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Whisky frelaté : les langues se délient
Capsules en mauvais état, étiquettes mal collées, et bouteilles sales? Après analyse de son équipe de contrôle de qualité, les faits confirment l?existence d?un trafic. La compagnie consigne une déposition à la police. Et commence alors l?affaire de whisky frelaté.
L?enquête prend une tournure déterminante cette semaine. Arrêté dans le cadre de la commercialisation de whisky frelaté, François Cheong Win Yuen, aurait balancé le nom d?un homme d?affaires. L?Anti-Drug & smuggling Unit attend ce dernier à son bureau cette semaine pour le confronter à la version du suspect.
Quelque 4 000 bouteilles de whisky De Luxe et Sir Edwards ont aussi été saisies lors des descentes policières et douanières cette semaine à St.-Pierre, Fond-du-Sac. Il est ainsi question d?un réseau de trafiquants qui seraient à l?origine de ce commerce illégal. Un premier constat : des bouteilles de whisky non retournées à Grays auraient pu être réutilisées par les fraudeurs.
C?est ainsi qu?Alexis Harel, Commercial Executive de Grays, est attendu lundi dans les locaux de l?Adsu pour aider les enquêteurs à faire la lumière sur ce scandale. Sa déposition est jugée déterminante pour l?évolution de l?enquête.
Les limiers de l?Adsu attendent également l?arrivée de Mahendranath Jhurry, propriétaire du Shell Artillery Shop, à Port-Louis, pour interrogatoire. Ce dernier se trouve actuellement en Tunisie alors qu?une vingtaine de bouteilles de rhum impropres à la consommation ont été saisie dans sa boutique.
De plus, le permis de Shell Artillery Shop pour la vente de boissons alcoolisées a expiré depuis avril. Il n?a pas été renouvelé mais il a continué à vendre des produits alcoolisés.
Alain Vallet, Chief Executive Officer de Grays, affirme qu?un certain nombre de bouteilles, ne sont pas retournées par les commerçants. Ces derniers ont la possibilité de conserver les bouteilles sur lesquelles une consigne est retenue. L?enquête policière aidera à déterminer si ces bouteilles ont été réutilisées par les fraudeurs pour la vente de produits frelatés.
Mais comment ces fraudeurs auraient-ils pu se procurer les bouchons ? Les enquêteurs s?interrogent sur le fait que des bouchons aient pu être subtilisés lors du transport entre le port et l?usine. En outre, des soupçons existent quant au fait que sur chaque citerne une certaine quantité d?alcool aurait pu être subtilisée régulièrement. Ou que les fraudeurs ont pu tout simplement fabriquer leur propre alcool.
La procédure pour l?embouteillage des boissons alcoolisées chez Grays est claire. Les bouteilles sortent de l?étiqueteuse et passent devant le jet d?encre pour la date d?embouteillage ainsi que du « dilution No» sur les bouchons.
Un code pour chaque bouteille
Toutefois, en cas de panne importante où le jet d?encre doit être réparé, il se peut qu?une certaine quantité de bouteilles ne soit pas marquée. Le management doit être informé de ce fait. « Il y a actuellement 11 000 bouteilles dans notre entrepôt sous douane. Nous les avons stockées en attendant d?apposer le code afin de pouvoir les retracer. Ces bouteilles ne doivent pas être mise dans le circuit commercial sans ce code», souligne Alain Vallet. L?Adsu attend le rapport de la douane sur le stockage de ces 11 000 bouteilles pour savoir la marche à suivre.
Alain Vallet concède toutefois qu?il arrive que, par erreur, certaines bouteilles se trouvent sur le marché. «Mais le produit reste quand même conforme aux normes pour la consommation. Nous souhaitons que la police mette la main sur les fraudeurs le plus rapidement possible.»
Un autre homme d?affaires, Ah Loon Wong Hen Ling, a aussi été arrêté dans le cadre de cette affaire de rhum et de whisky frelatés. Tous deux ont été traduits en cour hier sous une accusation provisoire de possession illégale de produits sur lesquels il y a des droits d?accise à payer ( unlawful possession of excisable goods ) en vertu des dispositions du Customs Act. Ils ont été relâchés après avoir signé une reconnaissance de dette de Rs 25 000 et Rs 15 000 respectivement.
Danan Seetapah, propriétaire d?un supermarché de St.-Pierre dans lequel des bouteilles de whisky ont été saisies, a allégué qu?Ah Loon Wong Hen Ling et Jean-François Cheong Win Yuen lui livraient du whisky à un prix compétitif depuis un mois et demi. Mais après les plaintes d?un client, dit-il, il aurait envoyé une bouteille à Grays aux fins d?analyse.
Lors d?une fouille à la résidence d?Ah Loon Wong Hen Ling, à Ste.-Croix mardi, les enquêteurs de l?Adsu et de la douane ont saisi deux carnets de reçus, des étiquettes de la marque King Robert et Seven Seas et deux sacs contenant des bouchons et quelque 100 litres d?alcool.
Le laboratoire de la police a confirmé que les bouchons saisis sont les mêmes qu?utilise Grays pour sceller ses bouteilles. Mais ces bouchons ne comportent aucune date de fabrication et d?expiration. S?expliquant sur cette question, Grays précise que l?appareil de datation était tombé en panne.
Naimduth Bissessur, qui agit comme receveur des douanes a rencontré hier des opérateurs des distilleries et des usines d?embouteillage pour discuter des mesures à prendre pour renforcer le contrôle et la sécurité dans l?enceinte des usines, des unités d?embouteillage, et des entrepôts. Il leur a demandé de revoir toutes les procédures en vue de les améliorer.
La possibilité d?introduire un appareil, l?Electronic Flow Meter, dans les distilleries et unités d?embouteillage sera examinée. Cet appareil enregistrera la quantité d?alcool qui entre et qui sort des distilleries et des unités d?embouteillage.
Afin d?éviter de falsifier les boissons alcoolisées, la douane a aussi proposé que des étiquettes de la douane soient apposées sur les bouchons. Les étiquettes seront commandées de l?extérieur par la douane et vendues aux opérateurs.
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