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Une demi-heure, plusieurs possibilités
De la désobéissance civile, une manifestation, une marche pacifique et un go-slow le 28 août dans les collèges? Tout cela pour une demi-heure de travail de plus décidée par le Pay Research Bureau, officialisée par le ministère de l?Education et communiquée deux jours avant la rentrée scolaire d?août. Réaction jugée excessive par beaucoup, mais dont les voix se taisent aussitôt de peur d?être qualifiées de « vender lalit » par leurs collègues.
Ainsi pour beaucoup, si la décision du ministère de l?Education a été imposée de manière un peu cavalière, ils sont une poignée à y voir le bien-fondé. A commencer par cet enseignant d?une quarantaine d?années qui ne tient pas à ce que son identité soit dévoilée pour des raisons évidentes. « Je pense que nous devons mettre de côté nos différends et mettre l?élève au c?ur de nos décisions. Il faut que son intérêt prime. »
Les élèves, dont les parents ne peuvent se permettre de payer des leçons particulières, pourront en bénéficier. Surtout s?ils éprouvent des difficultés dans certaines matières.
« On peut mettre sur pied un programme d?aide pédagogique individualisée », ce qui se fait déjà dans des établissements scolaires au Canada et ailleurs.
Le programme d?aide pédagogique individualisée viendrait en aide aux élèves qui éprouvent des difficultés pédagogiques ponctuelles ou plus profondes. Ce sera à l?établissement de mettre en place une structure d?aide qui rejoindra chaque élève selon les problèmes rencontrés. « Selon les types de difficultés rencontrées et une fois la motivation de réussite des élèves concernés acquise, les solutions diverses sont offertes à ceux qui éprouvent des difficultés pédagogiques », poursuit notre interlocuteur.
De son côté, un autre enseignant estime que ce temps imparti pourrait être utilisé à bon escient en inculquant les valeurs morales aux élèves. « Notre rôle consiste aussi à façonner le citadin de demain, mais nous l?avons oublié. L?enseignant doit redevenir ce modèle admiré par ses élèves. Chose qui sera ardue, mais pas impossible à réaliser », souligne cet enseignant.
Il ajoute toutefois que le statut des professeurs doit être revalorisé afin qu?ils puissent accomplir leurs tâches dans de meilleures conditions. «Si les profs sont rémunérés comme il se doit, il n?y a plus de raison pour qu?ils arrondissent leur fins de mois en donnant des leçons particulières. Jugez-en par vous-mêmes, je suis prof depuis des années et mon épouse est Clerical Officer et pourtant il n?y a qu?une différence de Rs 1 000 entre son salaire et le mien. »
Cet enseignant reste pourtant prudent et estime que les parents peuvent aussi faire capoter un tel projet. « Pour ma part, je sais que des parents ne sont pas contents de ces 30 minutes de travail additionnelles. Ils ont déjà pris un engagement avec des profs pour des leçons particulières. Cela chamboule tout leur programme? »
Le changement fait peur</B>
Des obstacles, il y en a beaucoup. « Donner des cours de rattrapage, d?accord. Mais comment identifier les cas prioritaires, alors que le prof ne les côtoie que le temps de trois ou quatre classes par semaine? », demande une enseignante. Le changement fait peur, ajoute-t-elle. « Si le ministre se laisse convaincre par les enseignants, ce sera retour à la case départ. Mais s?il campe sur sa position alors peut-être verra-t-on un changement? »
Par ailleurs, pour cet observateur de l?éducation secondaire, qui a tenu à s?exprimer sous le couvert de l?anonymat, les profs doivent changer leur façon de voir les choses. « C?est dommage de le dire, mais la mentalité du moindre effort est tellement bien ancrée dans la culture du monde éducatif qu?il est difficile de prévoir son élimination. » Maurice est un des rares pays, dit-il, où les enseignants quittent l?enceinte de l?école au moment où la cloche indique la fin de la journée scolaire. Dans bien des pays, la journée ne se termine pas avant 16 h 30 ou 17 h 00. De plus, le nombre de congés dont jouissent les enseignants est impressionnant : vacances scolaires, casual, local, sick leave, entre autres.
