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Utopiques débats
Nous rêvions de vrais débats politiques à la MBC. Rêver est le mot juste. Nous avons voulu y croire des mois avant que ne débute la campagne électorale. Et puis, on s?est vite rendu compte que rien n?avait changé depuis les dernières élections et celles d?avant?
La MBC avait-elle d?ailleurs le choix ? L?organisation d?un débat est périlleuse surtout dans un contexte où les politiciens n?ont pas encore acquis le sens de la mesure. Sur les radios, ils ont eu du mal à se retenir. A la télévision, l?exercice aurait demandé une maîtrise de soi beaucoup plus poussée. Ce n?est pas de sitôt que nous aurons un débat à l?américaine ou à l?anglaise. Pourtant, cela pourrait servir davantage les politiciens qui trouveraient là une plate-forme pour débattre de leurs idées. Mais cela est sans doute utopiste de penser qu?ils veulent convaincre ainsi. Ce serait trop leur demander.
Après tout, pourquoi s?embêterait-il à devoir s?affronter devant les caméras alors qu?ils disposent d?autres armes. On pense aux différents portraits caricaturaux qu?ils dressent les uns des autres dans les meetings et autres réunions. Pire encore, à la télévision, les attaques personnelles dont sont friands les différents politiciens ne pourraient être dites car une foule de partisans ne serait pas là pour en rire. Il faudrait avoir des réponses rapides à des questions brûlantes. A la moindre hésitation, à la moindre tentative de railler pour faire de la démagogie et ne pas répondre à la question, le téléspectateur le jugera. Car en parlant de body language, Paul Bérenger aura mis le doigt sur un des points les plus parlants devant la caméra.
Un front qui se recouvre de gouttelettes de sueurs et tout de suite, le téléspectateur se rend compte que le politicien est en difficulté. Des mains et des bras tombants et l?on conclut que le politicien manque de confiance. Un débat télévisé est une opération de communication et d?information à risque. Le pouvoir de l?image a d?ailleurs été un des tournants de la campagne présidentielle aux Etats-Unis en 1960. Le vieux Richard Nixon, intelligent mais pas télégénique, devait faire face au jeune et beau John F. Kennedy dont le dynamisme transpirait à l?écran. C?est la première fois que la télévision devait avoir un impact sur des élections. D?ailleurs, toujours aux Etats-Unis, les débats présidentiels à la télévision sont toujours suivis d?un sondage pour connaître les évolutions de choix de votes.
A cela, nous aurons eu des politiciens heureux d?être à la télévision, qui ont un temps d?antenne acquis pour faire de la propagande politique. Si le gouvernement sortant revient au pouvoir, il a promis de revoir la MBC Act. Espérons que ce sera pour lui donner plus d?indépendance. La télévision publique mérite d?être libérée de ses entraves gouvernementales.
De son côté, l?alliance sociale a promis de s?assurer que l?IBA fonctionnera de manière à ce que la MBC puisse travailler en toute impartialité. Mais des promesses, nous en avons eu à la pelle. En 2005, pouvons-nous nous attendre à des promesses qui seront suivies d?action concrète ? En tout cas, il est temps de donner l?occasion aux téléspectateurs de réfléchir de manière critique. Et pour cela, il n?y a pas dix mille façons de le faire.
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