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Une île pieds dans l?eau

5 mars 2005, 20:00

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De l?eau, rien que de l?eau ! Les faubourgs de la capitale ont été l?un des coins les plus touchés de l?île par les inondations et les accumulations d?eau causées par les pluies de vendredi soir et d?hier matin. Les habitants fustigent encore une fois l?absence de drains?

A Vallée-des-Prêtres, hommes, femmes, jeunes et vieux sont à pied d??uvre depuis l?aube. Armés de balais et de brosses, ils tentent d?évacuer l?eau de leurs rues. « Komye tan nou pou vive kum sa ? » lance Zaheera Perhwal.

Comme la plupart des 550 personnes qui habitent la région, Sevamee et Jugununden Coochanah n?ont pas fermé l??il de la nuit. « Asoir (Ndlr : vendredi soir), letan mo desann dan salon masac. Delo partou », confie Sevamee. Toute la famille s?y est mise pour débarrasser cuisine et salon de l?eau. A 13 heures, hier, ils s?y acharnaient toujours.

Chez les Peerbax, on s?est résigné à laisser l?eau s?écouler dans la maison comme bon lui semble. « Pa konpran kot sa delola sorti », lâche Fazul Peerbax.

Plus loin à la rue des Acacias, une pelleteuse creuse de grands sillons dans une tranchée, embourbée et obstruée par des déchets. L?eau libérée s?écoule enfin et rejoint l?autre bout du canal. « Nous remercions Daniel Emmilien, l?adjoint-maire, pour cette aide. Quant au lord-maire, il nous a promis que la tranchée sera bientôt réaménagée en un vrai canal», affirme Sabir Emamdee, le porte-parole du Groupe Zenes de Vallée-des Prêtres. Pour Eshan Codabux, qui tient une tabagie, c?est déjà trop tard. L?eau du canal a abîmé sa marchandise dont il chiffre les pertes à Rs 25 000.

« Tou meb inn gate »

Au morcellement Foondun à Terre-Rouge, la rue principale ressemble plus à un fleuve qu?à autre chose ! Et pour cause, l?eau arrive jusqu?à? la taille ! Abdool Rashid Chummun et son épouse se sont réfugiés au premier étage de leur maison et contemplent d?un regard las l?eau boueuse qui n?arrête pas de monter. « Nous finn bloke lao. Enba, delo ranpli, tou meb inn gate », soupire-t-il.

Veeren Vassoomoothoo, un habitant du quartier, déplore l?absence de drains. Les travaux d?aménagement ont bien commencé, mais les pluies sont arrivées avant leur achèvement. Heureusement, les pompiers ont commencé à procéder à l?évacuation de l?eau. Maigre consolation pour Martine Larose, dont la cuisine et les chambres sont submergées sous 10 centimètres d?eau. «Tou mo komision inn mouye. Propriétaire lacaz pa lé konn narien .»

A Ste-Croix, même scénario. Sept familles pataugent dans une eau douteuse depuis vendredi soir. « Kouma pou dormi asoir ? » demande M-Michèle Veckranges en montrant son matelas mouillé et la mare qui s?est insinuée dans sa cuisine.

Charlène Atchien, mère de deux enfants, laisse éclater sa colère. « Bann ponpie pa pe prese pou vini », lâche-t-elle. Sa voisine craint pour la santé des enfants qui doivent marcher dans l?eau bourbeuse. « Nou ena linpresion ki personn pena letan ar nou? »

Pour Percy Sévère, qui habite à quelques rues de là, il n?y a pas de doute: c?est l?absence des drains qui en est la cause. « Depi 3 zan, pé laguer pou gagn enndrin? » maugrée-t-il. Résultat : son atelier de menuiserie et sa cour prennent des airs de piscine après les grosses pluies. Il ne se souvient plus du nombre de fois où il a alerté les députés de la circonscription, les ministres et les autorités locales.

La cellule de crise en alerte

Le temps de chien a poussé la cellule de crise pour les catastrophes naturelles à se réunir au quartier général de la police, hier, pour faire un état des lieux. Le commissaire de police par intérim, Jean Bruneau, a aussi eu une rencontre avec son état-major pour passer en revue le pèlerinage vers Grand-Bassin et les inondations signalées à travers le pays.

Les unités concernées, à l?instar de la Special Mobile Force (SMF) sont en état d?alerte, prêtes à intervenir au moindre pépin. A midi hier, la police, la SMF ainsi que les pompiers ont ainsi été appelés à porter secours aux habitants de trente-sept maisons et bâtiments piégés par l?eau dans le Nord, leSud et l?Ouest.

L?obstruction de nombreuses routes à Flic-en-Flac, La Preneuse, La Gaulette, Piton, Rivière Noire, Tamarin, Triolet a d?ailleurs été signalée. Sans compter le radier de Macondé qui disparaît sous l?océan à chaque grosse averse.

Le pont Marjolin à cité La Cure est sous les eaux, de même que le pont de la Petite Rivière Noire sur la route de Rivière-Noire. La rivière près de l?église de Cassis est d?ailleurs sortie de son lit.

C?est à partir d?aujourd?hui que le temps commencera à s?améliorer, c?est-à-dire qu?il y aura moins de pluie. Le soleil ne se pointera que la semaine prochaine. Le station météorologique de Vacoas indique que le mauvais temps est le résultat de masses d?air chaud de l?Equateur et d?air froid du Sud qui a favorisé la formation de gros nuages.

D?où les pluies diluviennes et les orages.

La pluviométrie est au plus fort sur le plateau central avec des pics de 143.9 mm de pluie enregistrés - entre 4 heures vendredi et 16 heures samedi - à Vacoas contre 134.8 à Quatre-Bornes, 127.6 à Moka, 121 à Bain B?uf, 118.6 à Albion, 101.6 à Grand-Bassin, 69.8 à Palmar et 50.8 à Souillac. Baie du Cap, lui, a été noyé sous 143.5 mm de pluie.

Il est déconseillé de prendre la mer et de s?aventurer aux abords des rivières. Des vagues de plus de 2.5 mètres sont à prévoir sur la côte Ouest, entre Grand Baie et Le Morne. Des vents de 20 à 25 km/h avec des rafales de 60 à 70 km/h sont attendus sur les versants aux vents.

Treize pèlerins blesses

La pluie et le brouillard n?aidant pas à une bonne visibilité, un minibus a renversé douze pèlerins à la rue John Kennedy, à Vacoas, vers 4 heures hier matin. Un treizième avait été victime d?un « hit and run » à Curepipe à 1 heure du matin. Heureusement, plus de peur que de mal, ils ont tous pu quitter l?hôpital après avoir reçu des soins.

Aucun autre accident n?a été déploré. Ici et là, dans plusieurs régions du pays, ce sont surtout des automobilistes désespérés devant leur moteur noyé que l?on voyait en bordure de routes.

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