« Il ne manque pas de travaux pour meubler ces trente minutes pour les enseignants consciencieux. Ce temps pourrait bien être consacré à l?accompagnement des élèves en difficulté, à un examen en groupe regardant les problèmes rencontrés par les enseignants et à la recherche des solutions appropriées ou à la préparation des cours du lendemain. C?est dommage que la préparation des cours ne soit pas ancrée dans la culture des enseignants? »
Les quatre résolutions votées</B>
Les syndicats des enseignants des collèges du privé et de l?Etat sont décidés à aller de l?avant avec leur mouvement de désobéissance civile le 26 août. A l?assemblée générale de l?UPSEE hier, les membres ont approuvé cette décision. La réintégration du Movement Book a également été réclamée. Les membres ont aussi voté une demande d?injonction à la Cour en ce qui concerne l?extension des heures de travail. D?après la Government Notice 181/84, les enseignants ne devraient pas être en classe plus de six heures par jour. « Cette décision d?étendre les heures de travail est illégale », estime Yahya Paraouty, le président de l?UPSEE. Le 28 août, un go-slow est prévu dans les collèges si le ministère de l?Education ne cède pas. Les professeurs commenceront à travailler à 9 heures au lieu de 8 h 30.
QUESTIONS A
<B>Yahya Paraouty, président de l?« Union of Private Secondary Education Employees »</B>
<B>« D?accord, mais avec un programme bien ficelé »
● Quelles sont les raisons qui motivent une grève des enseignants le 26 août ?</B>
Il faut préciser qu?il s?agira d?une journée de désobéissance civile. Cette décision a été prise conjointement, à l?exception des représentants des collèges confessionnels, par l?Union of Private Secondary Education Employees (UPSEE), la Government Secondary School Teachers? Union (GSSTU), l?Education Officers Union (EOU) et la MGI Employees Union. Cette prise de position est fondée sur plusieurs raisons. Le PRB qui a été rendu public le 31 mai a bien spécifié que les enseignants du secondaire allaient devoir travailler 30 minutes de plus, ce que nous n?avons pas contesté car nous pensions que les élèves allaient aussi terminer à la même heure. Cette décision nous a été communiquée deux jours avant la rentrée scolaire (NdlR : le 11 août).
● <B>Mais encore ?</B>
La plupart des enseignants ont été offensés par la liste de tâches censées être effectuées pendant ce temps supplémentaire. Pourquoi ? Tout simplement parce qu?ils sont nombreux à les accomplir déjà, ces fameuses tâches. Toutefois, nous avons accepté de jouer le jeu. Au collège SSS de Cité-La-Cure, les enseignants se sont réunis le premier jour, puis ce fut au tour des chefs de département de se rencontrer. Nous avons ensuite discuté de pédagogie, et puis il y a eu un atelier de travail sur les mathématiques. Arrivé au quatrième jour, nous ne savions plus quoi faire? Je maintiens que c?est un gaspillage de ressources.
Il y a mille façons d?utiliser ce temps. Comme celles suggérées par l?Educa-tion : régler les problèmes d?absentéisme et de manque de discipline ?
Nous faisons beaucoup plus que cela. C?est vrai que le contact avec les parents est important. Nous constatons malheureusement que très peu d?entre eux acceptent de nous voir pour discuter des soucis rencontrés par leurs enfants. La plupart refuse, prétextant le manque de temps. Nous ne refusons pas de le faire, mais honnêtement, cela ne marchera pas.
● <B>Finalement, êtes-vous d?accord ou pas de travailler une demi-heure de plus ?</B>
Oui, puisque telle a été la condition du PRB pour déterminer les nouveaux barèmes de salaire. Ce que nous déplorons, c?est cette façon cavalière dont l?Education nous a communiqué sa décision. Elle nous l?a imposée. Nous aurions préféré une rencontre avec les partenaires de l?éducation pour trouver une solution qui convienne à tous. Nous aurions pu ressortir avec un programme bien ficelé qui utiliserait à bon escient cette demi-heure avec les élèves présents au collège.
Il y a des problèmes pratiques qui surviennent et que personne à l?Education n?a soulevés. Par exemple, si nous devons demander à un élève de rester après 14 h 30, comment fera-t-il pour rentrer, vu que le bus de l?école aura déjà démarré. Et puis, que feront les élèves qui doivent se rendre à leurs leçons particulières pendant ce temps ? Flâner au centre commercial, jouer dans des maisons de jeux électroniques ? Autant de réalités qui n?ont pas été prises en considération. Tout changement brutal est difficile, je ne vous le cache pas. Mais avec le temps nous allons nous adapter.
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