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Une nouvelle piste à l?horizon
UUn poème dédié à Nadine trône en permanence sur le bureau de Caroline Dantier. C?est sa façon de se souvenir de sa fille, emportée à la fleur de l?âge par une étreinte assassine le 25 juin 2003, à proximité de leur maison, au morcellement de Chazal, à Albion.
Deux ans ont passé et elle ne sait toujours pas qui l?a tuée. Le désespoir s?est immiscé depuis longtemps dans ses interrogations. Le suspect numéro un, Marcelin Azie, colle de moins en moins au profil de l?assassin.
Appréhendé 31 jours après le crime, à partir du simple fait qu?il s?était teint les cheveux et qu?il était parti vivre chez un oncle aux Salines, Azie est vite passé aux aveux. Pour ensuite revenir sur ses confessions en disant avoir eu « peur »des policiers qui l?interrogeaient?
Il passera tout de même quatorze mois en détention préventive avant d?être remis en liberté conditionnelle en septembre dernier. Son empreinte génétique qui ne correspond pas à celle de l?assassin, y est peut-être pour quelque chose.
Les résultats des tests ADN effectués en Afrique du Sud, reçus huit mois après le crime, disculpent l?habitant de Camp-Créole. C?est un autre, inconnu au ba-taillon, qui a violenté la jeune fille.
Et c?est sans doute encore lui qui l?a étranglée avec son propre pull-over lorsqu?elle s?est débattue.
Depuis dix-huit mois donc, la chasse à l?assassin reste ouverte. Une vingtaine de suspects potentiels a été invitée à fournir des prélèvements de leur ADN par les limiers de la Major Crime Investigation Team (MCIT) qui, depuis, a hérité du dossier. Comme Marcelin Azie, un certain nombre d?entre eux, dont Bruno Tadebois, le petit ami et Jean-Yvon Dantier, le beau-père, ont été innocentés par ces examens.
<B>La chasse à l?assassin est ouverte</B>
Depuis la réception du rapport sud-africain, aucune piste n?est épargnée. Des proches de Marcelin Azie ? en partant de la théorie que celui-ci a dû assister au viol et à l?assassinat de la jeune fille ? ont été pistés jusqu?à Rodrigues, leur île natale.Les enquêteurs considèrent les indices hypothétiques, révélés dans des lettres anonymes. D?où l?interrogatoire de plusieurs habitants de la région et des faubourgs de Port-Louis et de Rose-Hill.
Même un expatrié, voisin et ami de la famille Dantier, Teddy Guidot Gyselinch, a dû se soumettre à ces tests le 9 mai dernier. Et récemment, la MCIT a reçu des détails précis de la part d?un témoin qui a aperçu une moto dans les heures qui ont suivi l?assassinat de Nadine.
L?engin, qui appartenait à un entrepreneur, était utilisé en juin 2003, par un de ses employés, un chauffeur de « Bobcat », sur un chantier à Albion. Ce dernier, Ignace Jean-Marc Denis Antoinette, a été invité à s?expliquer le 11 mai dernier.
Mais à la suite de son interrogatoire et celui de l?entrepreneur, il ressort que le deux-roues était utilisé par presque tous ceux qui travaillaient sur le chantier. N?importe qui a pu l?utiliser dans l?après-midi du 25 juin. La MCIT compte bien retrouver les ouvriers de ce chantier pour obtenir leur ADN. En maintenant cette rigueur, le résultat sera payant.
<B>Lever le voile sur cette tragédie</B>
Malgré toutes ces dé-marches, la police bute sur le refus d?Eden François, en prison pour avoir provoqué la mort d?un homme, de fournir l?échantillon de son ADN. Habitant Albion, il figurerait sur la liste des usual suspects . La police s?intéresse d?autant plus à lui car peu avant sa mort, Nadine avait confié à ses proches, qu?un homme de forte corpulence voyageant dans le bus d?Albin insistait pour faire sa connaissance.
« Elle nous avait qu?il y avait un?gros? qui voulait connaître son nom. Mais elle n?était pas intéressée », confiait Jean-Yvon Dantier le 28 juin 2003.
