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Industrie

Une nouvelle stratégie en préparation pour relancer la production locale

20 août 2026, 19:00

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Une nouvelle stratégie en préparation pour relancer la production locale

L’atelier consultatif pour l’élaboration de l’«Industrial Sector Strategic Plan (ISSP) 2026-2030» s’est tenu le 19 août, à l’hôtel Ravenala Attitude, Balaclava. (Photos : Beekash Roopun)

Un atelier consultatif avec les principaux acteurs et experts du secteur, consacré à l’élaboration de l’Industrial Sector Strategic Plan (ISSP) 2026-2030 s’est tenu hier, mercredi 19 août, à l’hôtel Ravenala Attitude, à Balaclava.

L’enjeu est notamment de redonner du poids à la production locale. «Au cours de la dernière décennie, le secteur manufacturier a perdu du terrain», a souligné le ministre de l’Industrie, des petites et moyennes entreprises et des coopératives, Aadil Ameer Meea. Sa contribution au Produit intérieur brut (PIB) est passée de plus de 20 % à environ 13 %, et l’emploi et les exportations domestiques ont également reculé.

Les investissements dans le secteur sont, eux aussi, restés faibles. À cette évolution s’ajoute un déséquilibre des échanges extérieurs. «Malheureusement, nous importons trois fois plus que nous exportons et cela pèse beaucoup sur la balance des paiements, notamment en termes de devises.

Le ministre estime que «nous ne pouvons pas nous permettre que le secteur manufacturier continue de reculer et de fermer». Il a rappelé le rôle de la production locale pendant la pandémie. «Nous avons vu la nécessité du secteur manufacturier pendant le Covid-19. Si nous n’avions pas eu une industrie locale, avec les difficultés pour importer, nous aurions traversé des moments encore plus difficiles.»

Alors que la nécessité de maintenir une capacité de production locale fait consensus, sa relance se heurte à plusieurs difficultés. «Pour relancer le secteur, c’est un gros challenge parce qu’il y a beaucoup de contraintes et d’obstacles», a reconnu Aadil Ameer Meea. Parmi les principaux enjeux figurent la connectivité, l’énergie et l’eau, l’éloignement géographique ainsi que le niveau des coûts. Les liaisons maritimes et aériennes influent directement sur le coût des marchandises exportées, d’où l’importance, selon lui, de moderniser les infrastructures portuaires.

L’approvisionnement en énergie et en eau constitue également un enjeu pour les industriels. Le ministre estime que la transition vers les énergies renouvelables, l’efficacité dans l’utilisation des ressources et la trajectoire vers zéro émission nette ne relèvent plus uniquement des considérations environnementales, mais aussi de la compétitivité. Les marchés internationaux étant appelés à accorder davantage d’importance à l’empreinte carbone des produits, les entreprises devront pouvoir s’adapter à ces nouvelles exigences.

Contraintes

L’éloignement du pays des grands marchés reste une autre contrainte structurelle. La réponse passe, selon le ministre, par une intégration régionale plus poussée, avec une complémentarité entre certaines étapes de production réalisées à Maurice et celles confiées à des partenaires de la région, notamment à Madagascar, au Mozambique et au Lesotho.

À ces difficultés s’ajoutent les coûts de la main-d’œuvre, des matières premières, de l’énergie, du financement et de l’activité des entreprises. Le ministre Ameer Meea estime qu’ils peuvent être mieux maîtrisés grâce à la productivité, à la technologie, à de meilleures infrastructures et à un accès à une échelle régionale plus importante. Il a également insisté sur la nécessité d’un environnement institutionnel plus prévisible et mieux coordonné. Pour les investisseurs, a-t-il expliqué, le risque peut être géré, mais l’incertitude liée à la lenteur des décisions, à la fragmentation des institutions ou à des changements de règles, sans visibilité suffisante, est plus difficile à absorber.

