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Un siècle d?exploits et de drames
A partir du week-end prochain, Lance Armstrong tentera d?écrire la première page d?un nouveau siècle de Grande Boucle en rejoignant le club restreint des quintuples vainqueurs. Depuis 1903 et le sacre de Maurice Garin, ils ne sont que quatre à avoir inscrit à cinq reprises leur nom au palmarès de la plus grande course du monde. Plus vorace d?entre tous, le ?cannibale? belge Eddy Merckx restera longtemps comme le plus grand coureur de l?histoire. Entre 1969 et 1974, il a tout gagné, établi d?imprenables records. Ses cinq victoires - il laissa la place à Luis Ocana en 1973 puis à Bernard Thèvenet ? vinrent couronner une carrière sans égale. Avec 34 victoires d?étape et 96 journées passées en jaune, le Belge ne sera sans doute jamais dépassé. Le premier à avoir réussi l?impensable conserve une place à part dans l?imaginaire français. Jacques Anquetil, sa blondeur et son élégance, a marqué les années 60 de sa silhouette, tant par sa classe que par sa rivalité avec Raymond Poulidor. Le grand Jacques a, de 1957 à 1964, établi les règles d?une domination sans partage sur la course : suivre les meilleurs en montagne et les écraser contre la montre. Bernard Hinault a, lui, ponctué de cinq titres la longue empreinte bretonne sur l?histoire de la course. De Lucien Petit-Breton à Louison Bobet en passant par Jean Robic, les Bretons occupent une place à part dans la légende.
Drames
Le plus fort d?entre eux fut incontestablement ?le Blaireau?, qui montra les dents de 1978 à 1985 et reste le dernier Français vainqueur de l?épreuve. L?Espagne aussi tient un rang à part dans le panthéon de la petite reine. Les grimpeurs Federico Bahamontes et Pedro Delgado avaient montré la voie, Miguel Indurain porta l?estocade au début des années 90. Le ténébreux Navarrais reste à ce jour le seul coureur à avoir remporté cinq tours consécutivement et Armstrong tentera de faire aussi bien entre le 5 et le 27 juillet. Une nouvelle victoire du Texan serait d?autant plus emblématique qu?elle serait celle d?un miraculé du cyclisme, qui faillit mourir du cancer en 1996. Car le Tour, malgré son aspect festif, sa nostalgie bon enfant qui fleure bon l?été et les vacances, fut toujours marqué, en filigrane, par la mort. Trois coureurs ont péri sur la route du Tour, l?Espagnol Francisco Cepeda en 1935, l?Italien Fabio Casartelli, coéquipier d?Armstrong, en 1995, et l?Anglais Tom Simpson, première victime du dopage en 1967 sur les pentes du Ventoux. Et les destins tragiques marquèrent un siècle de course. Ainsi, quatre des vainqueurs de l?épreuve d?avant 1914 périrent dans la der des ders. Sans la Grande Guerre, le Belge Philippe Thys, premier triple vainqueur, aurait peut-être ajouté d?autres titres à son palmarès. De même l?Italien Gino Bartali, vainqueur 1938 et 1948, est considéré par beaucoup comme le coureur le plus doué de l?histoire et celle-ci le priva sans doute d?autres sacres. Que dire de l?Italien Ottavio Bottechia, vainqueur en 1924 et 1925, et qui fut assassiné par lapidation deux ans plus tard ? Ou de son prédécesseur Henri Pélissier, le plus populaire coureur français d?avant-guerre, vainqueur en 1923, qui fut assassiné par sa maîtresse avec l?arme que son épouse avait utilisée pour se donner la mort. Une peine de coeur fut aussi à l?origine du suicide du vainqueur 1906, René Pottier. Plus près de nous, Luis Ocana, incapable de réaliser ses rêves de reconversion, mit lui aussi fin à ses jours. Stars éphémères des années 50, Jean Robic ou Hugo Koblet finirent leurs jours au volant d?un bolide, à la manière d?un James Dean. La maladie en emporta d?autres, comme Bobet, Fausto Coppi ou Anquetil, disparus avant d?avoir atteint l?âge légal de la retraite. Le tour fut aussi en un siècle une course contre la mort. Armstrong en a déjà gagné une étape. Un cinquième sacre lui conférerait l?immortalité.
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