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Une comptable hors normes
Nazrah est coquette. Cela se voit à ses mèches claires et rouges très tendance et à ses bijoux. Comme toute femme soucieuse de plaire, elle refuse de dévoiler son âge. «Comme le Mahatma Gandhi, je suis née le 2 octobre mais je ne vous dirai pas l?année», précise-t-elle en riant.
Bien qu?elle ait grandi dans un milieu où il a été beaucoup question de finances ? elle est la fille unique d?Haniff Ramdin, secrétaire financier à la retraite ? son premier choix d?études supérieures après la filière scientifique au Queen Elizabeth College est la médecine. «Mon père a voulu me donner les mêmes opportunités que mes frères. Il avait fait provision pour que nous allions étudier à l?étranger et répétait qu?avec un diplôme toutes les portes nous seraient ouvertes.»
Pour ne pas alourdir le fardeau financier familial ? un de ses frères étudie déjà en Grande-Bretagne ? Nazrah préfère aller étudier la médecine en Belgique. C?est à l?université libre de Bruxelles qu?après trois ans, elle décroche sa licence en sciences médicales. Elle prend alors conscience que le domaine ne la passionne plus autant. En fait, son désir est de faire des études plus pratiques.
Envie qui coïncide avec l?arrivée de son second frère en Grande-Bretagne pour obtenir son Associate of the Chartered Institute of Accountants (ACCA). Nazrah décide de l?y rejoindre et se lance dans un autre domaine, la management accounting au Chartered Institute of Management Accountants (CIMA).
Elle explique la différence entre les deux pour les profanes. «Les ACCA sont formés en financial reporting, en audit et en assurances. Ceux qui ont suivi le CIMA bénéficient d?une formation leur permettant d?être comptables mais aussi analystes de données pour aider le management à prendre des décisions pour le futur. Le CIMA existe depuis plus de 50 ans mais n?est malheureusement pas aussi visible que l?ACCA. Du moins à Maurice.»
Nazrah boucle sa troisième année et vient en vacances à Maurice. Lorsqu?elle y est, sa mère tombe gravement malade. La jeune femme décide de ne pas repartir et termine sa quatrième année de CIMA par correspondance. Elle obtient son diplôme et devient management accountant. C?est chez De Chazal Du Mée qu?elle débute sa carrière comme? audit assistant. On est en 1989. À partir de là, presque tous les ans, Nazrah gravit les échelons. En 1998, elle est nommée manager de l?audit.
L?audit ne fait pourtant pas partie de la formation du CIMA ? Nazrah reconnaît que son parcours est atypique mais explique qu?elle avait la base nécessaire pour faire de l?audit. «Les chiffres m?ont toujours parlé. J?ai donc appris vite. J?adore prendre les états financiers d?un client et les analyser, les valider pour émettre une opinion sur eux. Ce que j?aime avec l?audit, c?est que ce n?est pas routinier. Cela forme le caractère. De réservée, je suis devenue plus avenante.»
«Quand nous faisons de la formation, nous ne sommes pas en contact avec les clients. Par contre, avec l?audit, nous avons des échanges réguliers avec eux.»
Depuis trois ans, elle dirige le département Technical and Training. La même année, la branche d?audit de DCDM s?affilie à la firme internationale BDO pour devenir BDODCDM. Sa responsabilité est de fournir une aide technique sur les lois et les normes qui changent, au personnel de DCDM, aux comptables des clients de la firme et à la trentaine d?étudiants qui suivent chaque année une formation à DCDM Business School et à qui la firme offre un encadrement plus pointu pour qu?ils deviennent des audit assistants. « Cela me plaît de donner des cours. Et puis, j?ai affaire à une variété de gens de tous les domaines économiques. Ce qui est très enrichissant.» Il y a deux ans, Nazrah s?est rendue en Tanzanie pour former 80 auditeurs du National Audit Office aux normes internationales.
Même si Nazrah fait de la formation, elle a tenu à conserver un volet audit parmi ses responsabilités. «Quand nous faisons de la formation, nous ne sommes pas en contact avec les clients. Par contre, en faisant de l?audit, nous avons des échanges réguliers avec eux. Et l?audit n?est pas du tout ennuyeux comme ce que certains pourraient le penser.»
L?année prochaine, elle sera impliquée dans la révision de l?approche de l?audit de DCDM. «Cette révision nous permettra d?être plus au fait des normes internationales qui bougent rapidement et permettra à notre rendement d?être plus efficient et de donner de la valeur ajoutée au personnel et à nos clients.»
Depuis 1993, Nazrah a fait une demande pour être membre du CIMA, demande qui a été agréée. En 2003, elle a décidé de s?engager davantage auprès de l?exécutif, occupant les fonctions d?assistante secrétaire pendant plusieurs années. Cette année, elle est montée d?un cran, devenant la vice-présidente du président Jocelyn Viger. Elle veut à tout prix promouvoir l?image de CIMA qui, estime-t-elle, mérite d?être mieux connue. «Nous avons une branche à Maurice et nous sommes en train de nous structurer. Les études de la CIMA sont revues tous les quatre ans et sont très avant-gardistes. Elles transforment une personne en comptable qui ne reste pas fourrée dans ses comptes mais qui a un esprit analytique et qui pourra conseiller le management sur des décisions stratégiques. En bref, la CIMA forme des comptables tournés vers le futur.»
L?exécutif mauricien de la CIMA a fait une demande pour que la conférence régionale de cet organisme se tienne l?an prochain à Maurice. «Le président global a promis de soutenir la demande. Nous verrons bien.» Nazrah qui se fait un devoir de voyager tous les deux ans et qui est une fan de foot anglais, notamment de Manchester United, reconnaît qu?elle n?applique pas à 100 % ses connaissances du CIMA dans sa vie professionnelle. «C?est vrai que techniquement parlant, j?aurais dû être dans le management d?une entreprise. Mais je suis une die-hard de DCDM qui m?a donné l?occasion de grandir?»
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