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Une voix au milieu du carnaval

12 mars 2008, 00:00

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Les yeux presque fermés, ils s?amusent. C?est tout ce qui compte à cet instant-là. Le carnaval. Envolées toutes les préoccupations. Tout le sérieux du cérémonial du lever du drapeau d?il y a quelques minutes à peine dans leur collège.

Qu?en gardent-ils ? Qu?ont-ils retenu du message qui leur était spécialement adressé par le Premier ministre (PM) ? Kevin Gaspard nous parle de derrière son masque. Cet élève en Form IV au Sir Abdool Razack Mohamed State Secondary School (SSS), déguisé moitié en grand-mère, moitié en monstre grimaçant, se lance : «Linn dir nou viv an pe ant kamarad, boir pa bon pou bann zenn, respekte bann gran dimounn ek tou le tan gard enn sourir lor nou vizaz.»

Il y est presque. A peu de choses près. Dans son message aux élèves, le PM affirme que «si vous regardez de près les résultats du Higher School Certificate (HSC) cette année, vous remarquerez que le collège que vous fréquentez compte de moins en moins. Nous avons tous été agréablement surpris de voir l?émergence, parmi les meilleurs, d?élèves venant d?établissements dont nous avions très peu entendu parler jusque- là. Votre destinée n?est pas déterminée par le Certificate of Primary Education (?) Nous ne voulons pas d?un système qui mesure le succès au fait que tout le monde obtienne les mêmes résultats mais plutôt par le fait que tous ont les mêmes chances d?exprimer leur potentiel».

Pendant que le PM place l?égalité des chances au c?ur de son message aux jeunes, tous ne l?ont même pas entendu. Comme Yaneez Jeewon et Wesley Duval, en Form V et Form IV au Triolet SSS. Ces collégiens, tous joyeux d?être aux Casernes centrales, affirment qu?ils ont quitté l?enceinte de leur collège, «avant flag raising». En avaient-ils l?autorisation ? Allez savoir.

«... l?éducation est cruciale...»

Le PM, lui, par la voix de tous ces invités d?honneur qui ont donné lecture de son message dans les établissements scolaires, continuait. En ces termes : «Notre potentiel reste nos ressources humaines. C?est pourquoi mon gouvernement met davantage l?accent sur l?éducation du pré-primaire au supérieur(?) Nous devons doubler le nombre d?étudiants qui intègrent le cycle universitaire au cours des dix prochaines années si nous voulons maintenir notre progrès, qui est indéniable. Pour nous, l?éducation est cruciale à la fois pour la prospérité économique du pays et la construction d?une société juste et équitable.»

Des propos reçus comme, «li dir nou aprann byen», résume Kayava Lenda en Form II à l?Alpha College. Sa copine Sylvanie Marie, qui s?impatiente parce qu?il faut encore qu?elles se changent avant de se joindre au cortège qui, dans quelques instants, quittera les Casernes centrales, lâche : «Li byen trop long.»

Quand on demande à Sharon Dreepaul, Patricia Indurjeet et Farhanaz Geerjoo qui a lu le discours du PM dans leur établissement, ces élèves en Lower Six au Lady Sushil SSS répliquent, «enn miss». Sans plus. Sans s?attarder. «Nous ti pe pans lamizman», dit carrément Ludovic Etiennette en Form IV au Sir A.R. Mohammed SSS. Lui qui avait clairement l?esprit ailleurs au moment de la lecture du discours se justifie : «Bann zenn pa bizin ekout diskour parski pe kraz nou.» et d?évoquer la question de subvention pour les examens de School Certificate et de HSC. Inutile de dire que ce collégien-là est pour. Qu?il dit se rendre compte que ses parents font face à des difficultés grandissantes «pou avoy moi lekol».

«Patriotes à leur façon»

Ludovic avoue franchement qu?il était au moment du discours occupé à «met dialog avec kamarad». Le rire des amis. La chaleur de Port-Louis sur leur visage, à une heure où, d?ordinaire, ils sont en classe. Les sifflets où ils crachent toute leur énergie. Les tambours qu?ils frappent jusqu?à ce que les bras leur en tombe.

Les collégiens dansent et chantent tout leur soûl. Pour une fois qu?ils ont l?occasion de montrer leur univers. De leur faire déborder de leur imaginaire, de leurs cartables jusque dans la rue. Puis au Champ-de-Mars, alors, ils ne vont pas s?en priver.

«Comparé aux générations précédentes, vous avez un accès sans précédent à l?information et au savoir, mais c?est à vous d?en faire bon usage», leur a dit le PM. Les collégiens eux ont profité au maximum du fait d?être dans la rue. Libres. Qui avec son costume de colombe. Qui avec sa pancarte sur laquelle est écrite «call centre». Conscients à leur manière des réalités. Du chemin qu?ils ont à parcourir. Patriotes à leur façon.

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