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Une mère courage

26 octobre 2007, 20:00

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Deux ans, cela vous change une femme. Physiquement du moins. Pas Bindu Ramlogun. Cette femme de 37 ans, propulsée au-devant de la scène bien malgré elle, a conservé sa morphologie d?antan. Si ses traits ne sont plus aussi tirés qu?avant, son regard, lui, semble éteint. Comme mort. «Ce n?est pas un cyclone qui s?est abattu sur moi mais un tsunami ! On dirait que ma vie a été mise à sec. Il ne se passe pas un jour sans que je ne pense à Rajesh et que je ne me dise que les choses auraient dû être autrement.»

Ses fils, Nilesh, 16 ans et Nitish, 15 ans, sont assis à ses côtés. Ils l?écoutent, stoïcs. La vue de sa benjamine, Vidhi, six ans, qui se la joue timide devant nous, lui arrache un triste sourire. Récrie lorsque nous lui évoquons la possibilité pour elle de refaire sa vie. Elle n?est pas prête à oublier Rajesh. «Jamais je ne retrouverai un homme comme lui. Mon unique préoccupation désormais, ce sont mes enfants.»

Ils sont sa raison de vivre? La force dont elle s?empreigne chaque matin, au lever. Pour préparer leurs affaires pour l?école. Le courage dont elle s?arme pour se rendre au centre communautaire de Bon Accueil/ Grande Retraite où elle travaille comme motivator. Emploi obtenu tout juste un mois après la mort de son mari, à la suite d?une sollicitation à cet effet auprès du Premier ministre, Navin Ramgoolam. «De son vivant, Rajesh n?aurait jamais accepté que je travaille. En sus de son emploi au département de l?Agriculture, il effectuait des petits boulots d?électrique et de plomberie. De sorte qu?il me mettait un petit argent entre les mains presque tous les après-midi.»

Aujourd?hui, elles sont quatre bouches à vivre de son seul salaire de Rs 6 000, auxquelles viennent s?ajouter les Rs 2 000 de sa pension de veuve. Cette somme sert prioritairement aux besoins des enfants. C?est-à-dire à l?achat de vêtements, de chaussures et de matériel scolaire pour eux. «Kan gaign lapaye, bisin kalkile dan enn moi kouma pou fer ar kas-la.» En faisant complètement abstraction de sa personne. «Mes belles-s?urs m?offrent des vêtements. Ma priorité, ce sont plutôt mes enfants.»

Elle s?estime heureuse de ne pas avoir à payer de loyer. Car avant leur mariage, Rajesh a construit un étage sur la maison de ses parents. Demeure dont le rez-de-chaussée est occupé par les parents d?Ashwin Ramgutee, le neveu de Rajesh Ramlogun. Arrêté dans le cadre de l?assassinat des belles-s?urs Jhurry, le jeune homme a été libéré sous caution depuis.

Bindu a eu une grosse dépense à encourir récemment avec les frais d?examens de School Certificate de Nilesh, étudiant au John Kennedy College. «Rs 8 600, ce n?est pas facile à trouver d?un coup. J?ai été aidée par mon beau-frère, mon frère et par la Rajput Sabha.»

Un de ses gros soucis actuels est que son supérieur hiérarchique ne tient pas compte du fait qu?elle habite Lallmatie. Elle est obligée de travailler à Coromandel ou encore à Montagne- Ory. «J?avais cru comprendre que lorsque le Premier ministre m?a offert cet emploi dans la région, c?était pour que je puisse ne pas être trop loin de mes enfants. Quand on m?envoie sur les Plaines-Wilhems, j?ai du mal à m?organiser. Si mes fils sont indépendants, ma petite Vidhi a encore besoin de moi. Le van scolaire passe la prendre le matin à 8 h 15. Une fois qu?elle est partie, c?est là que je me prépare rapidement pour aller travailler. Mais quand on m?envoie à Coromandel ou Montagne-Ory, je dois quitter la maison à 7 h 15. Je ne peux laisser ma petite seule dans la maison à attendre son van. J?ai expliqué mon cas à mon supérieur. J?espère qu?il entendra raison.»

Bindu ne veut pas compter sur les parents de son mari qui vivent au rez-de-chaussée et avec qui elle a coupé les ponts depuis que leur fils a accusé Rajesh de l?assassinat des belles-s?urs Jhurry. «Pena personne pou get mo tifi. Kot kapav fer confiance aster? Quand je pense que Rajesh se faisait un sang d?encre pour lui (NdlR : Ashwin Ramgutee) lorsqu?il a été arrêté et qu?après, il a collé ce double assassinat sur le dos de mon mari, je ne comprends pas...»

Quand on lui demande si Rs 7 millions comme dédommagement lui suffisent, Bindu réplique que ces milliards de roupies ne lui ramèneront pas son mari. «Une vie n?a pas de prix. Si j?ai demandé Rs 45 millions, c?est après discussions avec mon avocat. Nilesh a toujours voulu être architecte. Son père lui avait promis de l?envoyer à l?étranger. Nitish est au collège Mayflower. Bien qu?étant encore petite, Vidhi dit qu?elle veut être médecin. Je dois assurer leur avenir. Nous avons donc pensé à Rs 10 millions par enfant et Rs 15 millions pour moi.»

En quete de verite

Elle a jusqu?au 20 novembre pour donner sa réponse au gouvernement. Elle ignore encore ce qu?elle dira. Par contre, elle demande à l?Etat de reconsidérer le montant qui lui a été proposé. «J?ai trois enfants. Leur avenir est en jeu. L?éducation a un prix aujourd?hui.»

Bindu n?écoute plus les gens. «Certains disent que c?est stupide pour moi de lutter car je n?aurai rien à la fin de la journée. D?autres, au contraire, me disent de continuer à me battre. Au début, j?étais découragée par les propos négatifs. Aujourd?hui, je ne les écoute plus. De toutes les façons, si je fais tout cela, c?est parce que je refuse qu?une autre femme revive ce que j?ai vécu car c?est atrocement douloureux.»

<I>«Au début, j?étais découragée par les propos négatifs. Aujourd?hui, je ne les écoute plus. De toutes les façons, si je fais tout cela, c?est parce que je refuse qu?une autre femme revive ce que j?ai vécu car c?est atrocement douloureux.»

Bindu avait toujours pensé qu?elle croiserait un jour le surintendant Prem Raddhoa en Cour. Maintenant il est trop tard. «Kan monn appran ki Raddhoa inn mor, monn senti douleur so madam ek douleur so zenfan. Monn sympatiz ar zot. Me zame mo pou kapav blie ki se apre linterogatoir mo mari par Raddhoa ek so lekip ki zordi mo vev. Mo pe lager pou nepli ena britalite polisyere dan sa pays-là.»

Bindu veut absolument connaître la vérité, tant sur les circonstances entourant la mort de son mari que sur l?assassinat des belles-s?urs Jhurry. «Cela fait deux ans et je ne sais toujours pas où en est l?enquête policière. Chaque jour, je vis avec l?espoir que j?obtiendrai la vérité. J?ai confiance en la justice de mon pays.»

Une épée de Damoclès pèse sur la tête de Bindu et de ses enfants. Si Ashwin Ramgutee est blanchi, il reviendra sans doute habiter chez ses parents qui vivent au-rez-de-chaussée. Elle pressent que la vie pourrait alors devenir intolérable pour elle. «Je crois qu?il me faudra déménager. Je n?ai pas encore pris de décision mais une chose est certaine : je ne pourrai continuer à vivre ici? »

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