Publicité

Voeckler, le jaune lui va si bien

17 juillet 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Sauf miracle, Thomas Voeckler ne remportera pas le Tour de France. On l?a compris hier, le jeune coureur de Brioches-La Boulangère ne joue pas dans la même catégorie que Lance Armstrong. L?Américain est une machine, le petit Français un coureur plein de panache. Et, forcément, il n?y a pas photo entre un moteur qui tourne et des jambes qui piochent?

Non seulement Voeckler ne paradera pas en jaune sur les Champs-Elysées dimanche prochain, il perdra forcément sa tunique dès que les premiers lacets des Alpes hanteront le peloton mardi. Mais, qu?importe, un drôle de petit bonhomme est entré dans nos coeurs hier sur les routes tordues du Plateau de Beille, là où un nouveau chapitre de l?exaltante histoire du Tour de France s?est écrit.

Sous la banderole indiquant les dix kilomètres, l?interminable ascension avait déjà pris les allures d?un chemin de croix pour Voeckler, dont le visage, rouge de souffrance, résumait parfaitement, à cet instant de la course, la cruelle agonie, la profonde solitude du coureur cycliste.

Le chronomètre pouvait commençer à s?affoler. D?ailleurs, après seulement cinq kilomètres d?ascension, Voeckler accusait déjà un retard de deux minutes sur le quintuple vainqueur du Tour. Il en avait cinq d?avance sur la ligne de départ, à Lannemezan, en début de journée.

C?était injouable. L?inévitable allait se produire. Le terrible Plateau de Beille allait consommer, en quelques coups de pédales, le peu d?espoirs que le nouveau champion de France avait entretenu la veille au terme des mythiques Aspin et Tourmalet.

Il était écrit que le monstrueux Armstrong allait, plus tôt que tard, assommer le peu d?adversaires crédibles qu?il lui restait tant le rythme infernal, presque anormal, imposé par sa garde rapprochée ? réduite hier au Portugais Azevedo et à l?Espagnol Rubiera ? ne souffrait pas la comparaison. D?ailleurs, Hamilton avait déjà posé pied à terre, Heras était en pleine agonie, Ullrich était rouge de honte, Mayo s?était perdu quelque part dans les Pyrénées tandis que, pour Virenque, le 14 juillet paraissait déjà bien loin?

Mais, pendant qu?Armstrong paufinait les derniers réglages de sa magnifique chevauchée, avec le seul Basso dans sa roue, derrière, une autre course venait d?être entamée. Une course-contre-la-monte, une course contre le diable. Poussé par la foule, aspiré par son coéquipier Chavanel, le courageux Thomas Voeckler, plein de coeur, plein de panache, s?accrochait de toutes ses forces à son bonheur jaune. Qu?il était beau à voir ce drôle de petit bonhomme tantôt dans le rouge, tantôt remonté comme une pendule?

Les dieux du cyclisme, forcément, ne pouvaient rester insensibles à ce garçon qui s?engageait, malgré lui, à donner au Tour de France ce visage humain qui lui fait tellement défaut depuis quelques années. Hier, Lance Armstrong a certainement gagné son sixième Tour. Mais pour vingt-deux minuscules secondes, ils ont donc choisi de confier une nouvelle fois, une dernière fois, le maillot jaune à Thomas Voeckler. Et personne, vous vous en doutez bien, ne s?en plaindra.

Publicité