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Véli, libre de crier les douleurs de l?esclavage
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Véli, libre de crier les douleurs de l?esclavage
Comment évoquer des siècles d?histoire et ses millions de victimes, sans être pesant ? Eviter ces clichés à la peau dure, qui collent à la poésie. Calquer son rythme, sa chaleur, ses émotions, sur les ondulations d?une série de percussions. Eric Antoine Boyer et la troupe Véli avancent des solutions. Lire entre les lignes des poètes réunionnais, toutes générations confondues. Pour que résonnent Les voix de la liberté.
La dizaine de comédiens de Véli, accompagnée d?une danseuse et d?un percussionniste, donnera deux représentations durant son passage chez nous. La première est prévue pour ce mercredi 27 juillet à 18 heures 30 dans les jardins du centre Charles Baudelaire à Rose-Hill. La seconde pour le samedi 30 juillet à 15 heures 30 au théâtre Serge Constantin à Vacoas.
<B>?Il faut rappeler à tout l?océan Indien que le maloya et le séga sont des manifestations anti-esclavage.?
L?initiative en revient au centre Nelson Mandela pour la culture africaine.
Qui a dit que ce qui est historique n?est pas poétique ? Eric Antoine Boyer, le metteur en scène, a un avis tranché sur la question. Les voix de la liberté modulent leurs cris sur le texte du 20 décembre 1848, date où fut prononcé le discours officialisant l?abolition de l?esclavage à la Réunion. Point de départ d?un spectacle d?une heure et quart qui s?achève avec une lecture énergique de la loi du 10 mai 2001 décrétant la traite négrière et l?esclavage crime contre l?humanité.
Entre ces deux repères dans le temps : de la ?poésie théâtralisée.? Des morceaux choisis de Leconte de Lisle aux vers contemporains d?Axel Gauvin et de Carpanin Marimoutou. ?Quand les auteurs réunionnais veulent retrouver l?identité, ils abordent le thème de l?esclavage. En lisant les poèmes, je me suis aperçu que la plupart des auteurs ont vécu ailleurs qu?à la Réunion. Ceux du 20ème siècle ont traversé une crise identitaire après leurs études en métropole. C?est ailleurs que l?on comprend qui on est.?
Ce qui explique sans doute pourquoi ce sont seulement les ?z?oreille? qui ont assisté aux représentations de La voix de la liberté en France.
Autre problématique : ?on croit que la poésie ennuie forcément.? Pour la contourner, des pas de danse alliés aux pulsations des percussions. ?Il faut rappeler à tout l?océan Indien que le maloya et le séga sont des manifestations anti-esclavage.? L?appel de la liberté sera soutenu par la ravanne, le kayamb (équivalent de la maravanne), le djembé, le m?bira (sorte de piano à deux touches, de la taille d?une boîte de conserve, que l?on actionne avec les pouces), le bobre, la flûte de pan et le bâton de pluie. Et si les comédiens tapent littéralement sur des bambous, c?est parce que ?le bâton est à la fois symbole du pouvoir et de la révolte.?
Ce spectacle, Eric Antoine Boyery pense depuis ?cinq-six ans. L?opportunité s?est présentée en 2004.?C?est l?année placée sous le signe de la commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition par l?Unesco. ?C?était une fenêtre ouverte vers la reconnaissance institutionnelle.?
Notre interlocuteur fait la grimace. Hausse un peu ses solides épaules avant d?avouer, ?on en a tous besoin.? Tout comme les pêcheurs du port ont besoin du ?véli?, mot d?origine tamoule qui désigne l?étoile de Vénus, la dernière clarté dans le ciel quand les pêcheurs rentrent.
Les voix de la liberté en paroles et en actions
■ Véli se targue d?être la seule compagnie réunionnaise pratiquant la ?poésie théâtralisée.? Au menu : le discours de l?abolition. Enchaînement avec des extraits signés Mgr Gilbert Aubry évêque de la Réunion, Axel Gauvin et Carpanin Marimoutou, tous deux mis en musique par le groupe de Gilbert Pounia, Ziskakan. Traversant allègrement les siècles, Eric Antoine Boyer a été touché par les écrits de Charles Marie Leconte de Lisle, ?le seul auteur réunionnais du 19ème siècle à avoir écrit contre l?esclavage. En 1848, il est à l?origine d?une pétition parmi les intellectuels pour l?abolition de l?esclavage. Il a reçu une vingtaine de signatures et les gens se sont rétractés 15 jours après. ? En guise d?acte fondateur, la troupe a à son actif ?Visages archipels?, spectacle poétique immortalisé sur DVD. ?Depuis, on sait que des lycéens travaillent la poésie en classe avec le DVD.? Sérieuse référence qui est à la base de la série d?ateliers de théâtre que Véli animera dans des collèges. Ils se rendront notamment aux collèges La Confiance et Notre Dame cette semaine. Samedi, la troupe a eu l?occasion de faire des échanges avec les Plumitifs Associés et la troupe Sapsiway de Gaston Valayden.
<B>De la réalité aux planches, transition conviviale</B>
■ Dans la vie, les onze comédiens de Véli sont en majorité des instituteurs. Ils sont basés à la Plaine-des-Cafres.
Et puis, il y a de ces charmantes exceptions, comme Régis Nativel, qui pour gagner sa vie, ?fait les foins à l?Etang Salé.? Au milieu des fous rires du reste de la troupe, il lâche : ?C?est une autre culture.? Il possède aussi une distillerie de géranium où la troupe va se ressourcer avec de l?essence de géranium et ?un bon carri de coq.?
C?est par sa fille qui faisait du théâtre qu?il a découvert Véli. A l?époque, pour Régis, ?dire deux mots en face de deux personnes c?est beaucoup de monde.? Le rouge aux joues, il poursuit : ?Je n?imaginais qu?on allait jouer devant un public. En répétition, je m?étais habitué à tout le monde. Le jour où j?ai su qu?on allait se produire en public, j?ai décidé de dire que je ne viendrais pas.? Mais sa timidité est telle que Régis n?a pas le courage de s?exprimer. ?J?ai dû monter sur les planches et je ne suis plus redescendu.? Bon vivant, Eric Antoine Boyer enchaîne : ?Quand on est chez nous, à la fin des représentations on offre des gâteaux manioc. C?est plus pour établir le contact, recueillir les impressions des spectateurs.?
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