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Une entrée en Bourse
Le projet promet d?enrichir les fondateurs et les premiers soutiens de cette société non conventionnelle créée en septembre 1998 et qui a déjà réalisé un chiffre d?affaires de près d?un milliard de dollars l?année dernière. Son entrée en Bourse ouvrira un nouveau front dans sa concurrence à Microsoft et Yahoo.
Toujours à la pointe de l?originalité, les cofondateurs Sergey Brin et Larry Page promettent dans un «manuel des propriétaires» destiné aux investisseurs potentiels que la transformation de Google en une société cotée ne changera pas sa culture.
«Google n?est pas une société conventionnelle. Nous n?avons pas l?intention de le devenir», expliquent-ils. Ils recommandent aux investisseurs d?avoir les nerfs solides, parce qu?ils n?ont aucunement l?intention de lisser leurs résultats pour atteindre les prévisions de Wall Street et qu?ils continueront à investir dans des projets à haut risque mais aussi à haut rendement.
Dans leur lettre aux investisseurs potentiels, les fondateurs de Google précisent qu?ils ont rompu avec la tradition de Wall Street et qu?ils mettront les actions du groupe aux enchères afin de «minimiser» les «spéculations déraisonnables» et les «cycles en yo-yo» qui ont caractérisé les autres IPO.
A partir des enchères en ligne, Google compte déterminer le prix le plus élevé auquel il existe une demande pour toutes les actions. Le prix de l?offre sera à ce prix ou en dessous, variant selon le bon vouloir de la direction de Google. Le groupe installé à Mountain View, en Californie, précise qu?il demandera à être coté soit sur le Nasdaq, soit sur le New York Stock Exchange.
Morgan Stanley et Credit Suisse First Boston ont été mandatés comme principaux souscripteurs de l?introduction en Bourse, qui pourrait rapporter aux banques d?affaires des commissions pouvant aller jusqu?à 100 millions de dollars.
Le groupe, qui a dégagé son premier bénéfice annuel il y a trois ans et a amélioré progressivement ses bénéfices année après année, a précisé que sa structure de direction continuerait à être dirigée par un «triumvirat» constitué des deux cofondateurs et du directeur général Eric Schmidt.
Au premier trimestre 2004, Google a réalisé un chiffre d?affaires et un bénéfice net de 64 millions de dollars doublé comparé à la période correspondante de 2003. Google sert à plus de 200 millions de recherches par jour dans 97 langues, dont la moitié en dehors des Etats-Unis, précise le groupe sur son site internet.
Pour contrer d?éventuelles OPA, Google se dotera d?une structure de vote à deux vitesses qui donnera à ses fondateurs un «contrôle important» sur le sort du groupe. La structure est commune dans le secteur des médias, mais rare parmi les groupes technologiques.
«Google qui sert à plus de 200 millions de recherches par jour dans 97 langues continuera à investir dans des projets à haut risque mais aussi à haut rendement.»
<B>Polémique autour de Gmail</B>
«Aucun humain ne lira le contenu de votre courrier électronique dans le but de vous adresser de la publicité ciblée.» Cet avertissement, qui figure dans les conditions d?utilisation du nouveau service de courriel de Google, est aussi inattendu que nécessaire. Le principal moteur de recherche sur Internet
s?apprête, en effet, à lancer un système de messagerie gratuit dont les modalités de fonctionnement, inédites et controversées, appellent ce genre de précision. Car, en échange d?une grande capacité de stockage (cent fois supérieure à celle de Yahoo et MSN), Google prévient ses utilisateurs qu?il «affichera des publicités (...) relatives au contenu de leur courrier».
En d?autres termes, les internautes qui s?abonneront à Gmail ? le nom de ce nouveau service ? verront leurs messages entrants et sortants automatiquement auscultés par un logiciel. Cette analyse de la correspondance permettra de recueillir les informations nécessaires à l?envoi de propositions commerciales ciblées, en adéquation avec les centres d?intérêt identifiés de l?utilisateur. Autre clause : Google se réserve le droit de conserver une copie résiduelle de la correspondance que ses abonnés auraient décidé d?effacer.
