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Unité nationale

10 mai 2005, 00:00

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par Nazim ESOOF

On le savait mais son énonciation par un politique de la stature de Sir Satcam Boolell lui donne une autre dimension. L?uniformisation de la classe politique est bien réelle et elle reflète la banalisation de la société politique. L?absence de clivage traduit un appauvrissement certain du débat démocratique. C?est ce qui permet aussi à Paul Bérenger et à Navin Ramgoolam d?établir une ligne de communication entre eux. Ou encore que Pravind Jugnauth tire à boulets rouges sur Arvin Boolell à une fonction de l?Arya Samaj pour ensuite déjeuner avec lui.

Le respect de l?adversaire et les relations civilisées entre politiques sont une denrée trop rare pour ne pas être saluée. Ce qui mérite d?être encouragé dans la forme ne peut toutefois l?être au niveau du fond. Justement, à ce niveau, l?effacement des différences entre les partis pose problème. Car, comme le dit Sir Satcam Boolell, ?la différence est dans la manière d?attirer les électeurs?.

C?est ce qui explique l?érosion de la capacité d?indignation de l?électorat. C?est ce qui explique aussi que les adversaires directs aux élections législatives pourraient se retrouver au sein d?une coalition pour constituer un gouvernement d?unité nationale. L?unité nationale est le bon prétexte, le bel emballage que les dirigeants politiques serviraient dans l?éventualité où se réalise ce scénario.

Une éventualité qui est bien plausible parce qu?on ne voudrait pas diviser le pays si les législatives 2005 livrent un résultat serré. Ou encore parce qu?il faudrait sécuriser le monde des affaires dont les champions se mettraient à faire le va-et-vient entre des dirigeants politiques. Il ne s?agit pas de ridiculiser une tentative de ?réconciliation? qui permettrait de créer une dynamique unitaire et insuffler un nouvel élan au développement économique du pays. Il ne s?agit pas non plus de lutter pour préserver ce sport national qu?est la politique.

Il est simplement question du refus de priver une population d?un idéal. Maurice n?est pas une société au bord d?une crise sociale. La société mauricienne peut être divisée entre deux principaux blocs politiques. Mais elle ne vit pas cela comme une déchirure. Le pays ne peut faire l?économie d?un débat politique contradictoire car il n?a pas encore atteint sa maturité. Il est encore à l?adolescence. Un gouvernement d?union nationale est synonyme non pas d?un règlement de conflits mais d?un manque de confiance, d?un refus d?avoir une vision et d?une manipulation grossière de l?opinion et de l?électorat.

Il importe aujourd?hui de croire au destin d?un pays sans sombrer dans des compromissions. C?est cela aussi le respect du pluralisme. Le dévergondage politique n?autorise pas l?uniformisation de la pensée sociale et politique de tout un pays. Et les politiques n?ont surtout aucun droit moral de pervertir le sens d?un vote et de salir le droit au choix.

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