« Le dossier n?est pas clos. Nous travaillons dessus dès que nous avons une nouvelle piste. L?assassin sera retrouvé tôt ou tard », assure un enquêteur. En attendant, la police ne compte pas pour autant abandonner les charges contre Marcelin Azie. Pour beaucoup, il sait peut-être quelque chose. Il a sans doute été témoin du crime ! Mais seule l?arrestation du véritable assassin lèvera une fois pour toutes le voile sur cette tragédie.
En attendant, le sourire de Nadine, figée sur du papier glacé, salue Caroline chaque matin lorsqu?elle arrive au bu-reau. Samedi après-midi, accompagnée de ses deux filles, de son époux et de ses proches, elle se recueillera devant le terrain vague qui s?est transformé en tombeau pour Nadine. Elle avait à peine vingt ans, et la vie lui souriait.
<B>L?expertise qui nous manque</B>
L?enquête policière est davantage axée sur le travail des scientifiques en Europe et aux États-Unis. Les experts anglais ont élucidé le meurtre de Holly Wells et Jessica Chapman, en août 2002, grâce aux fibres de la moquette de l?assassin retrouvées sur les maillots de football des deux fillettes.
Âgées de dix ans, les deux amies ne sont jamais rentrées chez elles après une promenade dans leur village, à Soham, dans le Cambridgeshire. Leurs corps ne seront retrouvés que treize jours plus tard après deux semaines de battue.
Après quatorze mois d?analyse, plus de cinquante experts du service médico-légal britannique, le Forensic Science Service (FSS), ont examiné des milliers d?indices pour les comparer aux fibres trouvées sur les maillots de Manchester United ? retrouvés brûlés dans une poubelle ? que portaient les deux enfants.
Sur les 40 000 fibres examinées, dont la plupart sont invisibles à l??il nu, le FSS a pu établir que les fibres se trouvant sur ces deux maillots provenaient de la maison de l?assassin, Ian Huntley. Les experts avaient investi sa maison en prélevant d?autres fibres de sa voiture, de sa moquette, de son sofa, de son lit et de son paillasson dans sa salle de bains.
L?exercice a été payant, les fibres trouvées sur les maillots brûlés étaient de cinq couleurs différentes, comme celles de la moquette de la voiture et de la moquette du salon d?Ian Huntley. Ce dernier a été condamné à la prison à vie en décembre 2003 pour l?assassinat de deux enfants devant la Old Bailey Court.
À quand une telle prouesse à Maurice ?
<B>L?épisode Chaton</B>
En juillet 2004, le sergent James Mardi, Field Intelligence Officer à la brigade antidrogue, informe ses supérieurs qu?il a des renseignements susceptibles de relancer le dossier Dantier. Deux mois plus tard, à quelques jours de la mise en liberté conditionnelle de Marcelin Azie, le contact du sergent Mardi, Nadine Chaton, est entendue par la MCIT. Elle soutient être venue voir la police, après avoir vu la photo d?un des complices de l?assassinat dans la presse. Elle affirme que le jour du crime, elle se trouvait avec son amant dans les fourrés d?Albion lorsqu?elle a été témoin de l?agression de Nadine. Elle donne des indications précises sur trois hommes présents. L?un menaçait la jeune fille et les deux autres la retenaient. Pressée de questions, elle ne veut pas révéler le nom de son amant, après avoir envoyé la MCIT sur une fausse piste. Finalement, elle craque et soutient avoir vu ces trois personnages? dans un cauchemar. Elle s?est ensuite confiée au sergent Mardi, son cousin par alliance? La suite on la connaît.
L?affaire Dantier a aussi été ponctuée d?un rebondissement de taille en juillet dernier. Les parents de la victime ont, en effet, réclamé une exhumation dans le but de récupérer la lettre d?amour laissée dans son cercueil par son petit ami, Bruno Tadebois. Dans leur demande, Caroline et Jean-Yvon Dantier ont expliqué qu?ils ont des raisons de croire que ce billet pourrait contenir des éléments susceptibles de faire avancer l?enquête. La cour a rejeté leur demande, en expliquant que selon la loi, une exhumation est indiquée uniquement dans le cas d?une contre-autopsie et les a invités à envisager d?autres recours juridiques.
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