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Véronique Leclézio oser la fioriture

14 avril 2008, 00:00

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Elle n?a pas chômé, Véronique Leclézio. Deux expositions en une. Duo de réflexions, sur une même palette de couleurs. Alors qu?à priori, les Fleurs du désert n?ont pas grand-chose en commun avec les Bidonvilles.

Qu?à cela ne tienne, le peintre les juxtapose du 17 au 21 avril à la galerie du Moulin Cassé à Péreybère. Sous le titre Mille fiori. Piste pour suivre les fioritures ? ornements, accessoires ajoutés à un ensemble. D?abord ne nous y trompons pas. La peinture de Véronique Leclézio n?est pas décorative.

Trop impressionniste pour être réduite aux sensations de chaleur que dégage la dominance de couleurs primaires. Trop cubiste pour nous retenir seulement dans les limites des formes et ne pas ouvrir des portes permettant de poursuivre la lecture hors du tableau.

Les Bidonvilles de Véronique Leclézio sont géométriques, ordonnés. Tout est à sa place. Les briques sur le toit. Les silhouettes fugitives. Le peintre en fait des séries où dominent tour à tour le rouge et le bleu. Changeant de ton au fil des tableaux. Jouant le contraste avec le fond noir pour relever les formes. Et en fait un élément répétitif des toiles exposées.

Couleurs gaies pour sujet grave

Curieuse sensation de couleurs gaies pour aborder un sujet grave, celui de la misère, de l?exclusion. Volonté du peintre de nous faire regarder ce que peut-être nous ne voulons pas voir. Ce que nous ne voyons pas.

Ces tôles rouillées retenues par du fil de fer, ces maisons en patchwork, avec dans l?embrasure d?une porte, une silhouette d?enfant mal nourri. Là, l?explosion de couleur orchestrée par le peintre attire forcément le regard. Le retient sur ces toits fragiles, ces sols nus, ce maigre linge mis à sécher. Les contrastes durs ? noir contre vif ? vont jusqu?à la surcharge. Parfois, on ne sait où regarder tant les couleurs se chevauchent, se chamaillent pour exister.

Sans transition. Nous tombons au pied des Fleurs du désert. Leur parfum semble âcre. Leurs formes lunaires. Leur toucher empoisonné. C?est en tout cas les sensations qui se dégagent de cet ensemble aux tons à la limite du toxique. Buissons rouge vif, arbres bleus, feuilles jaunes. Encore une fois, le coup d?oeil vous laisse des tâches de couleurs au fond des yeux, mais l?ensemble reste paradoxalement ténébreux. Les ciels pastel sont lourds et bas. Ils occupent presque toujours le tiers supérieur du tableau. Les montagnes sont coupées, les fleurs en pointillées.

Bien sûr. Il s?agit là d?une vision artistique d?un désert prolifique. Car pour chaud et aride qu?est le désert de Véronique Leclézio, il est plus chargé de fleurs qu?un parterre entretenu. D?ailleurs elle le dit elle-même, «Il n?est de terre aride qui ne recèle de trésor infini. Que la terre assoiffée recueille l?ondée, elle se couvre de pépites multicolores.»

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