Face à ce constat, le ministre a plaidé pour une économie davantage axée sur la production. «Notre direction est claire», a-t-il déclaré. Il souhaite notamment renforcer la résilience alimentaire et économique, développer la substitution aux importations lorsque Maurice dispose d’un avantage compétitif et accroître la présence des entreprises mauriciennes sur les marchés extérieurs. Le nouveau plan s’inscrit dans un processus engagé depuis les Assises de l’Industrie, tenues en février 2025.

Le ministre Ameer Meea a indiqué que les échanges avec les industriels, les exportateurs, les PME et les organisations professionnelles avaient depuis été renforcés et que leurs contributions avaient alimenté les réformes. La diplomatie économique a également été mise à contribution à travers un rapprochement avec les États-Unis, l’Union européenne, l’Inde, le Moyen-Orient et l’Afrique.

Cette orientation vers les marchés extérieurs s’appuie notamment sur l’African Continental Free Trade Area (AfCFTA), le Common Market for Eastern and Southern Africa (COMESA) et la Southern African Development Community (SADC). L’objectif est de mieux intégrer les entreprises mauriciennes aux chaînes de valeur régionales et de renforcer la position de Maurice comme plateforme pour la production, l’investissement et les technologies dans la région.

Nouvelles législations

Parallèlement, le cadre réglementaire est appelé à évoluer. Un nouveau projet d’Industry Bill est actuellement soumis à un examen juridique tandis qu’un Small and Medium Enterprise Bill est en préparation. Un plan stratégique distinct est également prévu pour les PME des services, du commerce et des industries créatives.

L’ISSP 2026-2030 devra, lui, définir les orientations du secteur industriel, les priorités et les moyens nécessaires à leur mise en œuvre. L’atelier devait notamment permettre de s’appuyer sur l’expertise internationale pour identifier les difficultés rencontrées par les entreprises et réfléchir aux moyens de relancer aussi bien les grandes entreprises que les PME et les coopératives. «Nous avons des experts internationaux de l’United Nations Industrial Development Organisation (UNIDO), pour voir les challenges et difficultés que nous avons, pour voir comment on peut relancer l’industrie, les grosses entreprises, mais aussi les petites et moyennes entreprises et les coopératives.» Le plan devrait être finalisé d’ici décembre, avant une mise en œuvre au plus vite.

Trois orientations se dégagent : consolider les filières existantes, développer de nouveaux créneaux et transformer le modèle de production. Le textile, le sucre, l’agroalimentaire, les produits de la mer et la bijouterie font partie des secteurs que le ministre souhaite voir modernisés. De nouveaux domaines sont également ciblés, notamment les produits pharmaceutiques, les dispositifs médicaux, l’ingénierie de précision, l’électronique, les matériaux biosourcés, les industries créatives et les activités de haute technologie.

Le modèle industriel devra aussi évoluer. Maurice ne peut plus, selon le ministre Ameer Meea, compter sur une concurrence fondée sur le faible coût de la maind’œuvre. L’accent devra être mis sur la productivité, le capital et la technologie, avec une utilisation accrue de l’automatisation, de l’Internet des objets, de la robotique et de l’intelligence artificielle.

La formation devra suivre cette évolution, tandis que la réduction de l’empreinte environnementale du secteur constitue un autre objectif, avec une trajectoire vers une industrie à zéro émission nette à l’horizon 2050.

Le ministre de l’Industrie estime toutefois que l’industrie et les services ne sont pas incompatibles. Citant Singapour et la Suisse, il rappelle que ces deux économies ont développé leurs services, tout en conservant des secteurs manufacturiers à forte valeur ajoutée. Pour Maurice, le secteur manufacturier doit ainsi rester «un pilier stratégique» de l’économie. Aadil Ameer Meea ambitionne de voir progressivement sa contribution revenir à 20 % du PIB.

Les travaux de l’atelier ont été organisés autour de quatre axes : la compétitivité et l’environnement des affaires ; l’innovation, les compétences et la transformation numérique ; l’investissement, le commerce et les chaînes de valeur mondiales ; ainsi que le développement industriel durable. Les discussions, avec l’appui d’experts de l’UNIDO, doivent contribuer à définir les orientations de la nouvelle feuille de route industrielle pour les cinq prochaines années.

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