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Victoire à l?arraché des travaillistes
● Une élection sans vainqueur. «Blair est battu, mais reste à Downing Street», titre le quotidien écossais Scotsman. Trevor Kavanah, le très redouté éditorialiste politique du Sun, va plus loin encore : «Hier soir, Tony Blair a reçu la raclée que lui avait promise son électorat.»
Certes, les travaillistes gardent la majorité absolue au Parlement, mais perdent près de 70 sièges par rapport à 2001. Ce qui n?est pas forcément une mauvaise chose «pour la démocratie», poursuit Kavanah : «Les conservateurs redeviennent un véritable parti d?opposition.» Le Guardian de Londres n?est guère plus enthousiaste que la presse conservatrice. L?obtention d?un troisième mandat a beau être historique, elle doit avant tout à «l?échec des conservateurs», impuissants à s?imposer comme «une alternative crédible aux travaillistes
● Un premier ministre en sursis. Dès lors, une même question agite les quotidiens britanniques, toutes tendances confondues : combien de temps ? «Combien de temps Tony Blair pourra-t-il rester en place ?», interroge Bob Roberts, chroniqueur au Daily Mirror, seul tabloïd du royaume à soutenir le camp travailliste. Jusqu?en 2008 ? Ou aura-t-il quitté son poste dans les douze mois, «sa place dans l?histoire étant désormais assurée» ? La chroniqueuse Polly Toynbee, dans le Guardian, ne donne, elle non plus, pas cher de la peau de Tony Blair : «Il ne pourra pas longtemps survivre à cette élection», lui qui «porte seul la responsabilité» de»l?hémorragie de sièges» enregistrée au Parlement par son parti.
● Au travail, Blair ! Le chef du gouvernement est donc mis en demeure : «Maintenant, à vous de rendre nos vies meilleures», titre en «une» le tabloïd Daily Express. Pas question de «se reposer sur ses lauriers», poursuit le Sun. Le tabloïd, propriété de Rupert Murdoch, avait finalement choisi de soutenir le candidat travailliste, de lui donner «one last chance». Dans son éditorial, il prend soin de rappeler qu?il ne s?agissait pas là d?un «chèque en blanc», et formule ses exigences : réforme du système de retraite et de la sécurité sociale, rappel au gouvernement de David Blunkett. L?ancien ministre de l?intérieur avait dû démissionner en décembre 2004, après que la presse eut fait des révélations sur sa vie privée.
Est-ce la stratégie à suivre ? Le Daily Mirror en doute, condamnant à demi-mot les liens unissant le premier ministre au Sun. Pour rester au pouvoir, Tony Blair devra «oublier les artifices, se montrer plus franc, écouter davantage son électorat et moins la presse conservatrice», insiste l?éditorialiste du tabloïd.
Les défis qui attendent le nouveau gouvernement son en effet de taille. Ne serait-ce que sur le plan économique. La situation, pour l?instant favorable, «ne peut qu?empirer», estime l?Economist, alors que le marché de l?immobilier marque le pas et que la hausse des taux d?intérêt conduit les consommateurs à «se serrer la ceinture». Surtout, Blair devra convaincre les Britanniques d?approuver par référendum le projet de Constitution européenne ? à moins que les Français, en votant non, ne rendent cette étape superflue. «Plusieurs sondages, récemment, indiquaient que les Français allaient rejeter la Constitution. Cette semaine, d?autres sondages révélaient qu?ils pourraient voter oui. Ce ne serait pas surprenant si, derrière son sourire, Blair s?inquiétait davantage de l?humeur des électeurs français que de celle de ses concitoyens.»
<B>Marie BELOEIL
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