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Une oreille attentive
La visite du directeur général de l?Organisation mondiale du commerce (OMC), le Dr Supachai Panitchpakdi, à Maurice, n?est pas étrangère aux nombreuses initiatives de lobbying mauriciennes auprès de l?institution multilatérale. Son séjour dans le pays et ses interactions avec les dirigeants mauriciens devraient le familiariser avec des réalités qui échappent souvent aux bureaucrates de Genève; celles des petits états insulaires et économiquement vulnérables.
Maurice est d?ailleurs à l?origine de la notion de small island states dans les instances de négociations internationales. L?échec de la conférence ministérielle de l?OMC à Cancun, en septembre 2003, a néanmoins amené l?OMC et les pays riches à être plus attentifs aux attentes, aspirations et préoccupations des petites économies fragiles comme la nôtre. Une ouverture brusque des marchés à la concurrence internationale risque fort d?accentuer leur vulnérabilité.
Un traitement spécial et différentié est donc nécessaire pour mieux négocier les phases de la libéralisation des échanges. D?autre part, des mécanismes devront être mis en place afin d?absorber les chocs provoqués par le démantèlement des accords de préférences commerciales qui ont été si utiles pour maintenir la compétitivité de nos exportations sur les marchés internationaux.
Maurice doit toutefois pouvoir démontrer à l?OMC qu?elle est tout à fait capable de faire bon usage des différentes dérogations qu?elle souhaite obtenir. La restructuration en cours dans le secteur sucre et au sein de l?industrie du textile-habillement sont des faits qui peuvent jouer en faveur des demandes mauriciennes.
Maurice a aussi été un bel exemple d?un pays qui a su profiter des accords de préférences dont celui de Cotonou (qui a pris le relais de la Convention de Lomé). Le niveau de développement et la relative prospérité économique et sociale dans le pays en sont largement tributaires.
En d?autres mots, le pays est l?antithèse même de ces Etats qui se sont fait une notoriété en dilapidant les aides financières mises à leur disposition ou encore qui n?ont jamais pu exploiter comme il se doit les filets de protection en vue de s?assurer d?une croissance durable et diversifiée.
Maurice a donc tout ce qu?il faut pour mener une opération de charme auprès de son illustre visiteur. Elle devra aussi en profiter pour évoquer les dysfonctionnements au niveau de l?OMC qui empêchent les pays en développement, en particulier ceux de taille inférieure, de participer aux consultations sur le même pied d?égalité que les Etats économiquement puissants. Les green room discussions auxquelles sont souvent admis les grands exclusivement privent les autres membres d?un espace de concertation fort utile.
Déjà, depuis Cancun, les attitudes envers les pays en développement ont beaucoup évolué. Leurs préoccupations sont considérées avec beaucoup plus d?intérêt à la fois lors des rencontres informelles et pendant les forums officiels.
Les responsables mauriciens ne manqueront certainement pas d?évoquer les attaques répétées du Brésil, de l?Australie et de la Thaïlande contre le régime sucrier européen qui, détermine le prix du sucre des ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifiques) en Europe. Ces trois gros producteurs mondiaux de sucre ont saisi les instances de l?OMC pour déposer plainte contre ce qu?ils estiment porter préjudice à leurs intérêts commerciaux.
Le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi saura peut être porter une oreille plus attentive à ce sujet qui nous concerne au plus haut niveau.
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