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VOLEURS
Le vol fait désormais partie intégrante de notre quotidien. Qui sont ces malfaiteurs et pourquoi ils nous mènent la vie dure?
Même les agents de sécurité y passent. Rien n?arrête plus les voleurs. À leur tableau de chasse, les deux fonctionnaires de l?Oragnisation des Nations unies agressés par huit individus pendant le sommet des Sids, sont venus s?ajouter à une liste de deux cents visiteurs détroussés de septembre à début décembre. Et ce n?est pas tout. Deux cent trente-cinq vols de portables rapportés en l?espace de six semaines ; 119 cambriolages de nuit pour le seul mois d?octobre 2004 ; 1 900 « menus larcins » ces trois derniers mois?
Chaque jour qui passe apporte son lot de vols. On trouve de tout : des voisins qui chapardent des canards aux malfrats armés qui écument les faubourgs chauds de la capitale en bande. Et les histoires montrent que le phénomène se généralise et prend des formes pour le moins insolites. Ainsi, mercredi après-midi à la gare du Nord, un homme de Lallmatie s?est fait voler brutalement sa chaîne en or. Un « Samaritain » qui passait lui a demandé son portable pour appeler « un policier qu?il connaît très bien ». Et il s?est tiré avec l?appareil?
Le toxicomane, l?opportuniste et le professionnel
Pour la police, les suspects n° 1 sont les drogués. « Dans 90 % des cas, les vols sont l??uvre de drogués. » Attaquer de pauvres gens pour Rs 30, offrir un autoradio valant plusieurs milliers de roupies en échange d?une foil d?héroïne? les toxicomanes sont prêts à tout pour obtenir leur dose quotidienne.
Dans la tête de ces voleurs-là, pris dans un engrenage, c?est une activité presque normale. « Mo ene tracere, mo pas éne voleur, », s?indigne un voleur de motos lorsqu?on lui demande comment il opère. « Mo kokin bane séki riche », se plaît-il à dire. Mais riche ou pauvre, la vérité, c?est qu?il s?en fiche, il vole tout le monde.
À côté du toxicomane, il y a l?opportuniste et le professionnel. « La manière d?opérer diffère selon la catégorie des malfaiteurs », explique un policier. Le junkie ne fait pas dans la dentelle. C?est la bourse ou une mauvaise blessure à l?arme blanche. L?opportuniste est plus subtile, alors que le professionnel, celui qui vous visite la nuit, a de gros moyens, de grosses armes et prend de gros risques.
L?opportuniste commence souvent très jeune, par défi, et ne pourra pas s?arrêter. Les grandes surfaces sont presque quotidiennement victimes de clients qui repartent avec une eau de toilette, voire une bouteille d?alcool dissimulée sous leurs blousons. « C?est une personne comme tout le monde. Si elle voit que vous avez oublié votre sac sur un banc, elle va faire un rapide tour des lieux et vous le piquera si personne ne fait attention », assure un enquêteur.
L?opportuniste fait aussi son nid dans le secteur hôtelier. Comment expliquer que cet hôtel du Sud-Ouest n?ait plus enregistré de vol depuis qu?il a changé tout son personnel de gardiennage il y a quelques semaines. Avant, il y avait un vol presque tous les jours ; les malfrats ont même été jusqu?à emporter un coffre-fort de 50 kg.
Les cambriolages, eux, sont l??uvre de quelques ouvriers, dés?uvrés au départ mais qui n?ont pu se départir de ce vice. Ils se sont ensuite « professionnalisés » à l?instar de Nicolas Potage et de Marcel Joson. Ces deux maçons sont connus des services de police pour des vols commis à travers le pays. Lorsqu?ils avaient été repérés dans le Nord, ils se sont mis à battre la campagne dans le Sud avant de se faire prendre pour le viol de Sandra O?Reilly.
Certains cambrioleurs, quand ils deviennent gourmands, changent souvent de tactique. Ils se regroupent, histoire d?améliorer leurs chances de se faire plus d?argent lors d?un seul casse. Moins nombreux, ils réussissent les plus gros coups. Ce sont les maîtres des hold-up et des attaques contre les salesmen et les touristes.
Peuvent passer « professionnels », des jeunes dés?uvrés qui n?arrivent pas à trouver un emploi stable. « Rejetés de l?école, ils commencent à l?âge de 14 ans. Dans la plupart des cas, ils ont essayé de se trouver un emploi stable mais en vain. Se sentant exclus par la société, ils se mettent à voler pour avoir de l?argent facilement », commente un officier d?une brigade criminelle des basses Plaines Wilhems. Une bande de 14 jeunes, habitant Bel-Ombre et les villages voisins, vient d?être mise hors jeu pour ses attaques sur des touristes à Flic-en-Flac.
C?est la faute au désoeuvrement, mais aussi à l?absence d?encadrement familial. « Le petit voleur est bien souvent issu d?une famille brisée, pauvre et instable. Il a eu des parents négligents, n?a pas eu de succès à l?école et son niveau académique laisse à désirer », souligne le sociologue Om Varma.
Petits voleurs en grands bandits
La prison contribue, malheureusement, à transformer ces petits voleurs en grands bandits. Il est arrivé, dans plusieurs cas, que celui qui se fait prendre une fois apprenne les ficelles du métier avec un vieux routier rencontré en cellule, faute de véritable réinsertion dans la société. Avec son mentor, il fera ensuite plusieurs casses ensemble. Mentor qui peut aussi être le père? Un habitant de la rue Gorah-Issac, à Plaine-Verte, avait été arrêté récemment en compagnie de son fils alors qu?ils cambriolaient une maison à Terre-Rouge.
La police essaie de temporiser. « Il faut se méfier des vols dénoncés. Dans plusieurs cas, à cause d?une dispute, untel va porter plainte contre l?autre. Il y a aussi des touristes qui rapportent de faux vols pour toucher leur assurance », confie un gradé des Casernes centrales. Mais le fait demeure : dans les faubourgs de Port-Louis, sur la côte nord et aux abords des cités ouvrières et des morcellements bourgeois des hautes Plaines-Wilhems, on vit de plus en plus dans l?insécurité.
Attaques contre les touristes : motus et bouche cousue
Le mot d?ordre de la police est de ne pas ébruiter le nombre d?attaques dont sont victimes les touristes. Il est rare que le service de presse des Casernes centrales divulgue de tels incidents.
Rien que pour la période de septembre à mi-décembre 2004, 198 touristes se sont fait attaquer dans les bungalows, les appartements, les hôtels ou les restaurants où ils étaient descendus. Ils semblent être davantage à l?abri dans la rue ou sur la plage?
En septembre, 48 d?entre eux ont reçu la visite de cambrioleurs et se sont fait détrousser dans la rue ou sur la plage publique ; ils étaient 59 en octobre, 62 en novembre et 29 pour la première quinzaine de décembre.
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