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Voyage au bout des gènes

10 avril 2004, 20:00

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Vous avez donné une conférence vendredi dernier au Centre Charles Baudelaire sur le thème « La transmission des caractères génétiques ». Dites-nous d?abord ce que sont les gènes ?

Pour faire simple, on va dire qu?un gène est une partie de l?ADN qui permet de déterminer les caractères biologiques d?un individu. Tous les êtres vivants possèdent des gènes : les animaux, les plantes et même des êtres unicellulaires comme les bactéries. Les gènes déterminent les caractéristiques inhérentes à l?espèce et propres à chaque individu. En ce qui concerne les humains, ces gènes hérités des parents définissent par exemple, la pigmentation de la peau, la taille, le poids. On note par ailleurs que l?environnement influence l?expression des gènes. À titre d?exemple, la couleur des chats siamois qui dépend de l?expression des gènes, mais aussi de l?influence de la température du corps de l?animal.

Puisque les gènes se transmettent de génération en génération, comment expliquez-vous que, dans une même famille, les enfants ne se ressemblent pas ?

Un individu reçoit des chromosomes de son père et de sa mère, donc deux séries de gènes. Chaque gène existe en deux exemplaires mais le gène peut apparaître sous différentes versions aussi appellés allèles. Il y a des allèles qui sont plus dominants que d?autres. Un exemple : le groupe sanguin de l?homme. Le gène est représenté par trois allèles A, B, O. Une personne du groupe sanguin A, par exemple, peut posséder les allèles A-A ou A-O mais l?allèle A « domine » l?allèle O. C?est ce que l?on nomme le polymorphisme. Ainsi, on a beau appartenir à la même espèce, on n?en reste pas moins différent génétiquement, donc unique. L?histoire de la vie depuis son apparition sur Terre n?est qu?une succession d?innovations génétiques.

Que se passe-t-il pour les jumeaux ?

Les jumeaux sont issus d?une même cellule-?uf qui s?est divisée en deux après la fécondation. Ainsi, chaque individu est identique du point de vue génétique, ce qui explique les ressemblances et la difficulté de reconnaître les jumeaux entre eux.

À quoi ressemblent les gènes, combien en avons -nous et où les trouve-t-on ?

Le gène est une partie de la molécule ADN. C?est une molécule linéaire de grande taille, présente dans le noyau des cellules. Il y a deux ans, des scientifiques ont répertorié entre 35 000 et 40 000 gènes dans l?espèce humaine. Ils se trouvent dans toutes les cellules du corps, mais ils ne s?expriment pas tous au même moment. Ils le font en fonction des besoins de l?organisme. Un exemple : les gènes qui permettent le bon fonctionnement des yeux sont présents dans toutes les cellules du corps, mais ne s?expriment que dans les cellules qui constituent les yeux.

On dit souvent que tel trait de caractère d?une personne est dans les gènes. Est-ce qu?on peut parler de gène du violeur, du criminel ? Est-ce que les gènes définissent le caractère ?

On a aussi essayé de trouver un lien entre les gènes et l?homosexualité, mais tout ça n?a pas été prouvé. Il n?existe pas non plus de gènes qui vous rendent plus artiste que d?autres individus. Il y a certes une part innée, mais c?est l?influence sociale et familiale qui a le plus d?impact sur l?être humain. On ne peut pas expliquer un comportement, quel qu?il soit, par les gènes. Par contre on a trouvé que 25 % des cas d?obésité sont liés à un dysfonctionnement génétique associé une très mauvaise alimentation (on en revient à l?influence de l?environnement).

À quoi sert la recherche ?

Grâce à elle, on comprend mieux le fonctionnement des organismes et par conséquent, on a la possibilité de créer des médicaments qui permettent de soigner une maladie. Cela a été le cas avec le diabète insulinodépendant. On a identifié le gène responsable de la maladie et on a pallié la déficience en injectant directement de l?insuline dans le corps. La recherche permet de comprendre le monde qui nous entoure pour améliorer nos conditions de vie. Il faut souligner que faire un travail en génétique, c?est aussi faire des statistiques. Il faut travailler sur un échantillon important (100 personnes) et cela prend du temps. La recherche demande du temps et de l?argent.

Est-ce qu?on arrivera à soigner les maladies héréditaires ?

Non, du moins pas encore. On est aujourd?hui capable de dépister certaines maladies, d?évaluer des risques en étudiant la généalogie d?un individu. Tout reste encore à découvrir.

Puisqu?il y a des organismes génétiquement modifiés chez les plantes, on peut donc également modifier les gènes de l?homme ?

Il s?agit plus de ce qu?on appelle les techniques de génie génétique. Elles ne tentent pas de modifier le gène malade, mais de synthétiser un gène « normal », et éventuellement de l?insérer directement sur l?ADN. En France, on utilisait à un certain moment de l?insuline de b?uf, proche de celle de l?homme, pour soigner le diabète insulinodépendant.

Aujourd?hui on produit de l?insuline humaine. Il s?agit de prendre le gène de l?insuline, de l?introduire dans des cellules bactériennes. Les bactéries produisent alors de grandes quantités de cette insuline qui est réinjectée dans le corps du malade.

Quel est alors votre avis sur les OGM ?

Qui dit OGM dit modification du patrimoine génétique d?un organisme vivant pour le doter de propriétés que la nature ne lui a pas attribuées. Il y a deux écoles de pensée à ce sujet. L?une qui pense que les OGM peuvent être néfastes pour la santé publique et l?environnement. D?autres pensent qu?il n?y a aucun risque pour l?homme, partant du point de vue qu?au cours de l?histoire évolutive des êtres vivants, ces derniers ont subi depuis toujours des modifications génétiques « naturelles ». Je ne tiens pas à me prononcer sur le sujet. Il faudra une bonne cinquantaine d?années pour confirmer les prétendus risques qui sont générés par la biotechnologie. Je suis néanmoins pour un étiquetage différent pour les produits OGM. Les gens doivent pouvoir faire des choix avertis.

En tant que biologiste, où placez-vous les limites de la science ?

Je ne suis pas contre les manipulations scientifiques, mais je pense qu?il n?y a jamais trop de garde-fous quand il s?agit des découvertes scientifiques sur le plan génétique, comme le clonage par exemple. Le principe de précaution est primordial, sans pour autant arrêter toutes expérimentations. On ne peut pas pratiquer la science sans un minimum d?éthique.

« On ne peut pas pratiquer la science sans un minimum d?éthique »

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