Le système, en cours de test, focalise depuis plusieurs semaines les critiques de nombreux sites Internet spécialisés. Mais l?affaire a pris une tournure nouvelle, la semaine dernière, après qu?une association britannique, Privacy International (PI), a déposé plainte auprès des autorités de protection des données personnelles de 17 pays. En France, c?est la Commission
nationale de l?informatique et des libertés (CNIL) qui a été sollicitée. Celle-ci, qui n?a pas encore reçu les doléances de PI, se montre réservée. «Ce système paraît relever d?une collecte illicite de données personnelles, juge Christophe Pallez, secrétaire général de la CNIL. Mais si la collecte se fait avec le consentement de l?internaute, cela peut changer cette interprétation.»
Cependant, précise de son côté l?association britannique, tous les messages adressés aux abonnés à Gmail seront contrôlés sans que les expéditeurs y aient explicitement consenti.
Le fait que les internautes ne puissent plus effacer, définitivement, toutes les traces de leur correspondance semble tout autant problématique. «Cela peut s?apparenter à une négation du droit d?accès et de rectification à des données personnelles, estime le secrétaire général de la CNIL, qui n?a pas encore rendu d?avis officiel sur la question. Et cela, même avec le consentement de l?utilisateur, est un dispositif qui semble trop léonin.»
Google fait valoir, de son côté, que le système est développé en «toute transparence», «contrairement à un grand nombre de systèmes mis à disposition du public sur Internet». De plus, le dispositif est susceptible d?être amendé à l?issue de la phase de tests en cours.
«L?autorité britannique de protection des données personnelles a déjà été saisie par l?association
Privacy International et a estimé qu?à partir du moment où toutes les conditions sont clairement exprimées, il n?y avait rien à redire», ajoute un responsable de Google France.
<B>Stéphane Foucart Le Monde 2003 distribué par The N. Y. Times Syndicate</B>
<B>L?ascension fulgurante d?une étoile du web</B>
Lancé en 1998, Google a été créé par deux étudiants en doctorat de l?université californienne de Stanford, Larry Page et Sergey Brin. Aujourd?hui richissimes trentenaires, ils sont à la tête, avec le PDG Eric Schmidt, d?un des dix sites les plus populaires au monde, vers lequel les annonceurs publicitaires se ruent.
Le coup de génie de Page et Brin a été de mettre au point une technique de recherche par algorithmes permettant aux profanes de sélectionner en quelques secondes les pages «web» les plus pertinentes sur tous les thèmes imaginables, à une époque où seuls les initiés parvenaient à ne pas se noyer dans l?océan des informations disponibles sur la toile.
Aujourd?hui, le site «google.com» revendique plus de 200 millions de recherches quotidiennes, parmi plus de quatre milliards de pages recensées, et une audience désormais encore plus forte à l?étranger qu?aux Etats-Unis.
Le moteur est configuré pour permettre des recherches, afin d?aboutir en un clin d?oeil sur des recettes de cuisines, des biographies, des actualités ou encore les traitements existants pour une maladie rare.
Google est si populaire qu?il est entré dans le langage courant sous la forme d?un verbe. On «google» un thème, un restaurant, un film, un fiancé potentiel voire... soi-même, pour tester sa célébrité virtuelle.
A titre d?exemple, le panel Nielsen/NetRatings avait recensé pour janvier 2004 quelque 59,3 millions de visites sur google.com, contre 45,8 millions de consultations pour la fonction «recherche» du grand concurrent Yahoo! et 44,6 millions pour celle de msn.com, le portail du groupe Microsoft.
Pur moteur de recherches au départ, Google a commencé à tester en avril un service de courriels afin de faire passer davantage de temps sur le site à ses usagers.
La société, établie à Mountain View en Californie, et qui emploie près de 2000 personnes dans une vingtaine de pays, vit de ses recettes publicitaires et de la vente de sa technologie à quantité de petits sites et aux plus grandes multinationales, dont Time Warner pour son portail AOL.
Yahoo! l?a défié frontalement en annonçant en février qu?il abandonnait sa technologie pour développer la sienne propre. Microsoft doit également lancer prochainement son propre moteur de recherches.
Google doit son nom un peu barbare à une formule mathématique, 1 suivi de 100 zéros (le googol). Un chiffre supérieur à tous les atomes dans l?univers et qui témoigne de l?ambition de cette étoile du web.
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