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Une créatrice aux doigts agiles
Ce qui frappe avec les cartes d?Emily, c?est autant la texture du papier qu?elle utilise ? aquarelle, ondulé, cannelé, crépon, calque ? que sa technique de création qui est celle du collage en relief d?éléments différents ? bristol demi-teinte, galon, ruban à dentelles, tissu vichy, raphia, tek tek ? pour ne citer que ceux-là. Des motifs généralement de couleurs vives, qui occupent le centre de la carte, laissant beaucoup d?espace blanc. C?est voulu par elle.
Cette notion de dépouillement transpire également dans les intérieurs de la jeune femme. Son salon, tout en longueur, rappelle un loft avec son immense plancher recouvert de lattes en bois clair. Un coin de la pièce est occupé par sa table de travail et ses chaises, qui sont presque adossées à une étagère en bois clair, recouverte de livres. Dans un autre coin se trouvent un canapé en bois clair et ses chaises assorties. Le dernier meuble présent dans la pièce est une table basse sur laquelle trônent des cadres à photos avec des instantanés de moments inoubliables en famille. Une sobriété qu?Emily attribue au fait qu?elle s?est récemment installée, à peine un an après son mariage. Mais en réalité, c?est aussi une question de goûts car cette jeune femme de 27 ans, qui a une nature douce, aime la décoration japonaise qui a la particularité d?être dépouillée.
Emily, qui est native de Rodrigues, a toujours aimé dessiner. Elle est la benjamine des quatre enfants d?Henriette et d?Édouard Ng Yan Kwong, respectivement maîtresse d?école à la retraite et instituteur retraité. C?est à 12 ans qu?Emily quitte Rodrigues pour Maurice. Elle doit y poursuivre sa scolarité secondaire et vient rejoindre ses s?urs aînées qui vivent chez leur grand-mère paternelle. Scolarisée au couvent de Lorette de Rose-Hill alors que ses s?urs sont au couvent de Lorette de Port-Louis, Emily a du mal à s?adapter au rythme de vie mauricien. Ses parents qu?elle ne voit qu?une fois l?an, durant les vacances de décembre, lui manquent. Et puis, ce n?est pas toujours évident pour elle de se plier aux ordres téléguidés de Rodrigues.
Plus portée pour l?art que pour les études académiques, elle opte pour cette matière comme sujet principal en Form VI. Matière à laquelle elle adjoint la comptabilité et le français. Mais c?est dans l?art et en particulier le thème nature qu?elle excelle. «J?aime le beau, les jolies choses. Ce que je vois dans la nature, j?essaie de le transposer sur papier que je colorie par la suite avec les crayons de couleur, à la peinture ou au feutre à brillants.»
À la fin de son parcours secondaire, Emily décide d?aller étudier la décoration intérieure en France. Elle se fait admettre à Créapôle ESDI à Paris qui est une école privée et réalise lors de l?année de mise à niveau qu?elle veut se spécialiser dans le stylisme. Ce qu?elle fait pendant deux ans.
Les fêtes de fin d?année se succèdent et plutôt que d?acheter des cartes de v?ux en papier pour les envoyer à ses proches, Emily qui aime l?originalité, préfère les réaliser à la main, même si cela prend du temps et demande une minutie dans l?exécution. Son diplôme équivalent à un Brevet de technicien supérieur empoché, elle regagne Maurice où sa relation avec son copain, John Lee, prend une tournure plus sérieuse. Ils parlent même mariage.
<B>Des créations avec un cachet exotique </B>
Emily s?accorde une année sabbatique avant de trouver de l?emploi comme styliste à l?usine L?Inattendu d?Aline Wong. Si elle apprend beaucoup de ses interactions avec la directrice et les responsables des autres départements, Emily se lasse des longs trajets en autobus jusqu?à St-Julien d?Hotman. Elle doit gérer de front plusieurs départements et surtout composer avec des impondérables qui retardent parfois son travail. «C?est terrible quand on n?a pas de contrôle sur les choses.» De plus, étant plus jeune que de nombreux employés, elle a du mal à se faire accepter. Sa nature calme fait qu?elle traite avec autrui d?égal à égal mais est souvent incomprise. «Je n?aime pas les rapports de force ou les explosions de colère. Je ne crois pas que j?ai besoin de cela pour m?imposer.»
Au bout d?un an, Emily quitte l?usine et comme elle veut perfectionner ses connaissances en pâtisserie, «j?avais fait du cookery à l?école», précise-t-elle, elle prend un cours d?un an auprès de l?Industrial and Vocational Training Board d?Ebène. Son stage subséquent à l?hôtel Oberoi lui permet de maîtriser les techniques de base de la confection de gâteaux.
Emily et John décident de convoler et plutôt que de commander des cartes, Emily tient à les réaliser elle-même. En flânant dans les merceries, elle tombe en arrêt devant certains galons et rubans à fleurs en dentelles. Elle en achète et décide de coller un morceau de ruban à fleurs en dentelle sur un joli papier aquarelle. Cela paraît un jeu d?enfant et pourtant, l?effet visuel est saisissant. Elle est complimentée par ses invités. à tel point qu?après la noce, elle décide de créer ses collections de cartes de souhaits.
Elle utilise notamment le coquillage bivalve évidé de tek tek, rappelant un papillon, pour réaliser son prototype de la collection tek tek. La carte dauphin est un collage en relief de trois dauphins aux tons contrastés de bleu sur fond blanc. Les cartes dodo sont particulièrement belles. Des dodos en papier claquant aux couleurs du quadricolore se détachent sur fond blanc, leurs becs et ailes étant soulignés par du feutre à brillants. Les cartes gecko, étoile, hibiscus, toutes des collages en relief de couleurs vives, se succèdent dans sa collection. Emily aime marier des couleurs chaudes. «Il y a tant de laideur dans ce monde que je dois contre-balancer en jouant avec les couleurs.»
Vu le cachet exotique de ses créations, Emily pense qu?elles intéresseraient davantage les touristes. Et depuis mai dernier, elle a contacté quelques hôtels et des tour-opérateurs pour essayer d?écouler ses créations qui n?ont rien à envier aux cartes importées et qui ne coûtent que Rs 20 et Rs 40, dépendant du format.
Le réceptif Connections a été particulièrement sensible à une collection mariant des collages en relief d?anthuriums, de pastèques, de cocos et de soleil et en a commandé comme carte d?invitation pour la célébration marquant ses dix ans d?existence.
Le hic est qu?il n?est pas facile de concurrencer des marques étrangères déjà établies et par conséquent, la vente de ses cartes est lente. Aussi, Emily confectionne des muffins, cake marbré et madeleines qu?elle place auprès de salons de thé et d?un snack ayant une vitrine à pâtisserie. «Confectionner des gâteaux, c?est aussi créer en utilisant tous ses sens. Et puis, passer de la création de cartes à la confection de gâteaux me permet d?éviter la routine.»
Emily n?est pas d?accord quand on lui dit qu?elle s?est totalement éloignée de sa formation qui est le stylisme. «J?utilise aussi du tissu et des rubans lorsque je réalise mes cartes de souhaits. Les éléments composition, création et style sont présents. Pour moi, réaliser des prototypes de vêtements ou des cartes de souhaits reste dans le domaine de l?expression artistique.»
La jeune femme sait qu?à l?issue d?un marketing convenable, une de ses deux spécialités va prendre le dessus et qu?elle devra faire un choix. À tout prendre, elle pense à l?ouverture d?une boutique de petits cadeaux réalisés à la main par elle, incluant ses cartes de souhaits. L?idée est en gestation. Il ne reste que le déclic?
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