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Violence conjugale une réalité qui frappe

28 novembre 2004, 00:00

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Arrêtez des hommes dans la rue et demandez-leur s?ils ont déjà frappé leur femme. Zéro candidat. Rishi, peintre automobile à la police n?a jamais été tenté « pas ene zafer faire ça, bizin pas daccord are ca ». Louis, qui a 25 ans de mariage, avance « forcé gagne prise de bouche mais bien pas bon ça ene zom batte ene fam ». Prakash, qui est dans le social, va encore plus loin : « La loi bizin sévère, pas laisse sa qualité zom là prend avocat. »

Pourtant, la violence faite aux femmes par leur partenaire est une réalité. Elle prend toute une série de formes qui vont de l?agression physique et sexuelle, du harcèlement sexuel aux mauvais traitements psychologiques ? blagues dégradantes constantes, comportements aberrants. Celles qui sont les mieux placées pour nous parler de la violence faite aux femmes sont celles qui la vivent.

Denise était au jardin de la Compagnie le 25 novembre pour apposer sa main enduite de peinture sur une banderole, une manière de dire non à la violence. « Mo né pli envi vivre. Mo mari ti habitié batte moi ek mo ti pé accepté. Aster là quand line mort c?est zenfan ki boire mo disang », confie-t-elle en larmes. Son fils est venu habiter chez elle à la mort de son mari. Il se dit propriétaire de la maison et avance que tout ce qui s?y trouve appartenait à son père et non pas à la mère. « Line pren so bagaze, line vine reste cotte moi. Li comane moi. Li donne moi claque, line batte moi ene zour cout dibois qui ténir la corde linze. Li dire moi mo bizin allé, ki c?est pa moi kine aseté ça, c?est so papa », raconte-t-elle. Quand elle a porté plainte à la police, il est parti en laissant une facture d?électricité tellement énorme que Denise n?a pas pu payer. « Mo reste dans maré noir. Ine coupe courant cotte moi. Mo vo mié reste dans simé asoir. Simé pli zoli ki cot moi, gagne l?éclairage. » Denise n?a qu?une obsession à présent ? que cette bougie qu?elle place à côté de la statue de la Vierge se renverse pendant son sommeil et brûle la maison et elle avec.

Des coups : la goutte d?eau qui a fait déborder le vase

Sangeeta a, de son côté, pris la clé des champs le 24 novembre. Elle est allée avec son bébé s?installer chez sa mère.

« Mo mari pas travail. Mo méme mo paie garderie, mo paye lacaze, mo aseté manzé. Li batte moi quand li rode casse are moi et ki mo péna. » La goutte d?eau qui a fait déborder le vase il y a quelques jours a été d?autres coups. « Li rentre la caze six heures a soir avek Rs 800. Li dire moi nou alle la boutik pou aseté commission. Mo dire li mo pé occupe mo ti baba, allé lui tou sel. Line comence coz ene tas. Apré li démane moi si mo pane cuit manzé. Mone répone si line améne kitsoze pou cuit, ki ena manzé hier kine resté. » C?est à ce moment-là que les coups ont commencé. Sangeeta est allée prendre conseil dans une association de femmes battues avant d?aller chez sa mère.

Des histoires comme celles-là, il y en a plusieurs. Le mari qui est exaspéré que sa femme regarde le feuilleton de 18 heures alors que le dîner n?est pas prêt. Le mari qui se fâche et qui cogne parce que la femme a joué à des jeux radiophoniques et que la facture du téléphone est exorbitante. Tout simplement le mari qui frappe sans aucune raison, sans doute, comme l?a fait remarquer quelqu?un sur le ton de plaisanterie, « parce qu?il y a une philosophie qui dit quand tu rentres chez toi bat ta femme même si tu ne sais pas pourquoi. Elle, elle sait pourquoi ».

Aux yeux des hommes violents, le pouvoir réside dans la capacité de dominer et de contrôler les femmes et les gens qui les entourent. De l?autre côté, les femmes victimes restent sur le qui-vive. Quoi faire ? Rester ou partir ? Elles ont souvent l?espoir que leurs maris ne récidiveront pas. D?autres fois elles portent plainte et la retirent le lendemain, à l?exemple de cette prostituée tabassée par son proxénète, prête à témoigner mais qui retombe dans les bras de son abuseur le lendemain. Parfois, les femmes n?ont pas d?autres choix que de subir en silence parce qu?elles dépendent de leurs agresseurs financièrement. Parfois ces derniers exercent un chantage sur elles, contournent les lois, les présentent comme des mauvaises mères. Les hommes ne naissent pas violents, pourtant beaucoup le deviennent.

Le rôle des parents vis-à-vis des garçons

Sans chercher à justifier la violence des hommes par des approches psychologiques, il faudrait tout de même se pencher sérieusement sur la façon dont les garçons sont élevés et socialisés. Bien souvent on leur dit ce qui n?est pas « homme ». Mais qu?est-ce qu?être un homme, en fait? On gamberge.

Les parents perpétuent, souvent sans le vouloir, des stéréotypes en fonction du sexe. Ils tendent à renforcer les modèles de masculinité qu?ils ont eux-mêmes appris enfants de leurs parents et leurs pairs ? un style qui ne tient pas généralement compte des sentiments mais qui leur enseigne plutôt à « endurer ».On attribue alors aux garçons un rôle rigide. Ils n?ont pas la permission de montrer leurs émotions, de pleurer. On s?attend à ce qu?ils encaissent « comme un homme. » sinon ils passent pour des « faibles » ou des « gays ».

Ainsi c?est la socialisation masculine qui forcent les hommes à adopter des comportements de déni, de refoulement et de déplacement. La société veut qu?un vrai homme soit fort et brave. Il ne doit pas être une poule mouillée, ni afficher ses sentiments. On leur apprend que la colère est la seule émotion masculine « acceptable ».

Il faut redonner aux hommes l?autre moitié de leur humanité. Le père peut pendant le jeu ou les activités partagées, enseigner à son fils comment gérer les situations tout en restant calme, comment respecter les autres. Il faut dire que l?émancipation de la mère émancipe le garçon ? les mères émancipées représentent la clé pour résoudre la confusion éprouvée par la société envers la masculinité. Loin d?affaiblir les garçons, l?amour d?une mère peut rendre ? et rend ? les garçons plus forts sur le plan affectif et psychologique. Il faut donc faire preuve d?ouverture et être disposé à remettre en question la perception traditionnelle de la masculinité dans une atmosphère empreinte d?amour, de sécurité et de respect.

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