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Une rencontre avec l?islam

12 novembre 2004, 20:00

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Dans cette ruelle du quartier de La Butte, à Port-Louis, l?environnement est dur. Ça toise, ça parle fort, ça sent l?alcool. Certaines filles s?affichent en tenues provocantes, les lèvres rouges et humides?

Dans cette ruelle, personne ne s?intéresse à la religion, à la foi, au carême. Encore moins à l?islam et au ramadan. Personne sauf Imran, qui a perdu son père dans un accident provoqué par un chauffard ivre, et sa petite famille. Des irréductibles dans leur camp retranché entouré d?infidèles.

Imran, c?est l?histoire d?une rencontre avec l?islam. C?est un petit ouvrier qui répare des roues de voiture et de cyclomoteurs dans son atelier à même la rue. Il travaille du matin au soir. Inlassablement.

Les mains pleines de cambouis, il accueille tout le monde dans un sourire couronné d?une barbe fournie. «Salaam maleikoum !» «Maleikoum salaam ! Que la paix soit avec toi.» Cela fait cinq ans qu?il pratique sa religion à la lettre. «Il y a des gens qui faisaient du porte-à-porte dans le quartier et ils m?ont convaincu.»

Petit à petit, il s?est laissé pousser la barbe et des vêtements amples ont remplacé son bleu de travail. Signes de ses changements intérieur et extérieur intervenus sans efforts. Calmement il déjante une roue en évoquant les bienfaits de sa religion. Celle qui lui a surtout, dit-il, enseigné le contrôle de soi, de ses pulsions, bref de son destin.

Imran a ainsi eu la possibilité de mieux appréhender la vie. Sans fausse pudeur, il parle de l?importance des relations sexuelles ordonnées. «Je connais quelqu?un qui a quitté sa femme, pris une fille de 25 ans qui était la copine de sa propre fille.» Le ton est teinté de réprobation mais pas de colère même quand il évoque d?autres choses qu?il observe implacablement et qui le choquent.

<B>S?INTERESSER A LA VIE DES GENS</B>

Par exemple, ces feuilletons télévisés où tout le monde couche avec tout le monde. «C?est l?Amérique et son libéralisme à outrance», s?indigne-t-il. Il parle de l?islam galvaudé, selon lui, par des gens comme le théologien Tariq Ramadan. Il parle de «lynchage» pour punir le viol. Il met en garde contre Satan? Prône-t-il un islam fondamentaliste ? Non, plutôt une religion qui s?intéresse à la vie des gens. Une solution contre le viol, l?alcoolisme, le stress.

La pratique intense de sa religion n?a pas fait d?Imran un extrémiste. Il reste doux et serviable dans son métier et respectueux des autres dans sa vie d?homme. Elle lui a permis, affirme-t-il, d?échapper à une fatalité. Celle d?un quartier dur, de son stupre, de sa délinquance. Une façon de protéger sa dignité et celle de sa famille.

L?intensité de la foi d?Imran se renforce durant le ramadan. Il vante les bienfaits du jeûne, du régime alimentaire particulier, d?une nourriture choisie, des bains fréquents et des prières. «C?est un moment de ma vie où je me sens transformé, serein, en paix.»

Imran et les siens se préparent à célébrer la fin du ramadan, l?Eid-ul-fitr. «Je n?ai pas encore eu le temps de me faire fabriquer un nouveau costume», regrette-t-il. La fête sera célébrée par des visites familiales, autour d?un repas, et dans l?impatience des enfants de récolter les traditionnels cadeaux dont parfois «enn ti cass».

«Mais ramadan ou pas, nous vivons notre religion de façon intense, comme un mode de vie.» La rencontre avec Imran se termine par une nouvelle leçon d?humilité : il refuse de se laisser photographier, conformément aux préceptes de l?islam. «Il y a des gens qui sont contents de se voir dans les journaux mais pour nous croyants, c?est impensable.»

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