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Une accusation boomerang
Tel est pris qui croyait prendre? Il y a deux ans, Chan Sicharam, 53 ans, ancien conseiller MMM du village d?Albion et ancien vice-président du Conseil de district de Rivière-Noire, dénonçait son voisin à l?Independent Commission against Corruption (Icac). Selon lui, Dessen Arnachellum ne serait pas éligible au permis que lui a octroyé le Conseil pour ouvrir un restaurant, avenue St-Géran, à Albion.
Sous-entendant ainsi que la planner de Rivière-Noire, Vijayal Sunassee aurait favorisé ce commerçant, car des deman-des similaires dans ce quartier résidentiel avaient été rejetées dans le passé.
Mais au terme de l?enquête menée par les agents de la commission anti-corruption, c?est Chan Sicharam qui a ri jaune mercredi. Il a en effet été inculpé pour trafic d?influence et traduit devant le tribunal de Bambous en vertu de l?article 9 du Prevention of Corruption Act.
Actuellement conseiller auprès du ministre Rajesh Bhagwan à la National Development Unit (NDU), on lui reproche d?avoir exercé des pressions sur cette même fonctionnaire pour que Sains Enterprise Ltd obtienne le permis qu?il réclamait.
<B>Pas de quoi fouetter un chat</B>
Dans sa version des faits à l?Icac sur le cas Arnachellum, Vijalal Sunassee a indiqué qu?en mars 2003, c?est plutôt Chan Sicharam qui lui aurait demandé de favoriser cette compagnie. Avec des témoins pour la soutenir, elle a déclaré que le conseiller lui aurait déclaré, en mars 2003 : « Mo pa pou alle Town Planning Board ni narien. Mo pou poursuiv ou personelman lakour, mo pou raport ou l?Icac lor dosie Arnachellum et ou pou gaigne bel lamerdman are mwa si dans prosenn committee ou pa fer sanz desizion lor dosie Sains Enterprise Ltd. »
À l?époque, la demande de cette entreprise pour ouvrir un entrepôt de peaux de b?uf à Belle-Vue-Phare, Albion, venait d?être rejetée au comité des travaux car le store devait être situé en face d?un quartier résidentiel.
D?après les renseignements fournis à l?Icac, c?est Chan Sicharam qui aurait soumis la demande de permis de cette entreprise auprès du Conseil de district. Et il aurait fait casser la décision antérieure, facilitant l?obtention du permis de Sains lorsqu?il a été élu vice-président du Conseil et membre du comité des travaux deux mois plus tard?
Chan Sicharam, lui, se défend de s?être rendu coupable d?un quelconque délit en s?intéressant de près à ce dossier précis. Et il nie catégoriquement avoir menacé la planner de Rivière-Noire. « Je n?ai jamais tenu les propos qu?on me reproche à l?encontre de cette dame. Sains opérait illégalement un store depuis trois ans. C?était un manque à gagner conséquent pour le Conseil de district. »
« Six pères de famille de la région y gagnaient également leur vie. Je n?ai fait que mon travail de représentant du village en m?intéressant à ce dossier, car le Conseil faisait des difficultés pour leur donner un permis », explique Chan Sicharam. Il reconnaît toutefois avoir rencontré le directeur de Sains Enterprise Ltd, le Sud-Africain Mahomed Rooknudien, « venu avec des amis » pour évoquer ce dossier. Et tout n?était qu?une question de régularisation du travail de cette compagnie. Pour Chan Sicharam, il n?y a pas de quoi fouetter un chat dans cette affaire dans la mesure où il n?est ni « actionnaire », ni « partenaire » dans cette firme.
<B>Le ministère prend les devants</B>
« Tou konseye pou ferme si alle gete komie dosie zot inn sey fer bouze », résume, pour Sicharam, un des proches venus lui apporter son soutien au lendemain de sa mise en liberté conditionnelle. Mahomed Rooknudien, ne veut, quant à lui, faire aucun commentaire sur cette arrestation. Il nous renvoie à son homme de loi, Me Sanjay Bhuckory, qui déclare avoir déjà pris contact avec l?Icac pour savoir si elle sollicite son client.
Dans tout ce tapage médiatique autour de ce présumé trafic d?influence, le ministère de l?Environnement prend les devants, ne voulant pas être mouillé, et signalant que cette affaire ne le con-cerne d?aucune façon.
« L?allégation est relative à son intervention en tant qu?élu local, dans le processus d?octroi de permis. Ce n?est pas une question de corruption ou de pot-de-vin », souligne le communiqué émis par le ministère.
Toutefois, dans l?attente que la justice tranche sur cette affaire, Chan Sicharam a été invité à prendre quelques jours de repos « en attendant que les procédures administratives normalement prévues soient entamées par la NDU ».
En attendant que l?affaire soit prise sur le fond, Sicharam veut démontrer qu?il est victime de « harcèlement » de la part du Conseil de district de Rivière-Noire ? qui agirait, selon lui, sur instructions de son planner, à son encontre.
Mais, de son propre aveu, il a obtenu un nombre incalculable de contraventions allant de la construction illégale aux non-paiements de permis d?opération pour ses différents commerces depuis qu?il s?est installé à Albion, sur des terres de l?État obtenu en location-bail au début des années quatre-vingt-dix. En octobre 2003, il a également fait parler de lui au sein du Conseil de district, alors qu?il était vice-président, pour agression alléguée sur un Tax Inspector.
Ce dernier l?avait pris en contravention pour avoir organisé une fête payante chez lui, au club Le Coquillage, sans l?aval du Conseil. Le fonctionnaire a porté plainte contre Chan Sicharam, qui lui, l?accuse d?avoir eu des gestes déplacés vis-à-vis de sa compagne. Quoi qu?il en soit, c?est l?allégation de trafic d?influence contre lui qui va retenir l?attention.
<B>Sains, la charcuterie qui appartient aux opticiens</B>
Depuis quelques semaines, le logo bleu de Sains sur l?échoppe dans la cour du siège de la Mauritius Meat Authority (MMA), à l?entrée de Baie-du-Tombeau, ne passe pas inaperçu. D?ici peu, cette entreprise qui loue une partie du local de la MMA depuis un peu plus d?un an et demi pour ses activités de charcuterie, doit ouvrir une boutique qui commercialisera ses produits, par exemple des saucisses de poulet et de b?uf. Incorporée le 10 janvier 2003, Sains Enterprise Ltd a été formée par le Sud-Africain Mahomed Rooknudien, directeur d?une optic shop, rue sir William Newton, Port-Louis, et l?opticien Shafiq Hossen. Le premier, originaire de Malabar, à Cape Town, détient 950 actions dans cette compagnie contre 50 pour l?opticien qui a pignon sur rue au centre commercial de Ph?nix. Les deux hommes sont aussi directeurs d?une filiale, la Sains Products Ltd, qui a été établie en avril 2003.
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