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Une famille qui respire mal à La Tour-Koenig raconte...

18 juillet 2008, 20:00

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Une famille qui respire mal  à La Tour-Koenig raconte...

Des cours bien fleuries. De l?espace où gambader et jouer avec ses camarades. Le quartier est charmant. Et pourtant, pas d?enfant en vue. Les portes et fenêtres sont closes. La tombée de la nuit n?y est pour rien. La brise glaciale qui souffle non plus. Les habitants des complexes NHDC La Tourelle, à La Tour-Koenig, ont tellement peur pour la santé de leurs enfants qu?ils les confinent à l?intérieur.

Ils craignent cette «fumée noirâtre» qui émane, disent-ils, de l?usine de la Compagnie mauricienne de textile (CMT). Si eux, les adultes, résistent tant bien que mal, ils soutiennent que l?état de santé de leurs enfants va en se détériorant depuis qu?ils ont emménagé à La Tour-Koenig il y a un peu plus d?un an. Qui, dans le quartier, n?a pas entendu parler du cas de la petite Luciana Athion atteinte de pneumonie? Mais elle n?est plus la seule à être malade?

<B>«Peur de les laisser sortir»</B>

Si leur fils de trois ans Angelo est souffrant «de temps en temps», les Sossou, Marianne et Théophile, s?inquiètent davantage pour la santé de leur fille âgée de 11 mois, Stella.

Alors qu?elle est enceinte de cinq mois, Marianne Sossou s?installe dans «sa maison» tant désirée, en avril 2007. «C?est pour les enfants que nous avons acheté cette maison. Pour qu?ils aient un jardin où jouer. Aujourd?hui, nous avons peur de les laisser sortir. Je suis même obligée de faire de la place dans la maison pour que mon fils puisse monter à bicyclette», raconte Marianne.

Les premières semaines après la naissance de Stella ne sont pas de tout repos pour le couple Sossou. La petite est constamment malade. Marianne n?y trouve d?abord rien d?alarmant. «Les enfants sont fragiles. Ils attrapent froid facilement. Au début, je ne me suis pas inquiétée. Mais comme son état ne s?améliorait pas, je l?ai conduite chez sa pédiatre.»

Laquelle demande une radiographie. Un cliché pour le moins inquiétant. «Il y avait des traces noirâtres sur l??sophage de ma fille. La pédiatre nous a demandé si nous fumions ou si nous avions repeint la maison. Elle a posé des questions par rapport à l?endroit où nous habitions. Quand nous lui avons dit que nous vivons à côté d?une usine, elle a compris. Elle nous a dit que notre fille pourrait souffrir de bronchite et si l?environnement ne s?améliore pas, son état pourrait s?aggraver», s?inquiète la jeune maman.

<B>«Bouger cette cheminee»</B>

Les visites tantôt chez la pédiatre de la petite tantôt à l?hôpital deviennent de plus en plus fréquentes. «On a dû augmenter sa dose de médicament. Kan li pa kapav respirer, bizin met li sou la pomp.»

Son père Théophile d?ajouter qu?il ne se passe pas un jour sans que respirer ne soit difficile pour la petite Stella. Il ne veut pas pour autant que l?usine ferme. «Moi-même je travaille dans une usine et si demain on me disait que l?usine allait fermer, je ne serai pas content. Mais ils doivent respecter certaines choses. Ils doivent bouger cette cheminée. Malgré ce qu?ils disent, ils en ont les moyens. Cela ne nous coûte-t-il pas, à nous, les pauvres gens, d?avoir à acheter tous ces médicaments ?»

La CMT met en place des mesures préventives</B>

Le ministère de l?Environnement passe à l?action. Le ministre Anil Bachoo a expliqué, hier, que dans le cadre de la pollution qui sévit à La Tour Koenig, une «Enforcement Notice» a été servie à la Compagnie mauricienne de textile (CMT). Celle-ci est montrée du doigt à cause de ses cheminées.

Le ministre Bachoo explique ainsi que plusieurs mesures préventives ont été prises. «Il y aura un écran de contrôle au niveau de la chaudière. Grâce à cet écran, la personne qui opère la chaudière pourra constater de visu, tout problème au moment où il intervient.» Il explique aussi que la CMT devra installer des caméras de surveillance près de chaque chaudière. «La CMT a aussi un délai de trois semaines pour installer des sensors d?oxygène dans chaque cheminée. En cas de réduction d?oxygène, la cheminée s?arrête dans les quinze secondes», assure Anil Bachoo. Il explique que c?est lorsque le taux d?oxygène présent dans la cheminée baisse qu?il y a des risques de pollution.

A un certain moment, il était même question de modifier la cheminée de l?usine de la CMT. «Cette possibilité a été considérée mais les habitants qui sont un peu plus loin de l?usine ont protesté. Et il y a eu controverse sur ce sujet. Nous sommes donc en train de l?étudier», explique le ministre de l?Environnement.

Interrogé quant à une éventuelle application de ces mesures dans d?autres usines, Anil Bachoo répond que «nous faisons beaucoup d?Enforcement Notices. Tout dépend de la situation. Par exemple, la situation de Richfield est sous contrôle et par rapport à Ferney Spinning Mills, nous faisons un monitorage rapproché». L?approche de ministère se fait donc au cas par cas.

Roshan Ramessur, chargé de cours en études environnementales et côtières à l?université de Maurice, explique que c?est le traitement qui joue un rôle crucial dans la prévention de pollution. Il ajoute que chaque cas dépend de l?industrie concernée et du type de produit utilisé, entre autres.

«Les cas de pollution d?air sont cependant plus difficiles à gérer que ceux de pollution d?eau. Il y a plusieurs facteurs qu'il faut considérer quand on parle de l?air ou d?émission de gaz : la vitesse du vent, la direction dans laquelle le vent souffle ou encore s?il y a de pluie», rappelle Roshan Ramessur. «Les traitements existent cependant, même s?ils peuvent être coûteux. Et, les technologies continuent aussi à se développer», conclut Roshan Seetohul.

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