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Questions à…

Nicolas Bastien-Sylva : «Le rasta est la seule personne qui a une pratique religieuse liée au gandia»

13 juillet 2026, 16:00

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Nicolas Bastien-Sylva : «Le rasta est la seule personne qui a une pratique religieuse liée au gandia»

Nicolas Bastien-Sylva, réalisateur du film-documentaire «Rastafari Nou Lidantite».

Garder la trace d’une journée comme le symbole de tout un parcours. Le samedi 11 juillet a eu lieu la projection publique du film-documentaire, «Rastafari Nou Lidantite», au Musée de l’esclavage intercontinental. Rythmé par les tambours, ce film rappelle aussi le passage de l’artiste Ras Kawintseb, le «barefoot rasta» d’Ethiopie.

Comment le projet initial d’un clip de trois minutes est-il devenu Rastafari Nou Lidantite, un film-documentaire d’une heure et trente minutes, immortalisant la journée culturelle rastafari organisée, il y a un an, le samedi 5 juillet 2025, à l’Institut Français de Maurice (IFM) ?

Fouf ! C’est une déformation professionnelle, après mon passage comme graphiste à La Sentinelle Ltd. Dans un projet, il y a tout un travail de recherche d’archives. Jean Paul Mussoodee (NdlR : photographe et vidéaste) ki konpran laparey, nous a suivi partout. Il a fait environ 80% des images.

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En parallèle, j’ai essayé de répertorier toutes les images envoyées dans divers groupes WhatsApp. Aujourd’hui, tout le monde peut produire du contenu. Pendant le montage d’une vidéo highlight de trois minutes, face à la masse de contenu récoltée, j’ai discuté avec Kimberly Oxide d’Oxide Consulting Agency et Sista Giulia (NdlR : Giulia Bonacci de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) en France, en poste à l’Unité de recherches migrations et société (URMIS). Elle mène actuellement un projet de recherches à Maurice, notamment auprès de la communauté rastafari). Je leur ai dit que je pouvais tenter un film-documentaire de 45 minutes. Kole-kole, on est arrivé à une heure et demie. Pourtant, il y a plein de choses qui ne sont pas dans le film.

Au début, il s’appuie sur de l’animation dans une esthétique en noir et blanc.

C’est pour que la personne qui regarde soit immergée dans le film et qu’elle reste connectée.

*Rastafari Nou Lidantite commence et se termine avec la sagesse de José Rose, ancien président et porteparole de l’Association socio-culturelle rastafari, qui est décédé le 27 janvier de cette année. Pourquoi ce symbole ?

Je suis rasta depuis longtemps, j’avais des dread locks, mais je n’étais pas le rasta que je suis aujourd’hui.

Qu’est-ce qui a changé ?

Je ne savais pas qu’il y avait une telle profondeur, une philosophie, une manière de vivre. J’étais rasta, mais quand j’ai vraiment rencontré la communauté rastafari, je me suis senti vide. Il y a tellement de choses que l’on ne voit pas. Tout ce qui colle à la peau des rasta c’est la stigmatisation, mais derrière tout cela, qu’est-ce qu’il y a ? C’est de l’amour. Nou kapav pena nanye, me nou tou manze, nou tou bwar. Avec des soutiens à droite et à gauche.

Quel est le budget de ce film-documentaire ?

Il n’y en a pas. Tous ceux qui sont là (NdlR : les personnes qui ont assisté à la projection du samedi 11 juillet au Musée de l’esclavage intercontinental) ont contribué, chacun à sa manière. J’ai monté le film…

…Pendant votre temps libre ?

C’est ce qu’on appelle un Jah work. Quand on devient rastafari, c’est Jah qui vous choisit. J’y crois. J’ai été ce rasta qui ne comprenait pas cela, mais aujourd’hui je vois ces gens qui sont connectés.

Des gens qui ont volontairement choisi une autre façon d’exister ?

Net ! Mon parcours est différent. Je suis intégré dans la société, je suis un directeur d’entreprise (NdlR : confondateur et creative director chez l’agence de communication Twögether). D’autres font face à des arrestations, sont impliqués dans des affaires…

Et le lien avec José Rose ?

J’ai été secrétaire de l’Association socio-culturelle rastafari (ASCR). Depuis la mort de José Rose, des choses ont changé. C’était important que les rastafari entendent à nouveau la voix de José Rose. Tout ce qu’il avait à dire. C’est primordial que l’on se souvienne de ce que nous avons accompli ensemble. Cette journée culturelle, nous l’avons fait avec une intention, avec le cœur, avec l’amour. Zordi, tou dimounn konpran tou.

Ce film-documentaire raconte l’avant et l’après d’une journée culturelle pour valoriser la communauté rastafari. Pourquoi cette manifestation n’a-t-elle pas eu lieu encore une fois cette année ?

José Rose répétait qu’il y a des institutions qui sont là pour valoriser la culture africaine. Comme le centre Nelson Mandela et le Musée de l’esclavage intercontinental. Les institutions ont des mandats et des budgets. José Rose disait que leur devoir est de créer des ponts entre l’Afrique et Maurice notamment pour les artistes. Ce n’est pas à notre niveau.

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L’an dernier, l’IFM nous a accueilli et a financé une partie de la journée culturelle. Giulia Bonacci, qui est en mission à Maurice, à travers l’IRD, a apporté une autre partie du budget. Lasosiasion pena kas. Notre contribution c’est le transport, amenn manze, zwe lamizik, instal par isi, bouz par laba. La journée culturelle n’a pas rapporté des profits. Mais ce qui reste – et c’est ce que montre le film – c’est un aspect que des rastas ont du mal à comprendre. Une fois que l’on a capté tout ce qui a été fait pour cette journée culturelle, le film est intemporel. Il va voyager. Li pou rant partou, kot mo mama, kot zame li ti pou ale.

Nous avons travaillé sur un plaidoyer (NdlR : le 25 juin dernier, l’ASCR a lancé un appel aux autorités pour une meilleure reconnaissance, avec demande d’attribution de terres, projet de lieu de culte et plaidoyer pour l’usage du gandia dans un cadre religieux). Je suis membre du comité technique de la National Agency for Drug Control (NADC).

J’ai pu montrer une partie du film à José Rose avant qu’il ne nous quitte. Nou’nn kas enn poz, nou’nn gete, nou’nn riye. Il avait peur de trop apparaître dans ce documentaire. J’en ai rajouté parce qu’il n’est plus là. Ma rencontre avec le rastafarisme, c’est ma rencontre avec José Rose.

Depuis que j’ai rejoint la communauté il y a trois-quatre ans, je documente ce qu’elle fait. Le défi, c’est de trouver les moyens pour stocker les archives. Le but est de valoriser la communauté. Qu’on ne regarde plus ses membres que comme des gens qui fument du gandia, gagn trape. Le rasta est la seule personne qui a une pratique religieuse liée au gandia, alors que d’autres se déclarent social smoker. C’est un élément de son quotidien, de sa cuisine, cela sert à purifier sa maison. C’est sa foi. Mais le système fait de sorte que le rasta ne peut pas être ce qu’il est. Le problème des rastafari est identitaire.

Il y a un problème de perception aussi parce qu’on a surtout vu des rastas en colère, notamment dans la presse. Ce film cherche à ramener le rasta à la table des discussions. À l’époque José Rose était membre du board de Le Morne Heritage Trust Fund. L’association socio-culturelle, qui porte aussi des enjeux des afro-descendants, a demandé à être de nouveau représentée.

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