilisation du mot ?non-stop?. Lors d?un voyage à l?Ile S?ur (sans aucune tentation d?inceste) mon agence m?avait préparé un itinéraire très professionnel qui spécifiait : Maurice-Réunion ?non-stop?. Comme il n?y a qu?un bras de mer qui nous sépare cela m?a rassuré. Ma conception de Maurice-Paris-Maurice ?non-stop?, par exemple, est en fait de prendre l?avion et, une fois Paris en vue, de faire un tour de la Tour Eiffel, le nez collé au hublot, et de rentrer chez moi. Ça c?est du ?non-stop? !

Il paraît que l?humeur des Parisiens s?est bien améliorée et qu?ils ont mis de l?eau dans leur pinard. Je le conçois aisément : ils étaient si désagréables que tout changement, si minime soit-il, ne pouvait être que pour le mieux. Histoire vécue : je suis dans une boulangerie parisienne. Il y a deux files de gens qui font la queue. Un peu indécis, j?observe le mouvement. Tout à coup, bien que je n?aie pas une tête de veau, une voix à la vinaigrette me demande : ?Alors, Monsieur, vous faites la queue au pain ou aux gâteaux ?? Maurice 0 ? PSG 1, sur coup de pied direct.

Je me souviens aussi d?un hôtel de la rue Oudinot où, il y a quelques années, on m?a forcé à interrompre momentanément mon séjour. ?Mais vous pourrez revenir dans trois jours?, m?a dit la directrice d?un ton à réfrigérer un ours polaire, ?parce que, à partir de demain il n?y a plus de place à cause du congrès?. Et comme je demandais quel congrès, la dame avec un zeste mi-citron mi-irritation devant mon ignorance. ?Mais c?est le congrès annuel des veufs de guerre?. Et je dus obtempérer car, à Paris, les touristes prennent le bateau-mouche et les Français prennent la mouche. Je ne suis pas mécontent qu?en compensation nous avons nos plages et ils ont leurs grèves.

Pour être juste, il faut dire qu?on a un accueil beaucoup plus amical à la campagne où j?ai toujours rencontré des gens charmants.

Par contre, j?ai eu moins de chance à la Réunion où sévissent les préposés à l?immigration les plus rébarbatifs de l?hémisphère sud. On a presque envie de leur demander : ?Ou mordé ou ?? mais ça risque de leur donner des idées. C?est à croire qu?ils essayent devant la glace des exercices d?hostilité destinés au genre humain en général et aux Mauriciens en particulier. Ils ont perpétré, il n?y a pas longtemps, une demande de renseignement capitale qui dure encore : ?Vous n?avez pas mis le nom de la ville où vous êtes né.? Et, à chaque fois j?ai l?espoir que le fait d?entrer ?Rose-Hill en 1936? fera sortir une épaisse fumée des oreilles de leur satané ordinateur.

Comme je rentrais de Bourbon un soir je fis, en arrivant à Gillot, connaissance avec la saga des anti-déodorants où les douaniers obligeaient les passagers à laisser leurs vaporisateurs dans une grande poubelle sous prétexte que c?était un danger pour l?avion avec le résultat probable que pendant plusieurs mois ces messieurs durent fleurer bon. Après quoi, entrant dans la salle d?attente, on débouchait sur une boutique hors taxes où l?on pouvait acheter assez de bombes désodorisantes pour faire sauter toute une escadrille.

Heureusement qu?à Londres cette rencontre avec les autorités est parfois teintée d?humour. Vous arrivez au guichet de métro pour aller à Holborn et vous demandez ?One ticket for Hol-born, pleeze?. Comment pourriez-vous deviner que ça se prononce Hobun ? Le préposé a un petit sourire puis laisse tomber goguenard ?Try again?. Même chose pour Leicester et Gloucester qui s?articulent avec la glotte à soixante degrés des amygdales.

Voilà, entre autres, pourquoi je suis allergique aux voyages et je passe sous silence la quête des visas sous la pluie avec, au bout de deux heures, le renvoi au lendemain, le questionnaire dévoilant le tour de taille de votre grand-père maternel, sa pointure après les repas et les raisons pour lesquelles il a échappé à la grippe espagnole.

Et puis, admettons-le, on n?est pas mal du tout ici.

Sauf qu?il y a un peu trop d?étrangers.

VOLCY

Publicité