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Valeur ajoutée dans la langue des affaires

15 mars 2008, 00:00

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Certaines personnes ne manquent jamais de faire savoir, avant même qu?on ne le leur ait demandé, qu?elles sont diplômées de la prestigieuse London School of Economics (LSE). Pas Padma Ghosh. La benjamine de l?ex-parlementaire Retnon Pyneeandee n?éprouve pas le besoin de rappeler qu?elle a été lauréate du collège de Lorette de Rose-Hill, ni qu?elle a étudié l?économie et la recherche opérationnelle à la LSE. Elle le mentionne certes puisqu?il est question de son parcours. Mais il est clair que sa vie ne s?est pas arrêtée à ces honneurs-là.

Padma a toujours eu un penchant pour l?économie. Et, bien qu?elle figure parmi les meilleures notées en la matière, elle est loin de se douter qu?elle obtiendra la bourse d?Angleterre comme on le disait encore au début des années 80. D?ailleurs, elle ne jure l?affidavit pour être de la course que le dernier jour prescrit. La LSE étant considérée comme l?institution suprême pour l?étude de l?économie, c?est tout naturellement dans cet établissement-là que Padma choisit d?étudier en vue de décrocher une licence en économie. Qu?elle obtient d?ailleurs sans forcer. Au contact d?amies, elle se laisse tenter par une maîtrise en recherches opérationnelles et ne le regrette pas. «Ce sont des techniques d?optimisation de tout ce qui est opération et cela requiert des connaissances solides en mathématiques et en statistiques. C?était passionnant et en demande sur le marché du travail.»

C?est également à la LSE que Padma rencontre Pratik Ghosh, Britannique d?origine indienne qu?elle épouse quelques années plus tard. Lorsque Padma termine ses études, elle décide de jouer les prolongations à Londres et rejoint un cabinet de comptabilité. Mais cette spécialité ne lui plaît que moyennement. Étant lasse du climat anglais et des nuits qui tombent dès l?après-midi, Padma regagne Maurice. Pratik l?y rejoint et ils unissent leurs destinées en 1989.

Deux hommes vont la marquer professionnellement. Le premier est Rama Sithanen, l?actuel ministre des Finances, qu?elle côtoie alors qu?elle est analyste de projets chez Rogers. «Il était mon chef. J?ai beaucoup appris de lui en termes d?approche technique.» Lorsque ce dernier démissionne en 1991 pour faire de la politique active, il y a un flottement à la direction du département des projets. Si bien que Padma décide de s?en aller.

L?autre homme qui aura une influence sur sa vie professionnelle est Jean-Claude de l?Estrac, ministre du Plan d?alors. Il cherche un conseiller et la jeune femme qui souhaite une expérience d?un point de vue plus macroéconomique, postule et elle est recrutée. Elle le suit lorsqu?il est muté au ministère de l?Industrie. «Avec Jean-Claude de l?Estrac, j?ai appris la rigueur dans le travail, la gestion des choses, le traitement de plusieurs dossiers à la fois, l??il pour les détails. Son approche administrative et sa gestion sont tellement bonnes que, quel que soit l?endroit où on le place, il va apporter des résultats.»

À la démission de Jean-Claude de l?Estrac, qui ce faisant, occasionne une partielle, Padma demeure au ministère de l?Industrie pendant quelque temps avant de retourner dans le secteur privé. Ainsi, pendant trois ans, elle fait du service-conseil pour Kemp Chatteris puis passe trois autres années chez KPMG où elle évalue les projets, rédige des rapports de gestion, restructure des sociétés en difficulté, assure le marketing de son département, tout en gérant l?équipe de consultants. «Ma marge de man?uvre était plus grande chez KPMG. On me faisait confiance et cela m?a permis de m?améliorer. »

<I>«En traduction il faut respecter la qualité et les délais souvent impossibles.»</I>

La création du Board of Investment (BOI) est pour elle l?occasion rêvée de postuler pour être directrice des recherches et du développement. «Le BOI était le l?organisme parapublic où il fallait être. Tous les gros projets allaient passer par là et c?est là qu?aurait lieu la recherche économique pour évaluer les secteurs porteurs.» Elle a pour chef feu Germain Comarmond qu?elle qualifie de «gentleman à l?intelligence vive». Quitter le secteur privé où l?on a les coudées franches pour opérer dans le secteur public où les paramètres sont prédéfinis peut être astreignant. Padma le constate et finit par s?y habituer. Elle contribue à jeter les bases du cadre juridique de l?Integrated Resorts Scheme et à définir le cadre opératoire du business process outsourcing.

Bien qu?enrichie par toutes ces expériences tant dans les secteurs public que privé, cette mère de deux filles, Shinjinee, âgée de 15 ans et Sohinee, 14 ans, décide que l?heure est venue pour elle d?enfiler la veste de petite entrepreneuse. Elle lance sa société de traduction du français à l?anglais des affaires à travers le BPO. Société qu?elle baptise ADD VALUE Consulting Ltd. Ayant un parent qui a une société de marketing et de service-conseil en finance en France, elle mandate ce dernier pour faire son marketing.

Si bien qu?elle se retrouve vite assaillie par des demandes de traduction de clients surtout français mais aussi belges, suisses et luxembourgeois. Elle qui croyait qu?elle serait maîtresse de son temps et travaillerait en solo, est submergée de demandes. Elle doit recruter une équipe de traducteurs. Actuellement, elle emploie cinq personnes à plein temps et sous-traite avec deux autres. «Il y a deux critères importants à respecter lorsqu?on fait de la traduction. Il faut offrir de la qualité en trouvant toujours le mot juste et être capable de soutenir la pression car les délais sont très souvent impossibles. C?est aujourd?hui pour demain ou aujourd?hui pour aujourd?hui.»

<I>«Les Mauriciens se disent bilingues mais souvent, ils ne maîtrisent ni l?anglais, ni le français.»</I>

Valeur du jour, Padma a un volume de travail lui permettant d?embaucher deux autres traducteurs mais elle bute sur l?approximation des Mauriciens. «Les Mauriciens se disent bilingues mais bien souvent, ils ne maîtrisent correctement ni l?anglais, ni le français. De nos jours, je recherche moins des traducteurs que des spécialistes du langage de la finance, de l?économie et juridico-financier. Cela reste mon gros souci et ma contrainte en termes d?expansion.»

Padma conserve pour elle la relecture et la correction finale. Elle aurait besoin d?un alter ego en la matière. Mais là encore, c?est chercher la perle rare. Le business est rentable mais elle ne peut penser en termes d?expansion pour l?instant. «Je ne trouve pas de personnel à mon niveau pour la vérification qualité».

Elle trouve que le gouvernement pourrait faire plus pour les petites entreprises. «En tant que petite entrepreneuse, je mets la main à la pâte pour tout, que ce soit le travail technique, la comptabilité, la gestion de l?équipe, le marketing, et en plus il y a la paperasse administrative pour être en règle avec les autorités. Chaque mois, il faut remplir les fiches de PAYE, NPF et le training levy et assurer le paiement. Chaque trimestre c?est les déclarations de la TVA? En m?acquittant de toutes ces tâches, cela se fait au détriment de mon travail. Le gouvernement aurait dû demander aux petits entrepreneurs de payer une somme fixe annuellement sur une base juste à être discutée, qui couvrirait toutes ces contributions et éviterait des tracasseries chaque mois, chaque trimestre, etc. Ainsi, l?État faciliterait la vie des petits entrepreneurs? »

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