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Une institution nationale

31 octobre 2006, 00:00

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Nous les dérangeons. La manière dont la presse est traitée par la classe politique ne fait pas honneur à la qualité de notre démocratie. Quand ce ne sont pas les dirigeants du pays, ce sont les opposants qui tentent d?influencer le jugement des rédactions ou de dicter l'attention que nous devons porter à tel ou tel sujet. Or, une presse libre dans une société libre doit pouvoir informer et commenter sans menaces ou entraves.

Vendredi dernier à Glen Park, le leader du MMM a accusé ?l?express? de ?gonfler? le gouvernement et de ?fer propagann Ramgoolam?. Dans l?esprit de l?ancien Premier ministre, la prise de position de notre journal en faveur des réformes économiques ne serait donc qu?un artifice destiné à soutenir l?alliance au pouvoir.

Nos lectrices et nos lecteurs savent que ce journal a toujours défendu les principes qui ont inspiré la politique du ministre des Finances. L?ouverture de l?économie, l?incitation aux professionnels étrangers à apporter leur savoir-faire, l?assouplissement des lois du travail, l?élimination d?une bureaucratie contraignante, l?application d?une taxe immobilière sur l?ensemble du territoire et le ciblage des prestations sociales : ce sont là des idées que nous avons toujours soutenues et qui sont aujourd?hui reconnues par le pouvoir. Nous ne pouvons que nous en réjouir même si sur d?autres questions nous avons critiqué sans ménagement le gouvernement.

La presse libre soutient des idées et pas des partis. Ce journal qui est accusé aujourd?hui de ?gonfler? le gouvernement ne s?est épargné aucun effort hier pour dénoncer l?inhumanité de la réforme du CPE. De même, nous avons joué avec rigueur notre rôle de sentinelle dans diverses affaires impliquant des personnalités. Nous n?avons pas hésité, non plus, à critiquer le mauvais exemple donné par le Premier ministre quand il s?est offert un véhicule de grand luxe. Pour se défendre, il a puisé dans un registre communal et a sorti le mot ?coolie?. Cette tentative d?ethniciser le débat est pitoyable. Le Premier ministre ne sait-il pas que les Mauriciens reconnaissent la presse comme une institution nationale?

Nous avons également combattu le pouvoir quand celui-ci menaçait de durcir l?arsenal légal, déjà fortement répressif, contre les délits de presse. Avant la sortie de Paul Bérenger contre ?l?express?, c?était le pouvoir qui se disait victime des ?fos nouvel? qu?aurait rapportées notre journal. Bien évidemment, il ne s?agissait que d?informations qui gênaient les princes qui gouvernent. Ils ont riposté en menaçant d?instituer une commission pour contrôler l?information. En particulier, notre titre était dans la ligne de mire.

On ne peut pas parler de bonne gouvernance quand les médias sont soumis à de telles pressions. D?autant plus que les journaux constituent à peu près le seul lieu d?échanges d?idées. Il n?y a presque pas de débat public à Maurice en dehors de celui qui se tient dans les colonnes des journaux indépendants.

La nécessité de protéger la liberté de la presse n?est pas une revendication corporatiste mais une exigence démocratique universelle. Les bailleurs de fonds étrangers, dont la Commission européenne, sont de moins en moins indulgents vis-à-vis des Etats qui portent atteinte au droit du citoyen à l?information. Généralement, ils interviennent dans les républiques bananières. Mais si nos responsables politiques ne cessent pas leurs attaques contre la presse, les institutions internationales pourraient avoir à les rappeler à l?ordre. Ce sera pire qu?un déshonneur.

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