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Une ex-détenue témoigne

14 octobre 2005, 00:00

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Il y a un monde de différence entre la Priscilla que nous avons interrogée l?an dernier, quatre mois après sa sortie de prison, et celle d?aujourd?hui. Fréquenter le Kinouete Drop-in Centre à la route Nicolay, Port-Louis, lui a permis de se réapproprier la vie.

Il y a environ un an, Priscilla, 33 ans, recouvrait la liberté après trois ans de prison ferme pour délit de drogue et 11 mois de détention préventive. Elle était alors une femme aux abois, s?exprimant d?une traite, comme un individu longtemps privé de parole.

Elle était en butte à sa fille qui lui en voulait d?avoir manqué les moments les plus importants de sa vie d?adolescente. Son avenir professionnel se bouchait dès que son passé refaisait surface. L?organisation Kinouete s?apprêtait à lui offrir un cours de coiffure, métier qu?elle voulait faire. Dans ces mêmes colonnes, elle demandait à la société de changer de regard sur les prisonniers et réclamait une seconde chance pour eux.

Transformation

Priscilla est maintenant remise sur les rails. ?Aujourd?hui, je me sens forte pour affronter la vie extérieure?, dit-elle d?une voix raffermie, en nous regardant droit dans les yeux. Cette transformation résulte de sa visite hebdomadaire au Kinouete Drop-In Centre. Elle raconte : ?Deux fois la semaine, je suis venue au centre pour parler à Sophie de Robillard, la directrice de Kinouete, et à Juliette François, la coordonnatrice. J?exprimais mes craintes que mon passé ne soit découvert par mes collègues de cours. Sophie me raisonnait et parfois m?engueulait pour que je me ressaisisse. Elle me disait ?Pa finn ekrir prizon lor to fron?.?

Vu les blocages fréquents entre elle et sa fille, Sophie de Robillard et Juliette François leur organisent des rencontres régulières au centre. ?Ma fille et moi avons été séparées pendant quatre ans. Elle savait que j?étais en prison mais je ne pouvais lui révéler les tenants et aboutissants de mon délit de drogue, pour ne pas la dégoûter de son père ou de moi. Parfois, elle me reprochait durement mon absence à des moments cruciaux de sa vie. Sophie m?a expliqué comment approcher ma fille alors que Juliette l?a conseillée pour qu?elle m?accepte totalement dans sa vie. Aujourd?hui, nos relations se sont grandement améliorées.?

Mardi, Priscilla recevra son diplôme de coiffure après 15 mois de formation. Elle compte ouvrir son salon dans un petit local situé devant la maison de son père. ?Dès que j?aurai mon diplôme, je ferai une demande d?obtention de permis d?opération auprès du conseil de district. J?espère l?avoir rapidement pour enfin être financièrement indépendante.?

Priscilla sent désormais qu?elle a mûri. ?Je reste la même Priscilla. Mais malgré la prison et les difficultés, j?ai grandi. Jamais je ne pourrai assez remercier Kinouete. Le plus beau cadeau que l?organisation m?a fait, c?est fer mwa kone ki mo ete??

RÉORIENTATION

Des cours de formation en prison

■ Initialement, le ?Kinouete Drop-In Centre? devait offrir une formation professionnelle aux femmes sortant de prison et organiser des sessions de ?counselling? destinées à renouer les liens coupés entre elles et leurs proches. Or, si l?organisation a pu rapprocher bon nombre de détenues de leurs familles, elle a dû revoir ses intentions louables de formation professionnelle dans son centre. Il y avait des besoins plus pressants, comme l?explique Sophie de Robillard : ?Elles avaient besoin d?être accompagnées dans leurs démarches administratives telles qu?obtenir une pension, comparaître à nouveau en cour pour un autre délit ou même voir les possibilités de faire dégeler leurs comptes bancaires?. Pour cette raison, Kinouete préfère donner des cours de formation en prison. Antony Godson, haut-commissaire britannique, a visité le centre hier. Il a pu constater l?utilité du mobilier et des équipements offerts par le haut-commissariat.

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