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Un tournant

24 novembre 2005, 20:00

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L?état de choc atteint tout le monde. Même si la baisse du prix du sucre exporté vers l?Europe était attendue, la nouvelle a quand même fait l?effet d?une douche froide hier. Pour l?économie nationale la réduction des recettes sucrières sera difficile à absorber. Nous nous appauvrissons : la mesure annoncée hier entraînera un manque à gagner de Rs 4 milliards par an.

La secousse affecte en premier lieu les 28 000 petits planteurs, les 11 compagnies usinières, la vingtaine de compagnies agricoles et les 50 000 actionnaires du Sugar Investment Trust. Mais une réplique du séisme sera enregistrée dans tous les secteurs de l?économie. Il y a un effet multiplicateur important du secteur sucrier sur pratiquement tous les secteurs d?activité économique.

Ce désastre survient alors que le textile, l?autre pilier de l?économie est également fragilisé. Mais la coïncidence de ces événements n?est pas un hasard. Elle est le résultat d?un environnement commercial mondial qui abolit les préférences et les filets de protection. Contrairement à ce que des politiciens ont essayé de nous faire croire, il y a peu de choses que la ?diplomatie économique? mauricienne pouvait faire pour endiguer l?érosion de nos marchés préférentiels. Il s?agit maintenant d?inventer un modèle de développement qui rompt avec celui du passé. La classe d?entrepreneur doit faire attention et éviter de poser mal le problème. Il ne s?agit pas de courir après des concessions fiscales ou des prêts à taux bonifiés pour lancer de nouvelles activités. Il faut de l?imagination. Comme le disait récemment Amédée Darga, il est temps que les partisans d?une économie de rentes adoptent enfin une culture d?entrepreneur. Ce ne sont pas les béquilles, mais les idées novatrices qui permettront d?avancer.

L?industrie sucrière a établi sa ?roadmap? : le plan de dégraissage qui a démarré avec le ?Voluntary Retirement Scheme? (VRS) accordé à 8 000 employés doit se poursuivre, le secteur usinier doit continuer son projet de centralisation et augmenter sa production d?énergie électrique et il faut envisager une production à plus forte valeur ajoutée en mettant l?accent sur les sucres spéciaux, la sucrochimie et l?éthanol. Seulement, ces étapes de modernisation ont été repoussées pendant trop longtemps.

Devant l?immensité des problèmes économiques, certains acteurs de la vie nationale incitent à réfléchir d?urgence aux solutions. Lors d?un symposium organisé par le NPCC , par exemple, les intervenants étaient unanimes à reconnaître qu?il faut une plus grande ouverture, à tous les niveaux, pour transformer notre économie. Si nous voulons ressembler à Dubayy, Singapour et Hong- Kong, nous devons changer de politique mais aussi de mentalités. Il faut un cadre régulateur léger, des infrastructures de communication sophistiquées, des incitations nouvelles à l?investissement mais il faut aussi être prêt à accueillir les compétences étrangères. Le nationalisme étroit que prônent certains dirigeants syndicaux n?est pas compatible avec nos ambitions d?ouverture.

Percy Mistry, économiste respecté et ancien cadre de la Banque mondiale, pense que notre pays peut améliorer sa compétitivité dans les secteurs du ?business process? outsourcing et du ?knowledge process outsourcing?. Cet expert a sans doute des raisons d?y trouver un pôle de croissance mais le problème le plus urgent concerne les chômeurs non qualifiés. Ceux-ci ne seront pas recrutés dans le secteur des Tics. Les usines qui licencient à tour de bras et les hôtels qui montent en gamme ne recrutent pas, non plus, ces jeunes sans CPE.

On peut regretter que le Premier ministre ait précisé hier, lors de la réunion plénière du ?Commonwealth Business Forum? que c?est l?enseignement supérieur qui est ?the focus of policy? et non pas une formation destinée à rendre employables des jeunes issus de l?école sans certificats académiques.

La note de la réforme du Régime sucrier est salée. Il ne dépend que de nous pour en adoucir l?effet.

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